Michel Serrault, la gaieté incarnée et éternelle

Michel SerraultVoila un acteur qui a marqué d’une empreinte indélébile le cinéma français. Pour être honnête je ne sais pas du tout quel est le premier film que j’ai vu avec lui, c’est peut être dans Le Grand Bazar, de Claude Zidi ou dans l’excellent  C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule, de Jacques Besnard. Michel Serrault fait parti de ses acteurs qui peuvent aisément alterner la comédie, le drame, le polar…C’est pour moi l’un des meilleurs de sa génération.

Michel Serrault né le 24 janvier 1928 à Brunoy (Essonne), fils de Robert Serrault, représentant en cartes postales le jour et contrôleur de théâtre la nuit, et d’Adeline Foulon, sa mère l’envoie lui, ses deux frère Raoul et Guy et sa sœur Denise à Argentat en Corrèze au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en 1939. Issu d’une « famille très simple de tradition chrétienne », il devient enfant de chœur dans l’église de ce village. Il y découvre la théâtralité de la cérémonie religieuse et côtoie la mort lors du sacrement de l’extrême onction et des funérailles religieuses. En octobre 1941, il annonce à sa mère qu’il aimerait devenir prêtre et un an plus tard il entre  l entre au petit séminaire de Conflans à Charenton-le-Pont. Dès cette époque, il proclame avoir deux passions, « faire rire et m’occuper de Dieu » et dira plus tard qu’il n’aurait pas aimé le vœu de chasteté. Après deux ans de séminaire marqué par l’austérité, le père Modeste Van Hamme, son directeur spirituel, l’oriente alors vers son métier de comédien, considérant qu’il servirait mieux le Seigneur dans ce domaine.

Au printemps 1944, il s’inscrit dans le centre d’art dramatique de la Rue Blanche, refusé au Conservatoire au terme de deux années d’études au centre du spectacle de la rue Blanche, Michel Serrault signe son premier contrat en 1946, pour une tournée en Allemagne. Il y joue notamment Les fourberies de Scapin. En 1948, il fait son service militaire à Dijon dans l’aviation. De retour à Paris, il apparaît dans Dugudu, le second spectacle de Robert Dhery après Les Branquignols. C’est en 1952 qu’il rencontre Jean Poiret aux matinées classiques du théâtre Sarah-Bernhardt. Ils interprètent ensemble le sketch Jerry Scott, vedette internationale.

Jean Poiré et Michel Serrault
Jean Poiré et Michel Serrault

Michel Serrault débute au cinéma en 1954 dans Ah ! les belles bacchantes de Jean Loubignac, et dans le thriller mythique Les Diaboliques (1955) de Henri-Georges Clouzot. Dans les années 60, l’acteur semble accorder plus d’intérêt à sa carrière théâtrale qu’au cinéma. C’est ainsi qu’il joue Monsieur Dodd (1966), d’Arthur Watkin, Opération Lagrelèche (1967) (qu’il a écrit et mis en scène avec Jean Poiret), Gugusse (1968) de Marcel Achard, Le Vison voyageur (1969) de Jean-Loup Dabadie, et Le Tombeur (1972) de Neil Simon.

Au cinéma, peu prisé par les grands metteurs en scène, il enchaine les comédies de série B comme Les Combinards (1964), Bon Week end (1965), ou encore Le Fou du labo 4 (1967). En 1972, il trouve enfin un rôle à sa mesure dans Le Viager de Pierre Tchernia, avec qui il commence une longue collaboration. La même année, sous la direction d’Étienne Périe, il interprète, dans Un meurtre est un meurtre, un commissaire de police antipathique et peu scrupuleux prêt à tout mettre en œuvre pour démasquer un assassin.

Le 1er février 1973, au Théâtre du Palais Royal, c’est la création de La cage aux folles, la pièce de Jean Poiret qui connaît une carrière triomphale et fait de Michel Serrault une vedette. Il jouera le rôle d’Albin pendant plus de cinq ans, sans pour autant interrompre une carrière cinématographique où son nouveau statut lui permet d’être plus exigeant que par le passé. Étrangleur de femmes dans L’Ibis rouge (Jean-Pierre Mocky, 1975), banquier véreux dans L’Argent des autres (1978), Michel Serrault semble de plus en plus souvent tourner le dos aux rôles comiques si nombreux au début de sa carrière. C’est néanmoins son personnage d’Albin qui lui vaut, en 1979, le César de l’interprétation masculine dans La Cage aux folles, l’adaptation à l’écran par Edouard Molinaro de la pièce de Jean Poiret.

la-cage-aux-follesDésormais, le comédien va alterner drames et comédies, avec une prédilection pour les personnages décalés, exceptionnels. Incarner des personnages d’exception, c’est tout le paradoxe d’un comédien que son physique avait longtemps cantonné dans des rôles de français moyen, timide et modeste. Tout le contraire de l’Oeil, le privé de Mortelle randonnée (1982), de l’inspecteur Stanitand dans On ne meurt que deux fois (1985) ou du personnage de notable accusé, dans l’un des meilleurs polars que j’ai vu qui est Garde à vue, d’avoir violé et tué une petite fille, et qui, en 1981, vaut à Michel Serrault son second César d’interprétation. Il en obtient un troisième en 1995 pour son interprétation dans Nelly et Monsieur Arnaud (1995), dernier film de Claude Sautet, aux cotés d’Emmanuelle Béart. La même année, son retour à la comédie Le Bonheur est dans le pré est salué par un succès. En 1999, on le retrouve aux côtés de Jacques Gamblin, André Dussolier et Jacques Villeret dans Les Enfants du marais, magnifique film de Jean Becker. La nouvelle génération fait appel à lui. Mathieu Kassovitz le transforme en tueur impitoyable pour les besoins Assassin(s), tandis qu’il est un agriculteur bougon au grand cœur  dans Une hirondelle a fait le printemps face à Mathilde Seigner.  En 2002, on le retrouve dans Le Papillon où il tient un rôle sur mesure, à la fois drôle et touchant face à la petite Claire Bouanich qui interprète Elsa.

Le papillonIl est mort chez lui, dans sa résidence du Val la Reine à Équemauville, le 29 juillet 2007 (un jour avant Ingmar Bergman et Michelangelo Antonioni), à l’âge de 79 ans, des suites d’un cancer alors qu’il souffrait depuis plusieurs années d’une maladie rare, la polychondrite chronique atrophiante, d’où la déformation de son nez. Le 2 août 2007, de nombreux amis du monde du cinéma et quelques représentants officiels ont assisté à ses obsèques en l’église Sainte-Catherine de Honfleur. Il est inhumé au cimetière Sainte-Catherine de Honfleur, lieu de sa résidence secondaire, avant que sa dépouille ne soit transférée en 2009 au cimetière ancien de Neuilly-sur-Seine (lieu de sa résidence principale) auprès de son épouse et de sa fille.

Ce grand Monsieur a été souvent reconnu pour son courage, sa  franchise, sa fougue, sa provoque et sa joie de vivre. Il a joué dans 135 longs métrages lors de sa carrière.

Filmographie sélective :

– Les Diaboliques de Henri-George Clouzot

– Le Viager de Pierre Tchernia

– La Cage aux folles de Édouard Molinaro

– Garde à vue de Claude Miller

– Nelly et Monsieur Arnaud de Claude Sautet

– Le Bonheur est dans le pré de Étienne Chatillez

– Les Enfants du marais de Jean Becker

serrault 2En résumé, Michel Serrault reste encore aujourd’hui une figure mythique du cinéma français et il le restera encore pour très longtemps.

 

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