Prisoners, le labyrinthe obscure et troublant aux confins du mal et de la vengeance

Prisoners

Prisoners est est un thriller américain réalisé par Denis Villeneuve, sorti en 2013.  Suite au succès critique et commercial de l’excellent « Incendies« , le cinéaste canadien se voit propulser sous les projecteurs hollywoodiens. Son film est couronné de prix prestigieux à travers le monde, Denis Villeneuve devient la révélation de l’année 2011. Son ascension lui permet d’accéder au projet « Prisoners » amorcé en 2009 par Alcon Entertainment.

Une pierre deux coups :

Début 2012, Denis Villeneuve tourne le thriller fantastique « Enemy » avec en vedette Jake Gyllenhaal. Lors du tournage, le réalisateur reçoit le script de « Prisoners » et tombe immédiatement sous son charme. Il partage sa lecture avec son acteur et lui propose le rôle du détective Loki. Villeneuve enchaine le tournage de « Prisoners » juste après celui de « Enemy » en conservant Jake Gyllenhaal devant sa caméra.

Pourquoi j’ai voulu (re)voir ce film ?

Suite aux votes concernant la première « séance des abonnés », c’est avec un grand plaisir de revoir cette perle noire du cinéma américain.

De quoi ça parle ?

Dans la banlieue de Boston, deux fillettes de 6 ans, Anna et Joy, ont disparu. Le détective Loki privilégie la thèse du kidnapping suite au témoignage de Keller, le père d’Anna. Le suspect numéro 1 est rapidement arrêté mais est relâché quelques jours plus tard faute de preuve, entrainant la fureur de Keller. Aveuglé par sa douleur, le père dévasté se lance alors dans une course contre la montre pour retrouver les enfants disparus. De son côté, Loki essaie de trouver des indices pour arrêter le coupable avant que Keller ne commette l’irréparable… Les jours passent et les chances de retrouver les fillettes s’amenuisent…

Les premières minutes ?

Quand on lit le synopsis, on se dit que l’on va avoir droit à du réchauffé et bah le premier quart d’heure nous démontre le contraire. Denis Villeneuve brosse le profil et le caractère de Keller, un père de famille croyant qui craint qu’un jour l’apocalypse frappe à sa porte. Tout semble tranquille dans la banlieue de Boston, jusqu’à l’arrivé d’un mystérieux camping car. Le réalisateur installe progressivement un climat d’insécurité et de danger. La bande son de Jóhann Jóhannsson et la photographie de Roger Deakins fusionnent d’entrée avec le regard de Villeneuve, la scène de l’arrestation de nuit près de la forêt en témoigne.

En l’espace de quinze minutes, on est totalement embarqué dans cette histoire qui peut arriver à tout le monde. En une fraction de secondes, notre vie peut basculer du tout au tout. Le cadre du puzzle est posé, il n’y a plus qu’à retrouver les pièces aux côtés des protagonistes. Un démarrage plus qu’efficace dans la lignée de « Mystic River« .

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Le casting ?

A l’origine, les producteurs avaient songé à Mark Wahlberg et Christian Bale pour interpréter les deux rôles principaux, puis ensuite c’est les noms de Michael Fassbender et Leonardo DiCaprio qui ont circulé. Denis Villeneuve a finalement opté pour une confrontation de choc entre Hugh Jackman et Jack Gyllenhaal.

Sous les traits de Keller Dover, le père de famille, Hugh Jackman décoche l’une des plus grandes prestations de sa carrière. Une performance incroyable qui aurait amplement mérité une nomination aux Oscars. L’acteur australien est habité par son personnage père en détresse qui sombre dans le désespoir et la haine.

Jake Gyllenhaal est également en très grande forme, son rôle d’inspecteur lui va comme un gant. Les échanges qu’il entretient avec Jackman dégagent la puissance des grands face à face.

Le reste du casting n’est pas non avare en crédibilité, on retient principalement Terence Howard, Paul Dano, Viola Davis et Maria Bello. Chapeau aussi à Mélissa Léo, qui est méconnaissable.

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Et au final ça donne quoi ?

Une claque ! Un chef d’oeuvre noir et déstabilisant, qui nous retourne complètement. Denis Villeneuve et son équipe ont réussi à donner un nouveau souffle au genre, une œuvre culte qui se range aux côtés de « Seven » et « Le Silence des agneaux« . Villeneuve s’annonce comme un grand réalisateur à la hauteur de David Fincher.

Sa mise en scène est orchestrée au cordeau, de la première à la dernière scène. Denis Villeneuve s’adapte parfaitement au genre, son cadre est millimétré instaure une atmosphère sombre et sous tension où le suspens nous fait saliver d’image en image. Le labyrinthe et ses miroirs sont merveilleusement mis en place, on s’y perd avec un malin plaisir et on y voit la véritable nature que peut atteindre l’homme dans son désespoir. Le suspens est implacable et maitrisé jusqu’à la dernière seconde, la scène finale est d’une redoutable efficacité qui vous scotche au canapé.  Bien sûr cette ambiance à la limite des ténèbres ne serait rien sans l’excellent travail de Roger Deakins à la photographie.

Le scénario se démarque également grâce à une écriture qui évite le réchauffé ou le reconditionné. Aaron Guzikowski met l’accent sur ses personnages, tout en utilisant à bon escient les enjeux qu’il instaure au fur et à mesure. Le contexte social et la religion sont également traités, et ce de manière grinçante et audacieuse. Ou s’arrête l’humanité et ou commence la bestialité ? Telle est la question que traite assurément le scénariste.

Jóhann Jóhannsson signe une bande originale qui se rapproche de l’aspect religieux à travers l’utilisation de l’orgue. Une partition sombre et symbiose parfaite avec les images de Villeneuve.

Prisoners

En résumé, Prisoners est sans aucun doute l’un des grands thrillers de la décennie, aussi brillant et inspiré sur le fond que sur la forme. Denis Villeneuve confirme son talent inné pour mettre en scène les puzzles psychologiques et ténébreux.  Hugh Jackman et Jake Gyllenhaal sont grandioses !

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