Un Prophète, une œuvre inoubliable et âpre made in Audiard

Un Prophète afficheUn Prophète est un polar français réalisé par Jacques Audiard, sorti en 2009.

Présenté en compétition officielle lors du Festival de Cannes 2009, il y a obtenu le Grand prix du jury. Quelques mois plus tard, il reçoit le Prix Louis-Delluc. Lors de la cérémonie des César du cinéma 2010, il gagne neuf récompenses, dont celles du meilleur film et du meilleur réalisateur. Un Prophète a représenté également la France pour l’Oscar du Meilleur Film Etranger.

Un scénariste en pleine ascension : 

Abdel Raouf Dafri est considéré aujourd’hui comme l’un des plus talentueux scénaristes français. En 2007, il se fait remarqué pour son travail sur la série « La Commune » produite par la chaîne Canal +, alors qu’il est allocataire du RMI à la suite de son échec au certificat d’études. Un an plus tard, il écrit le scénario des deux films « Mesrine » d’après le récit de Jacques Mesrine « L’Instinct de mort ». Son talent n’échappe plus à grand monde et surtout pas à Jacques Audiard. Ce dernier est tombé immédiatement sous le charme de la plume Dafri et de l’histoire qui en a découlé. Le script date pourtant de quelques années, mais il y a une telle force dans celui, que le cinéaste veut l’adapter au cinéma.

Il n’y a pas de place pour le hasard :

Jacques Audiard a rencontré Tahar Rahim sur le tournage de la série « La Commune ». Attiré par le travail de l’acteur, Audiard va s’entretenir avec lui à l’arrière d’un camion. Le réalisateur est sous le charme du comédien et il va lui demander de faire des essais pour son prochain film : Un Prophète. Tahar Rahim n’est pas le seul prétendant pour le rôle principal, mais il sera finalement engagé.

Tahar Rahim Prophète

Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

C’est le genre de films, qu’il ne faut pas rater ou qu’il faut voir d’urgence. Malheureusement, A sa sortie en salles, j’étais indisponible et à sa sortie en DVD, j’attendais la bonne occasion. Aujourd’hui, celle-ci s’est présentée. Le film a obtenu de belles éloges de la part de la presse et du public. J’apprécie énormément le travail de Jacques Audiard et je pense ne pas être déçu…

De quoi ça parle ?

Condamné à six ans de prison, Malik El Djebena ne sait ni lire, ni écrire. A son arrivée en Centrale, seul au monde, il paraît plus jeune, plus fragile que les autres détenus. Il a 19 ans.D’emblée, il tombe sous la coupe d’un groupe de prisonniers corses qui fait régner sa loi dans la prison. Le jeune homme apprend vite. Au fil des  » missions « , il s’endurcit et gagne la confiance des Corses. Mais, très vite, Malik utilise toute son intelligence pour développer discrètement son propre réseau…

Les premières minutes ?

On plonge direct dans un cadre sombre et grisonnant propre à l’univers carcéral. Jacques Audiard y va caméra à l’épaule, au plus près de son acteur, pour faire corps avec ces sentiments. Une immersion totale et efficace où l’on voit les magouilles de la mafia interne, la loi de la prison. On s’attache assez vite au personnage de Malik (Tahar Rahim). Le premier quart d’heure est passé, Malik se retrouve face à un dilemme, il est pris par la tenaille de la mafia corse.

On est sur un bon rythme de départ, une approche frontale du milieu de la prison. On savoure chaque moment, ça sent bon, même très bon pour la suite.

Un prophète

Le casting ?

Tout a déjà été dit sur Tahar Rahim dans son premier grand rôle au cinéma, alors on ne va pas être très original. C’est clairement la révélation du film, l’excellente direction de Jacques Audiard se fait sentir, mais l’acteur livre une composition remarquable. Il incarne Malik de la tête aux pieds, une prestation qui va crescendo et en adéquation avec le destin de son personnage. A ce jour, cela reste sa plus grande performance au cinéma et j’espère le revoir très vite dans la peau d’un personnage aussi fort que celui de Malik.

A ses côtés, on a une autre grande performance, celle de Niels Arestrup. Il est tout simplement habité par son personnage de mafieux corse. L’alliance de l’acteur avec l’œil de Jacques Audiard nous émerveille une nouvelle fois, après « De battre, mon cœur s’est arrêté ». Chacun sait ce qu’il attend de l’autre, cette complicité transpire au delà de l’écran.

Les seconds rôles sont également très convaincants, Adel Bencherif et Reda Kateb font du très bon travail. D’ailleurs c’est grâce à ce film, que leurs carrières va décoller.

Audiard Rahim Niels

Et au final ça donne quoi ?

Jacques Audiard est tout simplement au sommet de son art, il nous livre l’un des meilleurs films de gangsters français et surtout l’un des meilleurs films carcéral du septième art. Le réalisateur orchestre une mise en scène percutante dotée d’un incroyable réalisme. On suit pas à pas l’ascension de Malik au sein de la prison mais aussi en dehors. La caméra d’Audiard nous fait fusionner avec le personnage, on est en même temps spectateur et on éprouve un étrange sentiment d’être impliqué dans cette histoire. Le rythme est très bien soutenu, un film de 2h30 sans temps morts et peu de réalisateurs français savent le faire. La maîtrise et le sens du détail de Jacques Audiard, c’est tout simplement époustouflant !

Le scénario d’Abdel Raouf Dafri est d’une incroyable puissance. On comprend pourquoi Audiard a voulu immédiatement le porter à l’écran. Ce script était fait pour le cinéaste et le résultat final nous le prouve amplement. Le scénariste a su traiter à merveille l’univers carcéral, à travers les différences sociales, l’éducation, les religions… Et ce qui est très fort, c’est qu’on ne s’y perd jamais, là aussi la maitrise saute aux yeux. La structure et la profondeur des personnages sont en parfait équilibre, les principaux comme les secondaires ont leur importance. Déjà pour dans l’adaptation de « Mesrine », on pouvait y entrevoir ces caractéristiques chers à l’écrivain.

La musique d’Alexandre Desplat est plutôt discrète au départ, mais fait son entrée progressivement au sein du film. Quelques compositions sont proches du style de John Williams.

La travail sur les décors est également à souligner. Michel Barthélémy et son équipe ont su recréer l’atmosphère d’une véritable prison, tout a été fait en studio.

Un Profète Tahar Rahim

En résumé, Un Prophète est l’un des meilleurs polars français de ses 20 dernières années. Jacques Audiard démontre (encore une fois) qu’il est l’un des réalisateur les plus talentueux du cinéma hexagonal d’aujourd’hui.  Tahar Rahim et Niels Arestrup sont magistraux !

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3 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Je l’ai en réserve mais je n’ai pas pris le temps de le regarder pour l’instant… Il va falloir que je m’y mette depuis le temps que j’y pense. 🙂

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    1. Il dure 2h30 mais il passe comme une lettre à la poste =)

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