Il était une fois en Amérique, le testament du maître

Il était une fois en Amérique

Il était une fois en Amérique est le troisième et dernier volet de la grande saga de Sergio Leone, portant sur des périodes-clés de l’histoire américaine. Le premier volet, Il était une fois dans L’Ouest, se situait à l’époque de la conquête de l’Ouest. Le second, Il était une fois la révolution, se déroulait en pleine révolution mexicaine, et enfin Il était une fois en Amérique, qui revient sur l’époque de la prohibition et l’avènement du gangstérisme.

Les Douze Travaux de Sergio :

Avant d’entreprendre de façon définitive le film, Sergio Leone se voit proposer de porter à l’écran la saga mythique Le Parrain, qu’il déclina pour pouvoir se concentrer uniquement son propre projet.

Le scénario est inspiré du roman de Harry Grey À main armée basé sur une histoire vraie. L’adaptation sur papiers va prendre plus douze ans à Sergio Leone et ses collaborateurs. Il faut savoir qu’au départ, le réalisateur pensait confier le rôle de Noodles à Steve McQueen, mais l’écriture du scénario prit beaucoup plus de temps que prévu et Steve McQueen décéda en 1980.

Une fois l’étape de l’écriture terminée, le cinéaste commence à rechercher les financements nécessaires, ce qui fût une sacrée galère pour le réalisateur et son équipe. Heureusement qu’un jeune producteur en la personne de Arnon Milchan se présente auprès de Leone pour concrétiser son œuvre sous pellicule.

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En 1975, les auditions commencent tout doucement et la sélection va s’étendre jusqu’à 1981. Leone va voir passer devant lui une pléiade d’acteurs. Le cinéaste pense immédiatement à Gérard Depardieu pour interpréter Max, mais l’acteur français devait effectuer un énorme travail au niveau de la langue de Shakespeare. Jean Gabin avait été approché par Sergio Leone pour incarner Max vieux. Je vous laisse imaginer le maître italien dirigé un film avec Depardieu et Gabin, cela aurait été vraiment incroyable et bénéfique pour le cinéma hexagonal.

Ensuite, de grands noms comme Dustin Hoffman, Jon Voight, Harvey Keitel ou encore John Malkovich sont testés par Sergio Leone. C’est finalement James Woods qui sera sélectionné pour le rôle, après avoir littéralement bluffé le réalisateur lors de l’audition.

Richard Dreyfuss est auditionné lui pour le rôle de Noodles  et James Cagney pour Noodles vieux mais ces derniers ne seront pas retenus, Leone ne  voit pas en eux la perfection. Ensuite c’est Tom Berenger qui est envisagé pour le rôle et Paul Newman pour la période avancée. Robert De Niro est la star montante du moment et il reste à l’époque sur des succès comme « Le Parrain II« , « Voyage au bout de l’enfer » ou encore « Raging Bull« . Sergio Leone voit en lui l’homme de la situation pour le rôle de Noodles et l’acteur a accepté la proposition.

 Au début de l’année 1981, Elizabeth McGovern est engagée pour le rôle de Deborah et c’est Jennifer Connelly qui est choisie pour incarner le personnage jeune. Claudia Cardinale voulait incarner le rôle de Carol, mais le metteur en scène pensa que l’italienne ne serait pas crédible en new-yorkaise et le rôle hérita à l’actrice Tuesday Weld. Joe Pesci qui était partenaire de Robert De Niro dans Raging Bull est aussi de la partie.

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Un tournage titanesque :

Une fois le casting calibré, un tournage colossale se met en place. Cette grande fresque a été tournée sur deux années (juin 1982 – mars 1983). A l’origine, Sergio Leone voulait édifier les décors et tourner dans les studios italien de Cinecittà, mais il fût finalement séduit par le Lower East Side de New York. Le réalisateur ira jusqu’à demander que l’on reconstitue les structures de trois rues entières dans le style des années 1930, pour les monter ensuite sur des immeubles new-yorkais déjà existants (technique employée dans Le Parrain).

D’autres scènes furent tournées à Miami, Boston, Montréal, Hong Kong, Paris, Nice, Venise, Ankara, allant de la simple prise de vue à des scènes essentielles au long métrage. À Paris, les scènes de la consigne furent tournées à la gare du Nord.  Elle fût aménagée de manière à évoquer le Grand Central Terminal de New York, elle servit aussi de décor au départ de Deborah pour Hollywood. Quand son train quitte la gare, découvrant à droite les voitures restées à quai, on distingue très nettement le logo de la SNCF sur le dernier wagon. En outre on peut lire, au-dessus du train à l’arrêt, « voie 13 ».

Niveau budget, Leone dépasse les trente millions de dollars, ce qui était énorme à l’époque.

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La Warner casse l’édifice :

Une fois le tournage finalisé, Leone va se heurter à la tâche la plus difficile : le montage. En effet, le cinéaste italien avait signé un accord avec la Warner pour une durée ne dépassant pas les 2h45. Or, lors du premier montage, Leone a soumis un montage de 4h25 qui fut refusé. De son propre chef, Sergio Leone coupa quelques scènes pour aboutir ce qui deviendra plus tard la version européenne de h49, version dont il ne pouvait se résoudre à réduire encore davantage sans que cela entrave la logique narrative.

Au final le studio décide de passer outre les souhaits de Leone, en distribuant une version raccourcie de 2 h19 aux États-Unis. Un acte qui a fait scandale à l’époque et cela été une véritable déception pour Sergio Lone. Ce montage maladroit réduit de moitié le film et tout est replacé dans un ordre chronologique dénaturant totalement le film. Le nerf central du long métrage était justement la structure narrative qui faisait voyager le spectateur entre le passé, le présent et le futur. Cette dénaturalisation du film cause un désastre au box-office américain, il ne récolte que 2,5 millions de dollars de recettes et des critiques houleuses.

Par contre, le film sera cependant distribué tel que le souhaitait le réalisateur en France et dans d’autres pays européens, et surtout lors du Festival de Cannes 1984 où il ne figure que hors compétition. Les critiques sont élogieuses mais l’œuvre de Leone n’arrive pas à attirer un large public.

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Pourquoi faut-il voir ce film ?

Sergio Leone est tout simplement au sommet de son art, tout comme Robert De Niro et James Woods. Une fresque magnifique, qui va vous faire voyager et qui va vous rappeler pourquoi vous aimez autant le Septième Art.

Les premières minutes ?

On ne perd pas de temps, Sergio Leone plante immédiatement le décor et l’ambiance, avec le meurtre d’une femme par des gangsters. A l’époque, les mouvements féministes  se sont opposés à ce film en raison de ce genre de violence faite envers les femmes. L’audace de Sergio Leone est exposée au bout de deux minutes.

On comprend au fil des minutes, que l’intrigue du film ne suit pas un ordre chronologique. Elle alterne entre trois phases de la vie du protagoniste principal, Noodles de son vrai nom David Aaronson (son adolescence en 1922 où il côtoie le milieu des petits voyous du quartier juif, qu’il habite avec sa famille, à l’âge adulte en 1933 et sa vieillesse en 1968). Encore une fois, on se rend compte de l’ambition du maître.

La patte Leone est là ! Son œil nous dévoile des décors somptueux  (la fumerie d’opium chinoise qui se trouve dans un théâtre, les rues new-yorkaises des années 30 ou encore la gare). L’immersion commence…

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Au bout de onze minutes, c’est Ennio Morricone qui entre en scène. Il faut savoir qu’il a composé la partition du film plus de dix ans avant le tournage. Ce procédé était une habitude des deux hommes. Sergio Leone pouvait alors diffuser la musique sur haut-parleur durant le tournage pour que l’équipe du film et les comédiens s’imprègnent de l’ambiance particulière de ses productions. Cela l’aidait aussi personnellement dans son propre travail, afin d’adapter le rythme de mise en scène ou le découpage qu’il imaginait déjà.

La scène de la gare symbolise à merveille de cette technique de travail. La musique colle parfaitement à la scène. Au moment, où Leone pose une ellipse de trente cinq années, Morricone se réapproprie de façon magnifique le morceau Yesterday des Beatles, pour le retour de Noodles après ce long exil. Cela nous donne une scène à la fois élégante, touchante et poétique.

Dés ce premier quart d’heure, on comprend à quel point le montage et la structure narrative sont très importants dans ce film. On est littéralement envoûté par cette ambiance et cette époque. Le mystère qui plane autour de l’ellipse, tout comme le retour de Noodles après disparu des radars pendant 35 ans. Cela impose déjà un enjeu un rythme haletant.

Le casting ?

Comme vous avez pu le constater, Sergio Leone a mis des années à constituer une distribution digne de son projet et on prend pourquoi en voyant le résultat final.

Robert De Niro est tout simplement fantastique dans ce film, une performance aussi étincelante que celle dans « Le Parrain II« . Cette prestation se hisse dans les plus grandes de sa carrière. Du début à la fin, il est magnifique !

Que dire de James Woods ? A part qu’il livre ici la plus belle des composions de sa carrière. On comprend pourquoi Leone l’a engagé immédiatement pour le rôle de Max. Tout comme De Niro, Woods tient son personnage de la tête au pieds, c’est grandiose. L’alchimie entre les deux acteurs est omniprésente, une véritable complicité transpire de cette rencontre.

Le rôle de Déborah est subliment interprété par la jeune Jennifer Connelly et Elizabeth McGovern pour la période adulte. Sergio Leone a réussi à créer à l’écran, un véritable entre lien les deux prestations des actrices. Une cohérence parfaite, comme pour les jeunes acteurs qui incarnent Noodles, Max et le reste de leur bande à l’époque de l’adolescence.

Tuesday Weld campe avec conviction et beaucoup de charme, le personnage de Carol. Joe Pesci et Burt Young sont très bons, même si ils n’apparaissent que quelques minutes dans le film.

Aucune fausse note dans ce casting, tout est réglé comme du papier à musique. C’est sans aucun doute la plus belle des distributions que Sergio Leone ait dirigé de sa carrière.

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Et au final ça donne quoi ?

C’est sans aucun doute, l’un des plus grands chefs d’oeuvre dans l’histoire du cinéma. On le sent dés les premières minutes, qu’on est fasse un film vraiment pas comme les autres, un film qui respire la passion d’un maître pour son art. Sergio Leone livre sans conteste la meilleure des fresques sur l’histoire américaine. La mise en scène est somptueuse, rien ne dépasse, tout est millimétré. Les transitions, la structure de l’intrigue, la musique, les décors, tout se fond l’un dans l’autre. La méticulosité de Leone est sans faille. Son œil nous émerveille, que ce soit visuellement mais aussi dans son approche en vers ces acteurs. C’est du cinéma avec un grand A, tout simplement.

L’histoire est comme tout le reste, c’est à dire d’une beauté et d’une incroyable. Ne croyez que c’est un simple film de gangsters comme les autres. Ici, c’est beaucoup plus profond que ça, notamment au niveau des relations entre les personnages, la religion, l’immigration, la misère et les grands évènements qui ont bouleversé l’Amérique entre 1933 et 1968. Un scénario passionnant de bout en bout où l’on s’imprègne de l’époque et on s’attache immédiatement aux personnages. Sergio Leone et ses auteurs ont mis le temps pour construire cette histoire, mais ça valait le coup de s’accrocher.

Ennio Morricone livre l’une des ses plus belles compositions, voir peut être même la plus belle. On comprend en voyant le film, pourquoi Leone disait du compositeur, qu’il était son scénariste.

C’est vraiment dommage, que la Warner ait foutu en l’air cette œuvre lors de sa sortie en salles. Il aurait certainement connu un énorme succès international et les récompenses auraient salué tout le travail du maître et de son équipe. Si vous n’avez encore eu l’occasion de voir ce très très grand film, foncez dans votre centre commercial ou commandez le immédiatement.

De Niro Leone Woods Pesci

En résumé, Il était une fois en Amérique est l’un des plus grands films du Septième Art. Sergio Leone livre un chef-d’œuvre parmi les chefs d’oeuvre, comme on en verra peut être plus. L’adieu parfait d’un maître à son art.

 

 

 

 

 

 

 

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Rocca Julien dit :

    FA-BU-LEUX… J’étais sur que vous alliez faire un blog !

    Aimé par 1 personne

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