Trepalium, La Dystopie Artésienne

trepalium afficheTrepalium est une série française créée par Antarès Bassis et Sophie Hiet. Elle a été réalisée par Vincent Lanoo, et a été diffusée pour la première fois le 11 février 2016 sur Arte.

Pourquoi faut-il voir cette série ?

Arte est une chaîne synonyme de qualité et d’ambition.
Le titre Trepalium, voulant dire « travail » en latin, et le pitch, donnent envie. La dystopie est un genre très intéressant ayant amené à d’excellents projets dans le paysage du septième art. Le format de la série peut quant à lui apporter quelque chose d’intéressant et de nouveau, et aboutir à une ambiance plus construite.

De quoi ça parle ?

Une société où 80% de la population est sans emploi, une jeune femme, Izia, tente de survivre. Elle est née dans la « Zone », du mauvais côté du Mur, un Mur qui a été dressé pour séparer les Zonards, des 20% d’Actifs de la Ville.
Au fil du temps, les tensions se sont accentuées entre les deux territoires : une rébellion est née parmi certains chômeurs de la Zone. Les Activistes multiplient les actes de sabotage et de pression, et l’équilibre entre la Ville et la Zone se fragilise. Le Gouvernement décide alors de mettre en place la mesure des « Emplois Solidaires » pour calmer la situation : 10 000 habitants de la Zone vont alors être sélectionnés pour travailler dans la ville.

trepalium-decor

Le pilote ?

Dès les premières minutes, l’ambiance s’installe. On découvre une société intemporelle divisée en deux, où le travail caractérise la valeur de l’Homme, et où le déterminisme social est le maître mot de la société.

Ce monde rétro-futuriste est intriguant. Cette ville, futuriste et à la pointe de la technologie, mais qui se caractérise également par un style rétro, par des voitures, des costumes, et des coiffures des 70’s. La Ville fait penser à la société états-unienne et à « l’American way of life », par sa banlieue où toutes les maisons se ressemblent, et par son quartier d’affaire caractérisé par de grands buildings.

Un mélange intéressant symbolisant un avenir qui ne veut pas avancer, mais qui veut plutôt reculer. Ce monde est cadenassé par sa peur, sa peur de l’avenir, comme le décrit la productrice Katia Raïs « Quand on créé un mur, c’est qu’on a peur de l’avenir ». La division de la population en structure bipolaire reprend l’analyse marxiste de la structure sociale, menant à une lutte de classes, qui a bel et bien lieu dans la série.

Un regard intéressant et divertissant sur une société qui pourrait être la nôtre. Plein de bonnes choses qui promettent, et qui donnent envie de continuer.

trepalium-tournage-2

Que vaut cette première saison ?

A l’heure où le chômage n’a jamais été aussi fort en France, la série Trepalium apporte un regard sociétal où la pertinence est bien présente. Elle ne s’attarde d’ailleurs pas qu’à ce syndrome du chômage, elle a une résonance sur notre monde contemporain à de multiples points de vue. Les limites du capitalisme et le chômage ; l’instrumentalisation et le monopole des médias par l’État et l’élite de la société ; la migration des réfugiés vers l’Europe, ici caractérisés par les zonards ; la ségrégation socio-spatiale qui se développe, notamment en France, comme l’a souligné le Premier Ministre, Manuel Valls, en décrivant « un apartheid territorial, social, ethnique qui s’est imposé à notre pays ».

La théorie sur les disparités et le rejet des chômeurs que développe la série n’est cependant pas réaliste, malgré les nombreux échos qu’elle porte sur notre société. Les riches ont besoins des pauvres, et ont besoins de main d’œuvre pour fabriquer les biens de consommation. Le marché économique ne marche heureusement pas qu’avec le secteur tertiaire. Bien sûr, le but de la série n’est pas de faire preuve de réalisme. Tout y est exacerbé afin d’évaluer le rapport de l’Homme au travail. La série pose ainsi certaines questions philosophiques assez pertinentes. L’Homme est-il définit par son travail ? Est-il obligé de travailler pour exister ?

Trepalium-ville-638x368
Un concentré d’influences et de références historiques et artistiques se sent énormément, peut-être même trop. Certaines scènes et certains éléments du scénario font très clairement penser à d’autres œuvres. Une scène, celle du tirage au sort des Emplois Solidaires, est presque un copier-coller d’une scène du premier Hunger Games. Le double-rôle de l’actrice Léonie Simaga fait penser au personnage d’Ethan Hawke dans Gattaca. L’univers et les décors font également penser au film d’Andrew Niccol, et à la série scandinave Real Humans. Et les références ne s’arrêtent pas là…

Cet hommage, bien que parfois maladroit, apporte de la matière à la série. L’ambiance et l’univers sont formidablement construits. La musique de Thierry Westermeyer appuie réellement la dramaturgie de l’intrigue, et apporte énormément au suspense, présent à chaque cliffhangers.

Malgré ce formidable univers, la prestation des acteurs laisse à désirer. Le personnage de Ruben, incarné par Pierre Deladonchamps joue sans saveur, avec un tond froid et neutre. Il donne simplement l’impression de réciter son texte, sans véritablement le jouer. Les enfants menés par Nemo Schiffman ne sont pas très convaincants. On excusera cependant leur manque d’experience. La jeune Léonie Simaga, elle, n’est pas tout le temps crédible, elle surjoue parfois, mais livre tout de même une prestation correcte. Quelques acteurs sont cependant très bon, comme les excellents Olivier Rabourdin et Charles Berling. Ils n’arrivent cependant pas à effacer le goût amer que délivre les prestations maussades et sommaires de certains comédiens.

Aucune suite n’est apparemment prévue, cette saison sera donc la seule et l’unique.

Trepalium

En résumé, Trepalium, c’est quoi ?

Trepalium est une série française qui a le mérite d’avoir réellement voulu tenter quelque chose de nouveau, mais qui a sans doute été freinée par son budget insuffisant. Malgré de très bonnes choses, la série est une déception, et le jeu d’acteur y est pour beaucoup.
La série n’est malheureusement pas à la hauteur des séries américaines ou scandinaves. Il reste un petit bout de chemin pour les séries françaises avant qu’elles puissent se comparer à des séries telles que Breaking Bad, Game of Thrones ou encore The Wire.

 

Vincent Taraud

Publicités

Un commentaire Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s