David Lynch, le maître de la frontière entre le rêve et le cauchemar

David LynchLa première fois que j’ai découvert le cinéma de Lynch, j’avais 14 ans avec le film Mulholland Drive et j’ai pris ce soir là une grande claque. Par suite évidemment je me suis intéressé de plus près à son travail et à ses films. Il fait parti pour moi des très très grands cinéastes du 7ème Art.

David Lynch est né le 20 janvier 1946 à Missoula, dans le Montana, aux États-Unis. La famille Lynch est presbytérienne. Le grand-père maternel de David, du nom de Sandholm, d’origine finlandaise, arrive aux États-Unis au XIXe siècle. David Lynch est l’un des Américains d’origine finlandaise les plus connus. Donald Lynch, le père du jeune David, est un scientifique travaillant pour l’US Department of Agriculture et sa mère, Sunny, est professeur d’anglais. David est élevé dans le Nord-Ouest Pacifique et à Durham (Caroline du Nord). Il atteint le rang d’Eagle Scout et, à son quinzième anniversaire, sert un huissier à l’investiture de John F. Kennedy.

David LynchDans le but de devenir peintre, David Lynch suit les cours à la Corcoran School of Art à Washington, D.C., tout en terminant ses études à l’école secondaire à Alexandria, Virginie. Il s’inscrit à l’école des Beaux-Arts de Boston pour un an (où il a pour colocataire Peter Wolf), avant de partir en Europe avec son ami, l’artiste Jack Fisk, pour étudier avec le peintre expressionniste autrichien Oskar Kokoschka. Alors qu’il prévoit d’y rester trois ans, David Lynch retourne aux États-Unis après seulement quinze jours.

Étudiant en arts plastiques, David Lynch, initialement peintre, s’essaie très tôt au cinéma et se livre à diverses expérimentations qui aboutissent à Eraserhead en 1976, film-cauchemar, tourné en noir et blanc et totalement autoproduit. Après avoir vu le film, Mel Brooks décide de confier à Lynch la réalisation d’Elephant Man (1980), inspiré de la vie de Joseph Merrick. Le film, tourné également en noir et blanc, mêle réalisme et symbolisme et rend hommage au cinéma expressionniste. Il remporte le Grand Prix du Festival d’Avoriaz et le César du meilleur film étranger. Par ailleurs, il apporte la notoriété à son metteur en scène. Elephant Man est pour moi un chef-d’œuvre porté par deux acteurs d’excellences qui sont John Hurt et Anthony Hopkins.

elephant-manCe succès permet à Lynch de s’engager dans la superproduction avec Dune (1984), adaptée de l’œuvre de Frank Herbert. Pour ce film de science-fiction, très coûteux et complexe, l’accueil critique et public est mitigé et le réalisateur renie ce film dont il n’a pas réussi à avoir le final cut. Deux ans plus tard, le réalisateur renoue avec le succès grâce à Blue Velvet, Grand Prix du Festival d’Avoriaz, thriller à l’ambiance érotique et malsaine avec notamment Kyle MacLachlan, Dennis Hopper et Dean Stockwell. Il s’agit d’un projet écrit avant Dune, financé comme ce dernier par Dino De Laurentiis et qui dispose d’un budget assez modeste de 5 millions de dollars. Durant le tournage, Lynch noue une relation amoureuse qui dure quatre ans avec Isabella Rossellini, l’actrice principale.

Son film suivant, Sailor et Lula (Wild at Heart, 1990), qui raconte l’histoire de deux amants en fuite interprétés par Nicolas Cage et Laura Dern, mêle conte, ultra-violence, road movie, polar, film d’aventure et comédie musicale et vaut au cinéaste la Palme d’or du 43ème Festival de Cannes. C’est le second film de David Lynch que j’ai vu et quel choc que ce soit dans l’interprétation des acteurs, la mise en scène déroutante et abyssale et une BO qui décoiffe.

sailor_et_lulaDans les années 1990, Lynch se sent isolé en tant que créateur dans le système hollywoodien : il n’oublie pas combien la production de Dune a été difficile et il souffre de devoir toujours négocier très longuement son autonomie financière et artistique. Grâce à Pierre Edelman, il signe un contrat en France pour réaliser trois films, à partir de Twin Peaks: Fire Walk with Me. Il est mis en relation avec le producteur Alain Sarde et par la suite avec StudioCanal4. Dès lors, ses films sont majoritairement financés par des maisons de production françaises et par sa propre société, Asymmetrical Productions.

Une histoire vraie (The Straight Story, 1999), qui narre la traversée du territoire américain en tondeuse à gazon par un vieil homme, marque une rupture avec ses œuvres précédentes. Voulu épuré et sobre, le film, dont le scénario est coécrit par son épouse Mary Sweeney, est plus apaisé et presque optimiste.

En 2000, David Lynch crée un studio, avec en projet, une école de cinéma, à Łódź et y réalise des photographies d’usines et de femmes qui sont exposées à Paris en 2004.

En 2001, sort Mulholland Drive. Avec ce film qui revient à son esthétique et ses expérimentations habituelles, Lynch reçoit les louanges de la critique, le Prix de la mise en scène à Cannes et le César du meilleur film étranger. Lors de la production, il aurait poussé assez loin le « culte du secret » : il aurait refusé de donner des informations à ses producteurs sur le film et la rumeur affirme qu’il leur aurait fait parvenir un scénario sous scellés, voué à être détruit après le tournage. Il aurait considéré à l’époque son producteur français StudioCanal, également chargé de la vente internationale de ses œuvres, comme « un sponsor qui lui passerait tout. ». Le film est un succès, atteignant les 20 millions de dollars de recettes. J’ai du voir ce film une bonne dizaine de fois et pourtant je n’ai toujours pas tout déchiffré, un véritable labyrinthe lynchien où j’adore me perdre à chaque vision et je souligne la performance de Naomi Watts qui m’avait subjugué. Pour faire court et vous donnez envie de voir ce film, c’est un bijou d’écriture et visuel et avec des acteurs grandioses.

mulholland_drive

En 2002, David Lynch préside le jury du 55e Festival de Cannes qui attribue la Palme d’or au Pianiste de Roman Polanski.

Inland Empire, sorti en France le 7 février 2007, tourné entre Łódź en Pologne et les États-Unis, est une coproduction franco-polonaise et américaine. Lynch a poussé sa volonté d’indépendance au point de ne communiquer à ses producteurs ni le scénario, ni le budget réel, ni le plan de tournage. Le réalisateur s’isole totalement avec ses acteurs et son épouse et monteuse, Mary Sweeney. Lorsque StudioCanal découvre le film, la déception est grande. Inland Empire est considéré comme trop bizarre, incompréhensible et « invendable. » Le film, qui reçoit un accueil critique contrasté, ne rapporte que 4 millions de dollars (cinq fois moins que Mulholland Drive, son film précédent). Très affecté par cet échec public, le réalisateur décide de s’écarter du cinéma.

Depuis le 1er juin 2009, il publie sur son site internet une série d’interviews d’Américains moyens, croisés lors d’un voyage dans tous les États-Unis. Il produit ces courts métrages de trois à cinq minutes réalisés par son fils Austin Lynch.

En 2011, il cherche à réaliser Ronnie Rocket, d’après un ancien scénario écrit après Eraserhead racontant l’enquête, dans les années 1950, sur l’enlèvement d’un nain rockeur dans une ville industrielle. Le projet, qui devait être produit par Pierre Edelman et Alain Sarde, n’a pas trouvé les financements nécessaires à sa réalisation. Son devis se serait élevé à plus de 25 millions d’euros et le cinéaste aurait refusé de faire la moindre concession sur ses choix artistiques.

Aujourd’hui, le réalisateur est sur le projet d’une troisième saison de Twin Peaks, l’acteur Kyle Maclachlan a été confirmé pour reprendre son rôle d’agent Cooper.

Le style Lynch c’est quoi ?

Le travail de David Lynch, qui met monde quotidien et imaginaire sur le même plan, est rebelle à toute étiquette. Il développe, dans ses séries comme dans ses films, un univers surréaliste très personnel où se mêlent cinéma expérimental, cinéma de genre, arts graphiques et recherches novatrices, tant sur le plan dramaturgique que plastique (images hypnotiques, bande sonore inquiétante, goût du mystère, de la bizarrerie et de la difformité…). On note plusieurs références à la peinture (Jérôme Bosch, Edward Hopper, Francis Bacon etc.). Si Elephant Man, Blue Velvet, Sailor et Lula et Une histoire vraie développent une histoire totalement ou globalement compréhensible, ses autres réalisations brisent les codes d’une narration cinématographique linéaire et conventionnelle. Les lois du film noir en particulier sont utilisées, détournées puis finalement détruites : c’est le cas dans Twin Peaks: Fire Walk with Me (1992), Lost Highway (1997) et Mulholland Drive (2001). Ces deux derniers films sont représentatifs de la manière dont le cinéaste abandonne son intrigue à mi-parcours et passe dans un contexte bouleversé où les acteurs semblent interpréter des rôles différents et où les décors occupent une fonction nouvelle. La lisibilité du récit est volontairement brouillée et une énigme irrésolue se dissémine dans un monde sophistiqué dans lequel le sens s’efface et la frontière entre réalité, cauchemar et hallucination disparaît. Par ailleurs, Lynch n’hésite pas à manipuler certains clichés cinématographiques de manière subversive : dans Blue Velvet, il transforme en cauchemar l’idéalisme des années 1950 et le modèle dominant des banlieues cossues de la middle class WASP. La série Twin Peaks s’amuse, quant à elle, à aller du mélo à l’angoisse, en passant par la comédie11. Son cinéma, silencieux et anxiogène, mêle la violence, le macabre et le grotesque à une forme de normalité sociale et cherche à retranscrire la réalité profonde des fantasmes, en passant d’un monde lumineux à un univers nocturne où surgissent des pulsions refoulées.

David Lynch

Filmographie sélective :

– Elephant Man

– Dune

– Blue Velvet

– Sailor & Lula

– Mulholland Drive

En résumé, David Lynch est un cinéaste, architecte (cinématographiquement parlant), méticuleux et qui joue parfaitement avec son spectateur. Un maître incontesté du 7ème Art qui n’a pas fini de nous surprendre.

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Croc's dit :

    Hey,
    Très bonne article, qui regroupe bien l’essentiel sur Lynch. C’est pour l’instant le cinéaste dont j’ai vu le plus de films, pourtant il m’intrigue toujours autant, je reste toujours sur le cul. Le dernier en date a été « Lost Highway » je ne m’y attendais tellement pas à cette rupture dans le temps, dans la création dans les rôles et dans le final cut, qui rend l’oeuvre complexe, et même impossible de comprendre.
    J’avais lu, lorsque je regardais « Sailor et Lula » une sorte de mini document-interview de Lynch, un document qui m’a perturbé car il répondait à une question que je me posais « est-ce que chaque utilisation de couleur, plan, musique est un choix méticuleux ou non, recherché est pointilleux » le document disait  » David Lynch est un artiste, un cinéaste-peintre-créateur-expérimentateur. Il fait, il joue avec tout ce qu’il peut, ce sont des choix artistiques qu’il ressent lorsqu’il superpose la musique ou les images. Cette image colle avec le rouge, cette instant je veux faire une rupture totale, je trouve ça beau, je le fait. Vous savez, si jamais on ouvre une vache et qu’on colle l’objectif au plus près, on trouvera ses entrailles belles, une véritable peinture de vie, un kaléidoscope de rouge, cependant nous sommes belle et bien dans une vache. Mon cinéma et son introspection est pensé comme cela. »

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