Elephant Man, une œuvre bouleversante et intemporelle qui remet tout le monde dans sa cage

Elephant Man affiche

Elephant Man est un film britannico-américain réalisé par David Lynch et sorti en 1980. Il s’agit de la seconde réalisation dans la carrière du cinéaste, une adaptation romancée de la vie de Joseph Merrick, appelé John dans le film, d’après la dénomination erronée tirée de la biographie du docteur Treves, surnommé « Elephant Man » (« l’homme-éléphant ») du fait de ses nombreuses difformités.

Comment tout ça a commencé ?

Le projet Elephant man est né de l’admiration que porte Stuart Cornfeld à David Lynch. Le producteur découvre Eraserhead à sa sortie. Le film est pour lui la révélation d’un très grand talent. Il appelle David Lynch chez lui et demande à le rencontrer. Les deux hommes discutent et tentent de lancer le second projet du réalisateur, Ronnie Rocket qui n’aboutit pas. David Lynch lui demande alors de se voir proposer des scénarios existants. Stuart Cornfeld arrive un jour avec quatre projets parmi lesquels Elephant man. A l’énoncé du titre du film, David Lynch est convaincu que c’est celui-là qui l’intéresse. Les deux hommes font lire le scénario à la comédienne Anne Bancroft qui l’aime beaucoup et qui tiendra finalement un rôle dans le film. Elle le donne à son mari Mel Brooks qui accepte de le produire. N’ayant jamais entendu parler de David Lynch, il hésite sur le nom du réalisateur à engager et envisage un moment Alan Parker. L’enthousiasme de Cornfeld et une projection d’Eraserhead suffiront à le faire changer d’avis. David Lynch sera le réalisateur d’Elephant man.

Une admiration débordante pour Joseph Merrick :

David Lynch confie ce qui l’intéressait dans l’histoire d’Elephant man : « Ce qui m’a permis de m’impliquer dans le projet, c’est d’abord Joseph Merrick, le personnage de l’homme éléphant. Il était si étrange, merveilleux et innocent. Tout était là. Ce qui m’intéressait aussi c’est la révolution industrielle. Toutes les images d’explosions me rappelaient les croissances de peau sur le corps de Merrick. Ce sont comme des petites explosions qui sortent de ses os. Je ne sais même pas d’où cela venait exactement. Même ses os finissaient pas exploser, changer de textures puis tout sortait de la peau comme une lente éruption. L’idée de ses cheminés, de la suie et des industries si proches de la chair du personnage m’attirait beaucoup. Les êtres humains sont un peu comme des usines. Leur corps produit tant de petites choses. »

Lorsque le véritable John Merrick meurt, des parties de son corps sont alors préservées pour des recherches scientifiques. Certains de ses organes sont mis dans des bocaux et des moules en plâtres sont réalisés sur sa tête, un bras et un pied. Pendant les raids aériens allemands, les organes sont détruits. Les plâtres, eux, sont miraculeusement épargnés et transférés à l’Hôpital de Londres. Le maquillage de John Hurt a été directement élaboré à partir de ces derniers. Il faut souligner aussi qu’il a fallu 12 heures de travail pour effectuer la pose du maquillage sur John Hurt.

David Lynch Elephant Man

Lynch fait à sa sauce :

Pour écrire leur scénario, Eric Bergen et Christopher De Vore se sont inspirés de deux romans : The Elephant man and Other Reminiscences, les mémoires de Sir Frederick Treves, et « The Elephant man : a study in human dignity » d’Ashley Montagu.
Une fois qu’il était acquis que David Lynch réaliserait le film, il a tenu à modifier le script. Il a éloigné le scénario du fait divers original et a notamment changé le début et la fin.

Si c’est Christopher Tucker qui a crée le maquillage de John Merrick tel qu’il apparaît dans le film, David Lynch avait d’abord travaillé sur un premier essai dans son garage pendant des mois avant de se rendre compte que sa création ne fonctionnait pas sur John Hurt. Le cinéaste qui avait dû tout faire tout seul sur son premier long métrage apprenait ici avec angoisse la division des tâches des films de studio. Son erreur obligea l’équipe à revoir tout le calendrier du tournage. Très angoissé par toute cette expérience, David Lynch craint d’être renvoyé au point de ne plus pouvoir en dormir la nuit. Mel Brooks réitéra sa confiance au cinéaste qui tourna le film.

David Lynch souhaitait à tout prix utiliser un adagio (morceau de musique classique joué avec un tempo lent) à la fin du film. Il intégra donc le morceau de musique dans le premier montage qu’il montra à ses producteurs et à son équipe. Mel Brooks trouva qu’il fonctionnait bien ainsi et décida de le conserver dans le montage final.

L’ingénieur du son Alan Splet est le seul rescapé d’Eraserhead, le premier film de David Lynch. Le choix de conserver son technicien montre l’importance que donne le cinéaste à ce poste. David Lynch est en effet un des réalisateurs qui travaille le plus la bande son de ses films. Alan Splet collabore avec lui jusqu’à Blue Velvet.

Hopkins Hurt

Entre nominations, consécration et déception :

Elephant man reçoit huit nominations aux Oscars sans remporter aucune statuette. Les catégories dans lesquelles le film s’est distingué sont les décors, la musique, les costumes, le montage, le scénario, la mise en scène, le meilleur interprète masculin pour John Hurt ainsi que meilleur film. Robert Redford est le grand gagnant de la soirée. Le lendemain de la cérémonie, Mel Brooks aurait déclaré : « Dans dix ans Des gens comme les autres ne sera plus qu’une simple question de quizz, Elephant man au contraire sera un film que les gens regarderont encore. »

Mis à part les Oscars, Elephant man reçoit plusieurs prix. Le film est nommé quatre fois aux Golden globes dans les catégories meilleur réalisateur, meilleur drame, meilleur scénario et meilleur acteur masculin pour John Hurt. En Angleterre, le comédien est récompensé durant la cérémonie équivalente des Oscars. Le film et les décors sont également primés. Le directeur de la photographie Freddie Francis, David Lynch, la monteuse Anne V. Coates ainsi que les scénaristes échouent au niveau des nominations.
En France, Elephant man reçoit le grand prix du Festival du film fantastique d’Avoriaz ainsi que le César du meilleur film étranger.

Charlotte Rampling remet le Bafta du meilleur acteur à John Hurt en 1980
Charlotte Rampling remet le Bafta du meilleur acteur à John Hurt en 1980
Pourquoi j’ai voulu (re)voir ce film ?

J’ai découvert ce film très jeune mais sans pour autant lui prêter de l’importance, mais aujourd’hui ce n’est plus le cas. A ce jour j’ai du voir ce film au moins cinq fois, la dernière fois date de l’année dernière. Dans le cadre du cycle « Lynch », on ne peut passer à côté de ce film si on veut découvrir le cinéaste, si on est fan de John Hurt ou tout simplement si on est un grand passionné de cinéma.

Les premières minutes ?

La bande son de John Morris m’embarque et fait déjà son effet comme à chaque fois Le noir et blanc a un charme fou, Lynch a bien fait d’insister pour le réaliser de cette façon car cela aide déjà à mieux se plonger dans l’époque et cela inspire un peu plus le mystère. On est aussi curieux que le Docteur Frederick Treves incarné par Anthony Hopkins, d’ailleurs l’acteur en impose dés le premier quart d’heure avec la fameuse scène où il voit pour la première fois John Merrick. Le réalisateur prend soin d’ajuster le mystère autour de John, on ne voit que vite fait sa silhouette et intensifie l’étrangeté par le costume (un espèce de vieux chapeau, un sac sur la tête avec un trou pour y voir et une grande couverture qui lui enrobe le reste du corps) qu’il porte quand il se rend chez Dr Treves et ainsi que par sa respiration qui est déstabilisante et presque angoissante. David Lynch nous emporte avec brio dans cette histoire incroyable mais vraie et on ne demande qu’à en savoir et en découvrir plus…

John Hurt elephant man

Le casting ?

On a donc tout d’abord Anthony Hopkins est impeccable dans le rôle du Dr Frederick Treves. Cet acteur est vraiment incroyable et détient une palette de rôle tout autant différents des uns des autres et encore sa carrière n’est pas fini…
John Hurt est un très très grand acteur et ici il le démontre mille fois tellement il est convaincant et transcendant dans le rôle de JohnMerrick dit « The Elephant Man », une sacrée performance d’une puissance rare.
Anne Bancroft est sublime de vérité, elle donne merveilleusement la réplique à John Hurt ce qui en fait une belle complicité émouvante et touchante.

Et au final ça donne quoi ?

David Lynch aborde des thèmes universels avec la différence, la tolérance ou encore la cruauté de l’être humain. La maitrise du réalisateur saute aux yeux que ce soit au niveau du cadrage, mouvement de caméra ainsi que la lumière. Avec ce film, le cinéaste à clairement passé un cap, sa mise en scène est tout simplement étincelante. Le scénario est très bien adapté et romancé du début à la fin. La photographie signé Freddie Francis est magnifique. Les décors participent énormément à l’ambiance qui transpire de ce film, un véritable travail d’orfèvre. Je souligne une nouvelle les performances de John Hurt et Anthony Hopkins qui sont vraiment grandioses, du très haut niveau. Elephant Man est peut être le film le plus abordable de la filmographie de David Lynch donc je conseille à tous ceux qui veulent se plonger dans l’univers de ce grand cinéaste, de commencer par ce très très grand film.

elephant-man

En résumé, Elephant Man est une œuvre remarquable, touchante, intelligente et maitrisé. David Lynch livre ici l’un des chefs d’oeuvre des années 80. John Hurt y interprète le plus grand rôle de sa carrière.

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