Vol au-dessus d’un nid de coucou, ou la ferme des animaux du cinéma américain !

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Vol au-dessus d’un nid de coucou est un film américain réalisé par Milos Forman et adapté du roman éponyme de Ken Kesey.

Tous les fans de cinéma ont déjà entendu parler de cette œuvre du réalisateur tchécoslovaque. A l’image d’Amadeus quelques années plus tard, Milos Forman sait séduire les votants de l’académie des oscars. Avant sa razzia de 1985 où son projet sur Mozart sera récompensé à huit reprises – ce qui fait d’ailleurs partie des films les plus récompensés de tous les temps – le cinéaste réussira l’exploit de voir son projet remporter les cinq statuettes les plus recherchées : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleure actrice et meilleur scénario pour Vol au-dessus d’un nid de coucou. Cela reste encore inédit, puisque seulement trois films ont su faire aussi bien : New York-Miami en 1934 par Frank Capra et le Silence des agneaux quelques années plus tard en 1991 grâce à Jonathan Demme.

Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

Pour être totalement franc avec vous, je n’ai jamais eu la chance de regarder ce film auparavant. On m’en a souvent voué les mérites, surtout pour un fan des oscars comme moi, mais au final, je n’avais jamais pris le temps de le visionner. La difficulté d’accès d’une œuvre comme celle-ci me reboutait. A l’image de la dernière critique sur la Ligne verte, ce genre d’adaptation ne me donne pas forcément envie au premier abord, de par sa complexité intellectuelle et morale. Pourtant, comme vous avez pu le lire lors de mon analyse précédente, cela vaut le coup d’œil.

De quoi ça parle ?

Afin de commencer cette nouvelle critique de bonne humeur, je souhaiterai vous poser une petite question. Savez-vous pourquoi ce film s’appelle-t-il ainsi ? Vous avez trouvé ? Non, ce n’est pas l’histoire d’un avion ou d’un oiseau (enfin si quoi que), il faut faire appel à vos amis les anglophones pour comprendre la vraie signification de ce titre. Je suis gentil, je vais vous éviter de passer plusieurs minutes dans le dictionnaire ou sur internet. L’écrivain américain n’a pas fait son choix au hasard, « Vol au-dessus d’un nid de coucou » est une métaphore qu’on pourrait traduire par « Évasion de l’asile ». En anglais le mot coucou (cuckoo) a un sens bien différent du nôtre puisqu’en plus d’être un oiseau il peut également dire « fou ». Vous pourrez constater dans l’analyse qui va suivre, que ce titre est incroyablement bien formulé et surtout choisi avec soin.

Pendant près de deux heures, Milos Forman nous conte l’histoire de Randle McMurphy, ancien prisonnier accusé de viol sur mineur envoyé dans un hôpital psychiatrique. Ce dernier ayant marre de l’environnement pénitencier, il tente de se faire passer pour un fou afin de finir sa peine de manière moins douloureuse. Ne partez pas toute suite, ce résumé n’est qu’une couche superficielle de ce que l’on peut apercevoir dans cette œuvre formidable.

Les premières minutes ?

En lisant ce synopsis vous n’avez peut-être pas été séduit par ce Vol au-dessus d’un nid de coucou. Pourtant, le contenu est bien différent de ce que l’on peut lire ou croire. C’est toute la beauté du film. Nous n’avons pas affaire à une œuvre sombre et lugubre comme peut l’être « Shutter Island » de Martin Scorsese – au contraire – dans les premières minutes le réalisateur persiste sur le côté esthétique – dont je vous parle tant depuis le début – en offrant de la folie à nul autre pareil. Cet humour proche de l’absurde met directement les spectateurs dans l’ambiance. On rigole, on peut même se demander si on n’aura pas une sorte de Monty Python chez les cinglés… et pourtant…

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Le casting ?

Je ne sais même pas par où commencer tellement le jeu des comédiens est époustouflant. Jack Nicholson qui se verra offrir son premier oscar après quatre échecs (Easy Rider 1970, Cinq pièces faciles 1971, La dernière corvée 1974 et Chinatown 1975) joue à merveille. Ses mimiques, sa gestuelle, sa façon de prendre le texte avec ses tripes est incroyable. Sa démence lors de ce film sera remarquée par un certain Stanley Kubrick quelques années plus tard qui lui offrira le rôle-titre dans Shining et une assez belle révérence : « Jack Nicholson est sans doute le plus grand comédien d’Hollywood aujourd’hui, l’égal des plus grands acteurs de composition du passé, comme Spencer Tracy et James Cagney. »

Il y a ensuite la belle Louise Fletcher. On l’a déteste, mais on adore la détester. Son oscar est également mérité tellement on souhaite comme Randall McMurphy dans ce film la tuer. Elle nous énerve, on désire même par moment l’étrangler tellement elle incarne bien la dictatrice. La réalisation est tellement magique qu’il n’hésite pas à faire de gros plans sur ses grands yeux bleus. On sent le machiavélisme et l’injustice dans son regard… et dire que son rôle fût gagné à une semaine du tournage. Milos Forman n’était pas convaincu par la demoiselle qui tentait d’obtenir ce rôle depuis six mois ! Malheureusement, on ne la reverra plus au sommet de son art dans les années qui suivirent. Elle fît quelques films intéressants, mais rien de vraiment notable.

On va finir à la volée pour le reste de l’équipe. Will Sampson qui incarne « Chef » joue incroyablement juste. Si on devait faire un examen rétrospectif de son œuvre, il serait sûrement très positif tellement il nous bluff du début jusqu’à la fin. Il lui manque peut-être une touche un peu plus théâtrale, un peu plus rocambolesque lors de sa révélation de fin de film. Brad Dourif ou Billy Bibbit se verra récompenser à juste titre pour son rôle. Son bégaiement associé au reste de son jeu d’acteur est incroyable. Il nous embarque dans sa folie et dans sa timidité enfantine c’est limite troublant. Il y a également Danny DeVito qui est à mourir de rire du début jusqu’à la fin ou encore Christopher Lloyd dans un jeu plus simpliste, mais tout aussi efficace. Tout le casting mérite d’être honoré, je regrette d’ailleurs de ne pas tous les citer.

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Et au final ça donne quoi ?

Plus les minutes passent, plus ce film commence à prendre de l’ampleur et du sens. Car derrière toutes ces folies se cachent une critique sociétale fantastique. Ce n’est pas qu’une hyperbole constante de ce que peut vivre les malades mentaux dans les hôpitaux psychiatriques, au contraire, tout est caché derrière une jolie mise en scène et un jeu d’acteur époustouflant.

Ce qui est vraiment fantastique avec cette œuvre, c’est qu’elle possède plusieurs analyses à des couches différentes. Il y a tout d’abord un aspect que j’évoque beaucoup depuis le début, c’est-à-dire le côté esthétique, le côté comédie. Il y a une jolie forme théâtrale, des hyperboles en voici en voilà ce qui offre une première approche à la limite du lyrisme. On a ensuite la possibilité d’analyser le comportement de McMurphy en le transportant vers notre époque et le monde « moderne ». Jusqu’où sont prêts certaines personnes pour se faire remarquer ? Quel est la limite ? On peut voir par exemple le rôle de Jack Nicholson comme une critique de la téléréalité. Certes à l’époque cela n’existait pas et le but n’était donc pas celui-ci, mais si on réfléchit bien et qu’on essaye d’utiliser les nombreuses métaphores proposées par Milos Forman pour allier cette hypothèse, elle pourrait être potentiellement valable. Surtout si on rajoute les scènes avec les demoiselles qui accompagnent McMurphy dans la dernière partie de film. Je vous donne ce raisonnement de lecture afin de vous démontrer que ce film reste après 40 ans – intemporel et aux multiples facettes.

La vraie lecture ou du moins celle qui semble être la plus correcte est la critique du communisme voire du nazisme au XXIème siècle. Le réalisateur étant né en 1932 en Tchécoslovaquie, il connue de nombreux malheurs dans son pays. Ses parents ont été envoyés à Auschwitz alors qu’il était encore tout jeune et quelques années plus tard il fût obligé de quitter son pays suite au renversement soviétique du Printemps de Prague en 1968. N’ayant plus la liberté de penser et surtout de s’exprimer comme il le souhaitait, il partit progressivement aux États-Unis.

Pour parfaire cette analyse, on peut constater que le tchécoslovaque à utiliser de nombreuses techniques cinématographiques afin de rajouter ce sens caché. On voit par exemple en tout début de film, qu’il joue sur la couleur. Jack Nicholson arrive dans l’hôpital en noir alors que les murs et les habits des internés sont blancs. McMurphy possède donc le rôle ingrat. Non pas du méchant, au contraire, mais de celui que tout le monde souhaite voir fuir ou mettre à terre. Il essaye de se révolter contre le régime, contre la tyrannie de l’infirmière Mildred et soulève de plus en plus ses troupes. On a notamment une belle tirade en toute fin de film où Nicholson donne la réplique à Sampson (Chef). Ce dernier se dit « pas assez grand » alors qu’il fait deux mètres. Quand la bataille de fin a lieu et que la révolte voit son coup fatal avec la mort ainsi que la destruction mentale de certains personnages, il se dit enfin prêt à se battre, à s’enfuir.

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Il semblerait peut être même que si l’on réfléchit bien, Milos Forman tente de se réfugier dans le rôle peu bavard mais qui possède une force indéniable de « Chef ». Ce que l’on peut en tout cas dire, c’est que chaque analyse que vous pourrez donner de ce film sera riche en intérêt. Cette adaptation mérite sans nul doute une place d’honneur au panthéon du cinéma.

Tomas Richy.

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. zetsuboucycy dit :

    Simplement magnifique! J’adore ce film!!

    Aimé par 1 personne

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