Kagemusha, l’ombre du guerrier

 Kagemusha, l’ombre du guerrier (影武者/Kagemusha)  est un film Nippo-américain  de Akira Kurosawa  sorti en 1980.

 C’est qui ou plutôt c’est quoi Akira Kurosawa ?

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(Copyright Blow Up/Arte sur le titre ^^) Alors Akira Kurosawa Cinéaste, monteur, scénariste et producteur japonais née le 23 mars 1910 (on s’ennuie hein ?) Alors faisons ça autrement. Akira Kurosawa c’est l’inspirateur de classiques que vous avez normalement tous vu. D’une poignée de dollars de Sergio Leone (tirée de son film Rashomon sorti en  1950) aux 7 Mercenaires de John Sturges qui puisent son inspiration dans Les 7 Samouraïs de 1954 (film considéré comme le chef d’œuvre de Kurosawa). Ce ne sont que deux exemples parmi tant d’autres.

Notre film du jour, quant à lui, fait partie des chefs d’œuvre tardifs du maitre (ça fait très pompeux, dis comme ça, mais pour le coup ce n’est pas usurpé du tout) et accessoirement constitue sa première reconnaissance mondiale. Au même titre que Ran, son film suivant, Kagemusha est l’illustration parfaite du cinéma de son auteur. Des épopées grandioses, aux scénarios tirés de l’histoire national et avec une richesse photographique et une mise en scène inégalée.

Une co-production nippo-américaine

Avant d’évoquer le film, il est nécessaire de revenir quelques années en arrière, en 1977 précisément. C’est cette année-là, je ne vous apprends rien, que sort Star Wars sur les écrans, le film est un succès monumental (je ne vous apprends toujours rien), mais quel rapport il y a t-il, vous allez me dire, entre Star Wars et Kagemusha?

La réponse est évidemment George Lucas qui expliquera, à qui veut l’entendre, après le succès de son film que son inspiration viendrait de l’œuvre d’Akira Kurosawa, notamment de son film La Forteresse Cachée de 1958.

Préparant la suite des aventures de son Jedi préféré, Lucas apprend avec stupeur que son maitre n’arrive plus à se faire financer des films. Ni une ni deux, il convainc son ami Francis (oui je parle bien de Coppola là) de l’aider et  il invite  son mentor à Los  Angeles pour qu’il lui expose ses projets. De ces discussions ressortira un accord de financement et de distribution par la Fox de son prochain film, vous l’aurez compris je parle bien sûr de Kagemusha.

 

Akira Kurosawa, Francis Ford Coppola, and George Lucas during the production of KAGEMUSHA, 1980.

Qu’est que ça raconte ?

Alors là, accrochez-vous parce qu’on va se marrer ou se perdre (c’est selon). Japon, XVIeme siècle, une féroce guerre des clans divise l’archipel. L’un des plus puissants est le clan Takeda mené par le leader charismatique et quasi vénéré Shingen. Il rêve de prendre la capitale, Kyoto et ainsi devenir seigneur du pays.

Mais lors de l’assaut du château de Noda, il est mortellement blessé. Il ordonne à ses plus fidèles conseillers de garder sa mort secrète pendant trois ans.

Le frère de Shingen  met dont en place un stratagème pour respecter la volonté de son frère. Il va utiliser un banal voleur comme doublure, l’idée semble étrange au départ mais ce dernier est le sosi parfait du seigneur défunt.

Le Kagemusha (guerrier de l’ombre en japonais) n’a que le physique de commun avec le chef de clan sa présence et son allure manque plusieurs fois de le faire démasquer, mais il comprendra l’importance de sa mission quand il découvrira la vérité et réussira à bluffer les espions ennemis, le petit fils,  les concubines et même ceux qui sont dans la confidence !

Mais autant chez l’ennemi que dans le clan, des manigances se préparent dans l’ombre….

Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

Un proverbe japonais dit  « Iwanu ga hana » «  Les mots qui ne sont pas prononcé sont les fleurs du silence » donc je ne répondrais pas à cette question.

Les premières minutes ?

Le film s’ouvre sur un plan unique, fixe et statique  de six minutes. On nous présente ici Shingen Takeda, son frère, Nobukado et un voleur qui vient d’échapper à la croix (oui on ne plaisantait pas avec le vol, on crucifiait bien les barbus, fils de Dieu, sous d’autres latitudes, alors pourquoi pas les voleurs).

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Le casting ?

Tatsuya Nakadai a la dure tache d’incarner la figure historique de Shingen Takeda, mais aussi sa doublure. Ce qui pour un acteur traditionnel ne serait pas chose aisée mais Nakadai était un véritable caméléon pouvant tout jouer et étant méconnaissable film après film.

Son talent l’avait même fait devenir petit à petit le remplaçant de Toshiro Mifune comme acteur fétiche de Kurosawa. Et si vous le chercher aujourd’hui le bougre n’est pas mort, il est au casting du film d’animation Le Conte de la princesse Kaguya  dernier film en date du grand Isao Takahata.

 

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Et au final ça donne quoi ?

Kagemusha permis à son auteur, âgé à l’époque de  70 ans, d’avoir enfin la reconnaissance internationale qu’il méritait, et rafla au passage la Palme d’or à Cannes en 1980. Mais au prix de quelques concessions.

Coppola et Lucas  grand sauveurs du film, sur le papier,  restent tout de même américains dans leurs ambitions. Effrayés par la distribution d’un film en japonais sous-titré, ils ont donc demandés à Kurosawa de couper environ 35 min de son métrage. C’est à dire six scènes dont certaines ont une importance majeure pour la compréhension du spectateur, heureusement en 2002 une ressortie française permis de  découvrir la « director’s cut » de l’œuvre.

N’arrivant pas à budgéter son film, Kurosawa se tourna vers la peinture pour raconter son histoire. Ces dernières lui servir d’ailleurs  de storyboard et on peut dire que ça se voit tant les plans rappellent des tableaux. De par le foisonnement de couleurs omniprésentes, visibles sur les costumes authentiques mais aussi par la photographie, les scènes de bataille, couvertes d’éclairs rouges luminescents ou la célèbre scène du rêve qu’on croirait tout droit sorti de l’imaginaire torturé d’un fou.

Kagemusha

Peut-être pourrait-on dire que Kagemusha est le premier vrai film en couleur de son auteur. Etrange tout ça pour un film voulant évoquer une ombre omniprésente et sombre.

Bon après, ce n’est peut-être pas le plus épique des films de genre qu’on pourrait voir, il suffit de regarder Les 7 Samouraïs pour s’en rendre compte, mais il est bon de nuancer cela au regard de la scène de bataille finale tournée en deux mois (rien que ça) inspirée de la  véritable bataille de Nagashino de 1575

Au final, que dire de ce film, qui n’a pas déjà été dit, film magistral, mise en scène extraordinaire. Les superlatifs manquent donc,  je me contenterais de citer pour finir un autre proverbe japonais « Uwasawo SurebaKage » ou « Si on parle de quelque chose alors on en voit l’ombre » A méditer.

 

Yann R.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. nico nsb dit :

    Salut,
    A mon humble avis, Les 7 Samourais (film que j’adore, tout comme Yojimbo, Sanjuro…) n’est que… l’un des nombreux chefs d’oeuvre du maître japonais. Il en a signé un bon paquet, tous genres confondus. Et le film de sabre n’est justement pas spécialement représentatif du cinéma d’Akira Kurosawa. On peut citer par exemple Chien Enragé (policier), Les Salauds dorment en paix (drame), Dersou Ouzala (aventure)… Son inspiration venait aussi des classiques de la littérature russe ou de Shakespeare.
    D’ailleurs, ça tombe bien, Wilde Side sort actuellement et en blu-ray de nombreux films restaurés de Kurosawa.

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