Lost Highway, un séduisant voyage à la frontière du rêve et du cauchemar

Lost-HigwayLost Highway est un thriller psychologique de David Lynch, sorti en 1997. C’est le septième long métrage de la part du cinéaste et il est considéré comme l’un des meilleurs films noirs contemporains.

David Lynch en mode multi-fonctions :

On le sait, David Lynch est un cinéaste méticuleux et il veut toujours offrir au spectateur une œuvre unique et à son image. Pour « Lost Highway », le réalisateur a endossé pas mal casquettes. Il est crédité en tant que le réalisateur bien sur mais aussi scénariste et technicien du son.

Il aurait également pu l’être en tant que décorateur, puisqu’il a lui-même dessiné la maison de Fred et Renee Madison (qui lui appartient). En outre, bien que le générique ne le mentionne pas, il a aussi participé à la composition musicale aux côtés d’Angelo Badalamenti et Barry Adamson (auteur de chansons), mais également de David Bowie, Billy Corgan (chanteur du groupe Smashing Pumpkins), Marilyn Manson (qui joue également un petit rôle), Lou Reed et Trent Reznor (leader du groupe Nine Inch Nails), qui ne sont pas non plus crédités.

Des retrouvailles écrites ?

David Lynch signe le script en collaboration avec Barry Gifford, l’auteur du roman « Sailor et Lula ». C’est dans ce livre que Lynch dit avoir trouvé le titre de son projet, sur une page où les mots Lost et Highway lui sautèrent aux yeux dans l’évidence de leur association.

Le dernier tour de piste :

Dernier film de l’acteur Jack Nance, mort en décembre 1996, qui interprète ici le rôle de Phil. Célèbre pour son rôle d’Henry Spencer dans Eraserhead (1977), il retrouva le cinéaste sur Dune (1984), Blue Velvet (1986), Sailor et Lula (1990), Twin Peaks (1990) et Twin Peaks: Fire Walk with Me (1992).

C’est également la dernière apparition au cinéma pour l’acteur/humoriste, Richard Pryor. Robert Blake (« Money Train ») incarne, à son jour, lui aussi son dernier rôle au cinéma.

Robert Blake Lost

Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

C’est l’un des seuls de David Lynch qu’il me restait à voir. Il est considéré par beaucoup de cinéphiles comme la meilleure œuvre de la part du cinéaste. Je pronostique déjà que je vais m’offrir deux séances pour ce film, celle de la découverte et celle pour vous offrir la meilleur conclusion possible. Peut être qu’il me faudra plus de deux visionnages, qui sait ?! On sait que David Lynch est grand joueur avec son public…

De quoi ça parle ?

Fred Madison est un saxophoniste plutôt aisé de Los Angeles. Cependant, il soupçonne sa femme Renee de le tromper. Très vite, après le début de ses soupçons, il reçoit des vidéos. Filmées par un inconnu, elles montrent l’appartement où il vit avec Renee, vu de l’extérieur puis de l’intérieur. Après la visite peu rassurante d’une équipe de policiers, une nouvelle cassette vidéo montre Fred à côté du corps de sa femme assassinée. Il est alors condamné à mort pour ce meurtre mais un homme mystérieux l’arrache à ce destin par un moyen inconnu.

Les premières minutes ?

Pas de perte de temps ! On entre dés la première seconde chez Lynch, la musique et le générique nous embarque à cent à l’heure. La griffe du cinéaste est omniprésente, que ce soit à travers les effets de lumières, les transitions, le décor, les couleurs…

On retrouve quelques aspects et les éléments qui sont propres à l’univers Lynchien, par exemple le fameux rideau rouge, le stroboscope sur la musique en furie…

Dans ce premier quart d’heure, Lynch installe parfaitement son puzzle avec la paranoïa (ou pas) qui enveloppe ses personnages. On a beau connaître le cinéma que le réalisateur développe, au final on sera surpris…

Le casting ?

Une distribution lynchienne qui a de la gueule, soit pour nous séduite, soit pour nous faire flipper ou les deux.

On a donc Bill Pullman qui nous livre la dernière grande performance de sa carrière, Lynch le dirige parfaitement. Je m’attendais pas à ce qu’il se fonde aussi bien dans l’univers du cinéaste. Il y a un petit Kyle MacLachlan par moment chez lui et ce n’est pas hasard bien sur.

A ses côtés, on a la magnifique et intrigante, Patricia Arquette. Elle déploie une composition nuancée et convaincante. David Lynch utilise sa beauté physique à merveille, il a vraiment le coup pour diriger les femmes dans ses films. Il leurs donne une telle prestance à la fois pleine de charme, de désire et de mystère. Patricia Arquette tient l’un de ses meilleurs rôle dans sa carrière. Il serait très intéressant de la revoir chez Lynch un de ses quatre.

La révélation du film est Paul Balthazar Getty, je l’avais découvert dans un tout petit rôle dans « Judge Dredd ». Encore une fois, Lynch fait des merveilles avec cet acteur. Il m’a rappelé Dana Ashbrook qui incarnait Bobby dans la série « Twin Peaks ».

Robert Loggia (MacMillan dans le film « Big ») est mystifiant ! Il nous fait sourire mais aussi flipper. Une prestation convaincante et surprenante de sa part.

Et pour finir, Robert Blake qui incarne avec brio un personnage mystérieux et angoissant. Une performance marquante et quand on voit sa filmographie, on se dit que c’est peut être le meilleur rôle de sa carrière.

Et au final ça donne quoi ?

Une fois de plus, David Lynch nous pond une pépite dont lui seul à la recette. Comme pour « Mulholland Drive », j’ai été complétement absorbé par ce film. Le premier quart d’heure nous capte et la suite nous hypnotise, on redécouvre le cinéma ce qu’est le cinéma à travers l’univers du cinéaste.

La mise en scène est époustouflante, une véritable maîtrise de bout en bout. David Lynch nous montre à quel point il est un véritable virtuose sur tous les plans. Le rythme, l’art de mené le suspens, le cadrage, les lumières, les ombres, le rouge…D’ailleurs, on retrouve quelques ingrédients frappants de certaines œuvres du réalisateur comme  le voyeurisme et l’érotisme de « Blue Velvet », l’étrangeté de « Eraserhead », l’aliénation de « Sailor et Lula », le rêve, la complexité et l’inter-monde de « Twin peaks » et de « Mulhollande Drive ». Un cocktail succulent, éblouissant et cohérent.

Au niveau du scénario, on peut dire que la collaboration Lynch/Gifford a été très productive. Ils ont pondus tous les deux une histoire fantastique du début à la fin. Un labyrinthe parfaitement orchestré sur le papier mais aussi à l’écran, l’adéquation est parfaite !

Les costumes, les décors et les accessoires apportent énormément et font corps avec la vision et la caméra du cinéaste. Bref, la maîtrise de Lynch encore et encore !

Côté musique, il y a du lourd ! On retrouve bien évidemment le compositeur et ami du réalisateur, Angelo Badalamenti. Ses compositions se fondent à merveille avec les images, comme d’habitude finalement. A cette bande originale, il faut ajouter aussi David Bowie, Lou Reed ou encore Rammstein. Ce qui donne des moments doux et survoltés.

Est-il à son meilleur niveau ? Peut être, j’admire sa suprématie sur ce film mais « Mulholland Drive » reste pour moi à ce jour, sa plus grande œuvre. En tout cas, le réalisateur nous prouve encore une fois qu’il est l’un des plus talentueux du métier mais aussi et sans aucun doute le maître des films noirs contemporains.

Bill Pullman

En résumé, Lost Highway est encore un chef d’oeuvre made in Lynch. Aussi noir qu’étincelant sur le fond et la forme. Patricia Arquette et Bill Pullman sont au sommet de leur art !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s