True Detective, la révolution commence ici !

True-DetectiveTrue Detective est une série policière qui a été commandée par la chaine américaine HBO en avril 2012. Cette première saison comprend huit épisodes qui ont tous été écris par Nic Pizzolatto, un écrivain de La Nouvelle Orléans (Louisiane). Au niveau de la réalisation c’est Cary Joji Fukunaga (Jane Eyre) qui a été engagé. Ce réalisateur peu expérimenté dans le genre  fait semer le doute chez les amateurs de séries.

En ce qui concerne le casting, Matthew McConaughey et Woody Harrelson sont choisis pour interpréter les rôles principaux des deux policiers de la série. Ces deux acteurs sont à ce moment de leurs carrières en plein retour l’un vient de participer à quatre films dans la même année (Bernie, Magic Mike, Killer Joe et Paperboy) et l’autre vient également d’avoir terminer quelques films (Sexe entre amis, Rampart et Hunger Games). De plus ils se connaissent très bien, ils sont tous deux originaires du Texas et ont même joués ensemble au cinéma, dans deux films (Surfer Dude et  En direct sur Edtv) . Pour le rôle principal féminin, la confirmation été plus longue et c’est à Michelle Monaghan qui a été choisie. La série se présente comme une anthologie, chaque saison ayant un casting et une intrigue distincts.

Inspiré par les grands

En effet, l’une des influences majeures du scénariste et créateur de la série Nic Pizzolatto est le recueil de nouvelles fantastiques Le Roi en jaune (The King in Yellow) écrit par Robert W. Chambers en 1895. Pizzolatto a également dit s’être inspiré des œuvres de Stephen King et Raymond Chandler, eux-mêmes influencés par les travaux de Chambers. Des références directes sont d’ailleurs faites dans la série avec The King in Yellow et cela commence dés le deuxième épisode où l’on découvre le journal intime de la victime révèle les mots : « Yellow King » et « Carcosa », la ville fictive où se déroule l’action de la nouvelle. D’autres passages sont repris au cours de la série. Le succès de celle-ci a entraîné une vente massive de la nouvelle, d’ailleurs le fournisseur en ligne d’Amazon a été temporairement en rupture de stock en février 2014.

La Louisiane, terre emblématique d’événements étranges

Le scénariste a choisi sa région natale comme terrain pour son histoire, la Louisiane. Cette région est souvent utilisée au cinéma pour exprimer des histoires fantastiques ou glauques comme pour Entretien avec un vampire, Dans la brume électrique ou encore Vengeance froide. Trois lieux caractéristiques ont été choisis pour la série, la Bonnet Carré Spillway qui est une structure de régulation des eaux créée en réponse à la crue du Mississippi de 1927, une ancienne école de dans la banlieue de Kenner et le Fort Macomb (utilisé pour l’épisode 8) qui est une ancienne forteresse bâtie par les français. Personnellement j’aime l’atmosphère mystérieuse qui se dégage de cette partie de la Nouvelle Orléans.

True Detective
Le pilote ?

Commençons par le commencement avec le générique, il est envoutant dés les premières notes et images. Le morceau « Far from Any Road » du groupe The Handsome Family est à la fois mélancolique et tourbillonnant. L’état d’esprit de la série et de la Louisiane est déjà présent. La musique s’accorde à merveille avec les images dont le travail technique est énorme. On a des silhouettes, des décors, des visages et des objets se confondent dans la lumière et l’obscurité et tout ça a un sens et représente le noyau de la série, rien n’est laissé au hasard.

Les premières images se démarquent déjà des séries habituelles, le personnage de Martin (Woody Harrelson) nous brosse le portrait de son ex-coéquipier Rust (Matthew McConaughey) en seulement quelques phrases. On enchaine ensuite avec ce dernier interrogé sous enregistrement vidéo, rien que là Matthew McConaughey est mystifiant que ce soit que ce soit par sa transformation physique, sa gestuelle et sa façon de parler. Il va être sans aucun doute, l’un des maillons forts de cette série.

S’enchaine ensuite un flashback qui nous montre comment tout ça a commencé, on y voit les deux inspecteurs côte à côté pour la première fois sur la scène d’un homicide très particulier. On y voit un espèce de rituel étrange, la victime est à genoux (comme une prière) contre un arbre avec des liens aux jambes et aux mains et des bois de cerf sur la tête. Une ambiance glauque et malsaine s’installe déjà en l’espace de cinq minutes. Le réalisateur pose le climat, le rythme et son procédé de narration,il alterne avec brio les évènements présents et passés avec des flashbacks. C’est vraiment bien mené, on sent bien qu’il y a eu un grand bouleversement entre ces deux époques.

Les personnages se dessinent tout doucement à travers les dialogues entre les deux protagonistes principaux. On peut déjà en déduire que Rust s’y connait en meurtres occultes et cérémonieux, c’est aussi quelqu’un de seul et tourmenté. Tandis que Martin c’est tout le contraire il a une femme, deux enfants et se montre moins négatif que son collègue. Les dialogues de Rust sont jubilatoires, ces phrases philosophiques qui sont en contradiction avec ce que pense son équipier. On a donc un pilote de grande qualité, cela frôle même le Septième Art. Un nouveau souffle est en marche.

True Detective

Mi-saison, est ce toujours aussi passionnant ?

Oh que oui !! Le second épisode tient pour rôle d’approfondir la vie personnelle des deux flics, on y voit les faiblesses de chacun ainsi leurs soucis. La relation entre Marty et Rust est de plus en plus tendue, mais il s’y dégage à la fois une certaine alchimie (notamment sur le terrain) . On voit aussi l’impact de l’enquête sur leur psychologie. Les supérieurs mettent la pression sur les deux agents car l’enquête ne progresse pas assez vite.

L’épisode suivant reste sur le même fil, l’investigation continue et nous dirige vers l’Église. On sent que les deux enquêteurs sont entrain de s’attaquer à un gros poisson et plus particulièrement Cohle. Il n’a que cette enquête pour éviter de sombrer dans son passé. Il approfondit ses recherches dans de vieux dossiers et y découvre un lien entre l’affaire qui l’occupe et la noyade d’une femme quelques années auparavant. La théorie du tueur en série commence à se développer. Il faut souligner une nouvelle fois l’efficacité du jonglage entre les périodes de 1995 (l’enquête) et 2012 (le débriefe).  La fin de l’épisode 3 donne un coup d’accélérateur à l’histoire quand on voit pour la première fois de loin le présumé tueur Reginald Ledoux, vêtu d’un slip, il porte un masque à gaz et agite sa machette. Glaçant !

True Detective

Le quatrième épisode fait l’effet d’un véritable coup de poing et donne un coup de fouet à la série. Marty ne fait que penser à sa vie familiale qui se déchire tandis que Rust poursuit l’enquête. C’est là qu’on peut voir aussi la complémentarité des deux policiers, quand l’un est dans le fond du trou, l’autre prend et porte le flambeau pour les deux au niveau professionnel. Cet épisode va aussi dévoilé un mensonge intriguant, un mystère de plus qui se pose à nous. En 2012, Cohle explique aux enquêteurs qu’il a pris un congé sans solde pour aller au chevet de son père malade d’une leucémie. Une affirmation réfutée à la fois par les archives et par ce que ce que l’on voit de 1995. Rust Cohle, plutôt que d’aller voir son père, reprend langue avec d’anciens contacts chez les voyous, du temps où il travaillait comme flic infiltré dans les milieux narcos. A quoi sert ce mensonge, que Marty Hart reprend aussi à son compte ? Sans doute à cacher un dérapage, une erreur, un secret sanglant ou les trois en même temps. La réponse débarque à la fin de l’épisode de façon magistrale, où l’on voit Rust renouer avec un gang de bikers sans foi ni loi, les Iron Crusaders, censés travailler avec Reginald Ledoux, qui leur fournit de la drogue. Pour regagner la confiance de ces types hirsutes, il doit participer à une virée dans un ghetto pour récupérer des paquets de poudre. Et là on voit le talent d’écriture fusionner avec celui de la mise en scène, on est proche du rêve. On a un plan séquence de six minutes, qui suit à la trace Rust  qui cherche à fuir un deal qui a mal tourné avec à son bras l’un des membres du gang dont il a besoin pour avoir la fameuse adresse de Ledoux. Marty vient en aide à son collègue, ce qui montre une nouvelle fois leur complémentarité. A ce moment là on se dit qu’on assiste à quelque chose d’unique, la série devient du cinéma, du vrai !

true detective sequence

On ne peut plus décrocher !

Après un tel spectacle, on retrouve dans le cinquième épisode Rust et Marty qui sont très proche de Ledoux, la traque arrive à son terme alors qu’on est qu’à un peu plus de la mi-saison et c’est là qu’on se dit que la série n’a pas fini de nous surprendre. La fin de cette fameuse traque se clôture avec l’assassinat du « monstre » par Hart et Cohle, dans une ferme isolée où deux enfants étaient retenus prisonniers. Ce qui est intéressant ici c’est une nouvelle fois de voir les différences entre les faits racontés par Rust et Marty en 2012 et les images réelles de 1995. La scène est montée comme si les deux hommes disaient la vérité, avant que les images ne commencent subtilement à entrer en décalage avec leurs paroles. Une désynchronisation a lieu en direct, encore un véritable tour de force de la part du réalisateur. Cela clôture le premier chapitre de l’histoire.

Ensuite on effectue un bon en 2002 en dix minutes de façon grandiose, cela prendrait des saisons dans d’autres séries mais ici non, on ne passe pas par quatre chemins. Marty a toujours ces soucis familiaux tandis que Rust a une petite amie. C’est là que le doute s’installe chez nous comme chez les enquêteurs qui interrogent nos héros en 2012, on se demande comment Rust a t-il pu sombrer autant ? Est-il passé de l’autre côté de la barrière ? Que cache le maquillage de ses enquêtes ? Les questions se multiplient et ça brouille notre esprit (dans le bon sens du terme). Reginald Ledoux n’était probablement pas celui que toute la Louisiane craignait, peut-être une illusion, un second rôle dans le grand roman tordu imaginé par le tueur – qui a désormais un nom : Le Roi Jaune. Comme je l’ai dit ci dessus voila le genre de rebondissements qu’on attendait sans l’attendre, l’un des maillons de la réussite de cette série.

True detective rust

Le sixième épisode symbolise la déchirure entre les deux flics en 2002. Marty retombe dans ses travers d’homme infidèle, Rust ne lâche pas son enquête et va même jusqu’à interrogé le révérend Tuttle (un homme très respecté et puissant). Cet acte va entrainer une suspension de ses fonctions pour Rust, pendant un mois.

La femme de Marty (Michelle Monaghan) devient un élément plus important dans cet épisode, puisque c’est elle qui va déclencher cette fameuse déchirure. Maggie va découvrir que son mari la trompe et décide de se venger en provoquant Rust pour qu’il couche avec, ce qui va fonctionner. Et là on se dit que ça va exploser ! Maggie balance tout à Marty de façon crue ce qui va entrainer une confrontation entre les deux anciens partenaires et c’est à l’issue que Rust démissionne. Ce sixième épisode nous plonge en profondeur dans la relation hommes/femmes. La fin de celui-ci, où Hart et Cohle se retrouvent en 2012 après un break de dix ans, laisse supposer que la fin de la saison se déroulera la plupart du temps au présent.

L’épisode suivant correspond à la synchronisation entre Rust et Marty. Fini les décalages, les flashbacks, les contretemps…Le duo est d’une redoutable efficacité comme on l’avait vu dans le cinquième épisode. Sauf que maintenant en 2012, ils n’ont plus d’uniformes. Comme je l’ai dit ci dessus Rust a démissionné et on apprend ici que Marty a quitté la police après une horrible affaire de bébé carbonisé au micro ondes. Il est clair que Marty a lâché l’affaire du Roi Jaune depuis longtemps contrairement à Rust qui continué son investigation pendant toutes ces années. Les deux ex-flics se mettent à traquer ce fameux monstre aux cicatrices, on retrouve à nouveau le rythme de l’enquête et on approche du but.

True-detective

Nous voila maintenant au dernier épisode, nous entrons enfin dans l’entre du monstre et on est loin d’être déçu. Le suspens est omniprésent et intense, quand on voit nos deux héros devant la maison et qui se séparent pour inspecter chacun de leurs côtés. Du côté de Marty on a quelque chose qui est proche de Seven de Fincher, la baraque est sombre, de nombreuses pièces, de la crasse…Tandis qu’avec Rust on entre quelque peu dans le fantastique, on sait depuis le premier épisode qu’il a des troubles de la perception (ces fameuses visions qui ont commencé après la mort de sa petite fille) et évidemment, il est le seul à entendre la voix du monstre qui l’attire. Il pénètre alors dans sa tanière, un genre de labyrinthe cauchemardesque où lumières, bruits, arbres et objets forment un monde à part, voir même une autre dimension. Nous sommes entrés dans « Carcosa », là où Errol Childress a conduit ses meurtres rituels.

Mais aux yeux de Cohle, cela pourrait tout aussi bien être, à défaut du Paradis, tout au moins un lieu où il dialogue en paix avec ses visions. D’ailleurs juste avant de se faire planter, Rust voit carrément une petite galaxie apparaître au-dessus de lui. Marty, également blessé, s’approche de son binôme, la lumière d’une fusée de détresse lancée dans le ciel les et l’on voit qu’ils n’ont jamais été aussi proches qu’à ce moment précis. Cet épisode final est clairement différent des autres, on est dans une espèce d’abysse poétique qui nous envoute lentement.

Nos deux héros survivent, mais ont frôlés l’au-delà, ils sont marqués à vie. Cohle montre aussi qu’une page est entrain de se tourner, cette expérience lui a changé un peu son résonnement pessimiste comme il le dit  “Il n’y a qu’une histoire… La plus vieille de toutes… La lumière contre les ténèbres…”. Il ajoute ensuite que la lumière pourrait bien avoir commencé à gagner du terrain. Le saison se termine sur un plan du ciel  appuyé, magnifique et scintillant.
True Detective

En résumé, True Detective est une série d’une puissance rare avec une mise scène de virtuose et une talent d’écriture certain. Matthew McConaughey et Woody Harrelson forme l’un des meilleurs duos qu’on ait pu voir dans une série et peut être même au cinéma. Du grand Art !

 

 

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