La Ligne Verte, quand le fantastique épouse l’injustice du monde réel

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La Ligne Verte est un film américain réalisé par Frank Darabont et adapté du roman éponyme de Stephen King.

Cette œuvre fait déjà partie des classiques du cinéma et de la culture américaine. Pour la petite histoire, l’écrivain à succès est venu lors d’un jour de tournage visiter les décors, qui par ailleurs ont été inspirés du vrai pénitencier du Tennessee, et a souhaité être attaché à la chaise électrique. Le réalisateur n’a bien évidement pas refusé la demande et a demandé à l’équipe de tournage de suivre le « rite » de l’époque. Ils ont donc installé Stephen King sur la chaise et lui ont mis les sangles. Terrorisé, ce dernier a demandé à ce qu’on le libère au plus vite. Comme quoi, pour ceux qui n’ont pas vu le film, préparez-vous à être troublé.

Pourquoi j’ai voulu (re)voir ce film ?

Ma vie est un long fleuve tranquille. Mon samedi soir rime souvent par un enchainement de films en compagnie de ma concubine. Sa culture cinématographique rimant souvent avec blockbusters ou comédies dont le QI est proche de zéro, j’ai réussi ce week-end à la convaincre de voir enfin un film avec de l’importance. Car oui cette sublime adaptation de Frank Darabont a d’autant plus de légitimité et d’intérêts aujourd’hui puisque nous vivons un moment sombre de notre histoire et la problématique posée par Stephen King dans son livre possède encore plus de sens aujourd’hui.

De quoi ça parle ?

Légale depuis 1913 au Tennessee, la peine de mort est une méthode radicale pour certain et plus que légitime pour d’autre. Si la France a abolit cette peine en 1981 sous la direction de François Mitterrand, les Etats Unis continue encore aujourd’hui à s’en servir dans certains états pour punir des crimes. Ce film pose plusieurs problématiques : doit-on utiliser la peine de mort ? Avons-nous le droit à une seconde chance ? Ces personnes peuvent-ils avoir un cœur ? Punissons-nous tous ceux qui le méritent ? La justice est-elle juste et immuable ?

Pour revenir sur notre film, Frank Darabont raconte l’histoire d’un gardien chef du pénitencier de Louisiane en 1933. Paul Edgecombe (Tom Hanks) était chargé de veiller au bon déroulement des exécutions par peine de mort dans l’état du Tennessee. Un jour, John Coffey (Michael Clarke Duncan) un criminel accusé de meurtre et de viol entre dans son bloc. Ce qui va se passer pendant cette période changera définitivement sa vie et sa vision des choses.

Les premières minutes ?

L’ambiance épouvantable que nous offre le réalisateur pendant près de trois heures débute dès les premières minutes. La première scène nous met de suite dans le bain. On constate assez rapidement que de nombreux fermiers recherchent des petites filles dans un champ de blé et tout ça (car le cinéma c’est aussi des BO extraordinaires) sur un fond sonore des plus lugubres. Les deux premières phrases sont toutes aussi affreuses et froides :

« You Love your sister ? You make any noise, you know what happens. (Tu aimes ta sœur ? Si tu fais du bruit, tu sais ce qu’il va arriver ?) »

Pas de répit ou presque pour les spectateurs, la suite monte en brutalité plus les minutes défilent.

La ligne verte

Le casting ?

Peu de films ont façonné la personne que je suis aujourd’hui, celui-ci en fait sans nul doute partie. Pourtant, ce film n’a pas eu, selon moi, la gloire qu’il mérite. Le célèbre site américain Rotten Tomatoes n’a mis par exemple qu’une note de 6.8/10 sur son site internet et la cérémonie des oscars n’a offert aucune statuette malgré cinq nominations à The Green Mile.

Seul nommé, ce que je trouve d’ailleurs très injuste, Michael Clarke Duncan se verra battre par Michael Caine pour L’œuvre de Dieu, la part du Diable lors de cette 72ème cérémonie. Pourtant tout ceux ayant vu le film garderont en mémoire cette citation célèbre :

« – What’s your name ? (Quel est votre nom ?)
– John Coffey. Like the drink… only not spelt the same. (John Coffey. Comme le café, mais ça ne s’épelle pas pareil.) »

Sa prestation est juste inqualifiable en termes de superlatif, il provoque une empathie extraordinaire. Sa gentillesse, sa perfection, sa beauté de cœur, il a réussi à trouver le mélange parfait pour réaliser Le Parfum*.

Ces compagnons de répliques sont tout aussi fabuleux. Tom Hanks qui vague doucement vers une île paradisiaque, incarne son rôle à merveille. Pourtant, il ne fût que le second choix de la production qui souhaitait mettre John Travolta à sa place… ils ont peut-être bien fait finalement. Doug Hutchison est détestable à souhait en tant que Percy Wetmore, Sam Rockwell est répugnant en tant que malade mental fan de Billy the kid et Michael Jeter est poignant avec sa souris de cirque Mister Gingle.

* Dédicace au film de Tom Tykwer – Le Parfum, histoire d’un meurtrier, avec un autre défunt Alan Rickman.

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Et au final ça donne quoi ?

Le cinéma a plusieurs rôles : divertir, apprendre ou/et réfléchir. Voilà pourquoi de nombreuses personnes se déplacent dans des salles obscures ou visionnent des films sur leur canapé un samedi soir. Certains préfèrent la musique, d’autres la peinture ou encore la lecture, mais le cinéma est l’art possédant le plus d’outil pour séduire. Si notre imagination est parfois restreinte puisque nous devons nous adapter à la vision d’un homme, d’un groupe, cela permet à certaines occasions de ressentir des choses extraordinaires. Ce film en est la preuve vivante ! J’ose défier toute personne osant dire qu’il n’a pas été ému ou mal à l’aise pendant ce visionnage.

Pour une œuvre de presque trois heures, le rythme n’est pas un problème. Il est très bien géré par le réalisateur, et sans l’idolâtrer, quand il y a quelques petites longueurs, cela nous permet de réfléchir sur la personne que nous sommes et notre vision de la vie. Est-ce fait exprès ? Je pense que oui. Pourtant, il m’est arrivé à plusieurs reprises d’espérer voir le bout du tunnel. Je ne parle pas de mort, mais bien de fin de récit. L’atrocité des scènes étant de plus en plus durs, de plus en plus insoutenables, on espère à tout moment que cela va s’arrêter, que la fin va arriver et qu’on va enfin arrêter de nous torturer. Car oui je comparerai ce film à une sorte de torture. Il faut des fois nous mettre dans nos derniers retranchements pour apprendre, pour changer et cette œuvre y arrive.

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Très peu de films réussissent à donner du sens à son propos et à avoir une problématique existentielle. Je ne vous donnerai pas le mien, car cela n’aurait aucun sens, mais si vous souhaitez un jour avoir du répondant, une vraie réponse au débat de la peine de mort, vous vous devez de visionner la Ligne verte. Il y aura certes par moment un peu de fantaisie notamment avec John Coffey car cela reste du Stephen King, mais le fond doit vous permettre de vous poser les bonnes questions. Je finirai cette critique par une citation du film :

« Je suis fatigué patron, fatigué de devoir courir les routes et d’être seul comme un moineau sous la pluie… Fatigué d’avoir jamais un ami pour parler, pour me dire où on va, d’où on vient et pourquoi… Mais surtout je suis fatigué de voir les hommes se battre les uns contre les autres, je suis fatigué de toute la peine et la souffrance que je sens dans le monde. »

Tomas Richy

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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. belette2911 dit :

    J’ai pleuré en lisant le livre (publié sous forme de 6 tomes à l’époque) et j’ai chialé encore plus en voyant le film. Je ne saurais plus le regarder tant il me fait mal au coeur, aux tripes, tant j’aime Coffey et l’acteur qui lui donne si bien vie.

    Aimé par 1 personne

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