Le Cercle Rouge (1970)

Le_Cercle_rougeLe Cercle Rouge est un polar français réalisé par Jean-Pierre Melville.

Il s’agit de l’avant dernier long métrage dans la carrière du réalisateur et c’est également l’avant dernière apparition au cinéma d’André Bourvil.

Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

Il est considéré comme l’un des grands classiques du polar français. En tête d’affiche, on a un trio de très grands acteurs mythique du cinéma français. Tant d’ingrédients alléchants, qu’on ne peut qu’avoir envie de découvrir ce film. Que la séance commence !

Qu’est ce que ça raconte ?

Un truand marseillais, un détenu en cavale et un ancien policier mettent au point le hold-up du siècle. Le commissaire Mattei, de la brigade criminelle, leur tend une souricière.

Les premières minutes ?

Dés le départ, on identifie la patte Melville. Ambiance nocturne, pas de dialogues, seuls les regards parlent. On découvre les personnages à travers leurs faits et gestes. Certains procédés de mise en scène ont pris un petit coup de vieux, mais il y a tout de même des plans très intéressants comme ceux  à l’intérieur et à l’extérieur du train par exemple. Le réalisateur joue et maîtrise la lumière et l’obscurité, cela instaure l’ambiance, l’ambiance Melville. Le rythme est posé pour le moment, ça devrait aller crescendo au fil des minutes, des rencontres et des affrontements.

Le Cercle Rouge Bourvil

Le casting ?

A l’origine, Jean-Pierre Melville avait prévu une distribution totalement différente. Il a proposé à Lino Ventura le rôle du commissaire Mattei, à Paul Meurisse celui de Jansen et à Jean-Paul Belmondo celui de Vogel.

Pour la première fois, Bourvil est crédité avec son prénom André. A l’époque, l’acteur avait déjà démontré qu’il était aussi à l’aise dans des films dit « sérieux » que dans la comédie. Bourvil livre ici une composition d’une brillante sobriété dans le rôle du commissaire Mattei. Le polar lui va bien, on aurait aimé le voir s’exercer plus souvent dans ce genre là, malheureusement le destin et la vie en ont décidé autrement.

De l’autre côté de la ligne, on a Alain Delon et Yves Montand. Le premier est charismatique et à l’aise dans son personnage. Le second est très convaincant dans la peau du flic déchu et torturé qui veut sauver son honneur.

Gian Maria Volonté (« Pour quelques dollars de plus ») interprète avec sérieux son rôle, mais je regrette toutefois le doublage. Il aurait mieux valu faire de l’acteur italien, un véritable bandit italien, cela aurait été plus judicieux.

Comme vous le constatez, j’ai apprécié l’ensemble du travail de la part des acteurs. En revanche, je trouve que l’écriture autour des personnages est assez faible. Je sais, c’est le style Melville de ne pas trop en raconter sur les personnages. Mais dans ce film, l’approfondissement aurait été un réel atout. Par exemple, le commissaire Monttéi aurait du être plus étoffé sur le plan personnel et émotif. Cela aurait été largement à la portée et à la mesure de Bourvil. Pour moi, l’écriture de Melville est trop lisse et j’y reviendrais un peu plus bas…

le cercle rouge casting

Et au final ça donne quoi ?

Honnêtement, je ne m’attendais pas à être aussi déçu. Le film est considéré comme l’un des meilleurs polars du cinéma français, pour ma part il m’a laissé de marbre. Tout d’abord à cause du rythme, au début je comprends que le réalisateur veuille poser l’ambiance, les personnages et leurs situations. Mais ensuite, on n’a jamais ce petit élément déclencheur qui fait qu’il ait une réelle dynamique du côté flic comme du côté voyou. La mise en scène est techniquement parlant de bonne facture, on a d’excellents plans et le travail sur la lumière et l’obscurité est excellent. Toutefois, il est clair que le temps à fait son œuvre sur ce film. Le montage et quelques transitions sont parfois trop hachurés.

Le silence pesant est à la fois une qualité et parfois un défaut dans ce polar. Je m’attendais à un peu plus de dialogues . Je pense que Michel Audiard aurait du être engagé comme dialoguiste pour ce long métrage. On aurait eu quelque chose de vraiment mythique et unique, car les dialogues sont très importants dans ce genre là et les différents milieux qu’il traite. J’attendais des répliques qui claquent dans les oreilles de la part de ce trio. Mais après, le côté froid et épuré de Melville est bien là, donc soit on aime ou pas.

Cercle Rouge

On continue de parler de l’écriture avec l’histoire, qui est dotée de qualités, mais aussi de quelques défauts. Commençons par les bonnes choses, j’ai trouvé intéressant la rencontre entre les deux voyous ainsi que celle qu’ils ont avec l’ancien flic Jansen (Yves Montand). C’est original et dans l’ensemble c’est  bien amené. La facette « flic sous-marin » du commissaire Mattei est bien intéressante. La scène du braquage est bien conçue même si elle a légèrement mal vieillit. L’aspect torturé de Jansen, manifesté par des hallucinations, est audacieux et approprié. En dehors de ça, rien de bien exceptionnel. Les péripéties sont légères et classiques, ce qui ne donne pas le déclenchement tant attendu. Il y a également quelques incohérences, notamment sur sur barrage laxiste de la part des forces de l’ordre ou encore l’arrivé de Vogel à la fin. La morale finale est un peu trop facile « Ils sont tous coupables » et surtout qu’elle prononcée par le patron de l’IGS. Qu’est ce qu’il fout là ? Bref, je suis déçu par la plume de Melville sur ce coup là.

La musique du film correspond au genre, mais elle est parfois ajoutée à des moments où justement le silence et les mots sont importants (exemple : la scène où Vogel sort du coffre).

Au niveau des décors et costumes, ça colle parfaitement à l’époque. La photographie d’Henri Decaë est dans la même veine que celle pour « Le Samouraï », à la fois grisonnante et bleutée.

On ressent l’influence du cinéma américain chez Melville, comme pour chez Verneuil et Corneau. Sauf que pour notre film du jour, je trouve qu’il y a une espèce d’inadéquation entre le fond et la forme. Le cinéaste tente le mélange de l’intensité dramatique du « Deuxième souffle » et la froideur du « Samouraï ». Personnellement, je trouve que cela ne fonctionne pas.

le cercle rouge delon

En résumé, Le Cercle Rouge est un polar noir et glacial, soit on accroche ou pas du tout. Le casting quatre étoile brille, mais l’impact aurait pu être plus conséquent.

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