Les Proies (1971)

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Les Proies est un thriller sur fond de guerre de Sécession réalisé par Don Siegel. Il s’agit de l’adaptation du roman de Thomas Cullinan, dont l’histoire s’inspire d’une comédie grecque d’Eschyle.

Don Siegel et Clint Eastwood signent là leur troisième collaboration, après « Un shérif à New York » et « Sierra Torride« . Les deux hommes retravailleront ensemble par la suite pour « L’évadé d’Alcatraz » et « L’inspecteur Harry« .

Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

Le teaser de la chaine Arte m’a tout simplement donné envie de regarder ce film. Il montrait un Clint Eastwood dans une posture inhabituelle et j’étais très curieux de voir ça. Don Siegel a signé de très bons films avec l’acteur mais aussi des moins bons, j’espère ne pas être déçu…

De quoi ça parle ?

John McBurney est grièvement blessé à la jambe pendant les derniers jours de la guerre de Sécession. Amy, une sudiste de dix ans, le découvre gisant dans la forêt et parvient à le traîner jusqu’au pensionnat où elle est élevée. Toutes les élèves sont partagées entre leur peur du yankee et leur désir d’homme depuis le début de la guerre. Comprenant la situation, John s’exerce à séduire tantôt l’une, tantôt l’autre, mais, contraint par la menace, il cède à la plus entreprenante et se fait surprendre…

Les premières minutes ?

Un générique d’époque pose simplement et efficacement l’atmosphère de la Guerre de Sécession, des photographies de batailles s’enchainent sur fond de roulements de tambours. On enchaine ensuite avec la petite Amy qui ramasse des champignons dans la forêt pas très loin du conflit, la musique de Lalo Schifrin appuie l’innocence de l’enfant, ce qui contraste évidemment avec ce qui se passe autour d’elle.

La rencontre « surprise » entre la petite fille et Clint Eastwood donne la première petite note de thriller au long métrage, légère mais efficace. Don Siegel superpose deux scènes, pour nous montrer ainsi le parallèle de situation qu’il y a d’un côté et de l’autre. Une espèce de transition sans en être une, astucieux de la part du réalisateur.

L’audace de Siegel et d’Eastwood frappe un premier lors de la scène du baiser entre la fillette de douze ans et le soldat nordiste (Eastwood). On y voit déjà un homme prêt à tout pour survivre et se mettre les gens dans sa poche.

Une fois que la petite fille ramène le caporal McBurney à son pensionnat, quelque chose de mystérieux se trame. La directrice semble avoir un passé lourd avec un homme, qui semble être son frère.

Tout cela, nous donne un premier quart d’heure intéressant et audacieux. Un ton qu’il faudra assumer jusqu’au bout, si c’est le cas, ça pourrait nous donner une belle petite surprise.

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Le casting ?

Clint Eastwood nous prend à contre-pied dans ce long métrage, il incarne avec force et conviction un personnage antipathique à souhait, en la personne du caporal John McBurney. Séducteur et manipulateur, l’acteur livre une performance saisissante et dérangeante, l’une des meilleures de sa carrière.

Autour de lui, on trouve une distribution féminine avec en tête Geraldine Page dans le rôle de la directrice. Avec sa prestation glaçante, légèrement machiavélique sur les bords, l’actrice s’oppose de belle manière face à Clint Eastwood. Ce sont tous les deux des manipulateurs à leurs façons, à savoir qui gagnera le bras de fer à la fin.

Edwina Dabney interprète avec crédibilité la fragile Edwina, tandis que Jo Ann Harris apporte de la fougue et de la tentation sous les traits de Carol.

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Et au final ça donne quoi ?

Waaaah ! Quelle surprise de la part de Don Siegel et Clint Eastwood, que ce huis clos oppressant et poisseux avec pour toile de fond la guerre de Sécession. Un thriller psychologique de cette trempe, il fallait le faire à l’époque. Le réalisateur américain ose et son acteur fétiche aussi, ce qui nous donne l’un des meilleurs films issu de l’amitié entre les deux hommes.

La mise en scène de Siegel instaure de la tension et l’inquiétude, dés que l’on pénètre avec John McBurney dans le pensionnat. Un étau (le pensionnat) et un échiquier entre le soldat et la directrice, se mettent immédiatement en place. Le cinéaste ne laisse pas tomber la toile de fond, il la conserve et l’utilise astucieusement pour intensifier l’hostilité à l’extérieur du pensionnat, mais aussi l’aspect manipulateur des personnages. L’axe principal du film reste bien évidemment les rapports et les sentiments entre les femmes et John McBurney. Don Siegel ose d’ailleurs une importante petite scène de sexe, ce qui à l’époque était très rare au cinéma et encore plus pour Clint Eastwood. Techniquement, les transitions flashbacks sont efficaces, le bon travail sur la lumière et les ombres est également à souligner, tout comme la scène du rêve , qui relève également d’un certain culot. Le rythme et la tension sont minutieusement dosés, à la manière d’un certain Alfred Hitchcock.

En ce qui concerne l’écriture, c’est à l’image du travail de Siegel et d’Eastwood, c’est à dire brillant et audacieux. Les scénaristes n’ont jamais assumé ce script car Don Siegel y avait modifié énormément de choses dont la fin. Il est donc difficile se savoir qui a fait quoi, mais en tout cas Siegel a vu juste. Une atmosphère sombre, des femmes qui peuvent s’avérer impitoyables, la peur de la castration chez un soldat manipulateur entouré de femmes quasi-vierges ou encore le final macabre, c’est tout bonnement génial et le duo Siegel/Eastwood ont bien fait de se battre pour que ce film voit le jour tel qu’on le voir aujourd’hui.

Lalo Schifrin livre une bande son qui va crescendo, le compositeur suit au détail l’intensité qui grimpe au fil des minutes. Le suspens ne serait pas aussi bon, sans son travail.

Don Siegel nous dépeint avec originalité et courage les atrocités de la guerre, à travers la psychologie d’un homme et de femmes. Au final, il nous montre que le danger n’est pas que sur le champ de bataille. Un regard pessimiste, mais qui reste percutant et maitrisé.

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En résumé, Les Proies est huis clos suffocant et surtout audacieux dans sur le fond comme la forme. Don Siegel est au sommet de son art, tout comme Clint Eastwood qui casse son image et nous montre une toute autre facette de son talent inné pour le cinéma. Chapeau Messieurs !

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. belette2911 dit :

    Diantre, un film que je ne connaissais pas ! Hop, je le note de suite pour ne pas le louper !

    Aimé par 1 personne

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