Après Séance : Une vie entre deux océans 

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Une vie entre deux océans est un film dramatique américain réalisé par Derek Cianfrance et adapté du roman éponyme de M.L. Stedman.

Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

Parmi les belles affiches de la semaine dont Bridget Jones ou le dernier Tim Burton font partie, on pouvait également assister au retour de Derek Cianfrance quatre ans après The Place Beyond the Pines. Pour son troisième long métrage, le réalisateur américain a décidé de se passer de Ryan Gosling et de privilégier deux nouvelles têtes à la mode en ce moment : Alicia Vikander et Michael Fassbender. J’attendais beaucoup de cette sortie, premièrement car le style artistique du quarantenaire est toujours intéressant, mais surtout parce que j’espérais enfin être bouleversé par la suédoise. Je la trouve souvent dans le sur-jeu et j’attendais qu’elle me donne tort. A-t-elle réussi ?

De quoi ça parle ?

De manière globale, cela évoque des problématiques humaines : l’impact de ses choix, la solitude, la justice, l’amour et les remords. Pour vous expliquer plus vaguement la trame du film, Tom Sherbourne ancien soldat lors de la première guerre mondiale accepte un travail de gardien de phare sur une île inhabitée. Il rencontre quelques jours avant son départ une jeune femme, Isabel Sherbourne, dont il va tomber amoureux. Elle partira quelques mois plus tard à ses côtés – dans son lieu de solitude – pour pouvoir bâtir une famille et surtout avoir un enfant… mais en vain. Un jour un canot échoue sur l’île avec un homme mort et un bébé. Que feront-ils de ce bambin ? Je vous invite à aller voir le film…

Les premières minutes ?

Dès l’entame du film, Derek Cianfrance installe son style. Il n’hésite pas à nous faire voyager en nous montrant des paysages d’une beauté inqualifiable et en insistant sur le côté vintage de son cinéma. Loin des archétypes de l’époque, le réalisateur américain propose une vision plus moderne du début du XXème siècle. L’ambiance est enivrante malgré quelques longueurs qu’on retrouvera tout au long du film. Michael Fassbender, que j’adore, prend directement ses marques. Il rentre parfaitement dans son rôle de solitaire déprimé et nous entraine avec lui dans sa punition d’après-guerre. Cette première partie est une sorte de huit clos et nous permet de comprendre mieux la psychologie du personnage principal.

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Le casting ?

Cela va être très rapide (ou pas) car on ne voit quasiment que trois acteurs. Le reste n’est joué que par des seconds rôles possédant deux lignes de textes. Commençons donc par mon chouchou Michael Fassbender.

Cet homme me séduit de plus en plus. Depuis Hunger de Steve McQueen en 2008, le germano-irlandais ne fait que prouver sa polyvalence et son acting à plus grande échelle. Bien qu’il ne soit pas resté très longtemps au théâtre, Michael Fassbender n’a pas mis de côté son apprentissage. Ce que j’adore avec les comédiens qui partent ensuite au cinéma, c’est qu’ils possèdent une polyvalence et une justesse de jeu indéniable. Ils n’ont plus besoin de travailler le regard, le silence ou la gestuelle, puisqu’ils ont été obligés d’en faire usage pour sortir du lot. Je reconnais de plus en plus la touche de la Méthode de Stanislavski en lui. Il possède cette capacité à rentrer dans ses rôles et de se montrer sincère dans ce qu’il propose, que cela devient par moment troublant. Sa prestation dans Une vie entre deux océans est formidable. Il me semble peu probable qu’il soit dans les nominés aux Oscars car les critiques ne sont pas forcément très élogieuses envers ce film (je vous donnerai mon avis global plus tard), mais je lui souhaite de tout cœur qu’un réalisateur lui propose un rôle à la mesure de son talent.

C’est désormais autour de la chouchoute d’Hollywood : Alicia Vikander. Comme pour Jason Bourne, la demoiselle débute ses premières tirades et ses premières scènes par une légère touche de sur-jeu. Ses mimiques et sa façon de jouer la triste mais joviale jeune femme est au début très agaçant. Elle manque de justesse dans ce qu’elle fait, mais se redresse progressivement tout au long du film. Dès l’évènement marquant et l’apparition du personnage de Hannah, elle devient excellente, mais doit-on vraiment attendre une heure pour la voir se découvrir ? Je commence vaguement à reconnaître son talent mais elle manque encore de constance. J’espère qu’elle trouvera un jour le juste milieu entre la gestuelle, les mimiques et le reste, car je pense que quand elle y arrivera, on aura affaire à une très bonne actrice.

In fine, il y a Rachel Weisz qui incarne Hannah. Je ne vais pas vous dévoiler son importance dans l’histoire pour ne pas spoiler le scénario, mais pour faire court, son rôle est très simpliste. Ce n’est pas un problème d’actrice, mais je pense qu’elle aurait mérité plus de scènes pour vraiment comprendre son côté humain. Derek Cianfrance essaye de l’expliquer via quelques flashbacks, mais elle reste trop peu utilisée. C’est bien dommage car elle aurait pu avoir un rôle très, très intéressant.

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Et au final ça donne quoi ?

Commençons par les points forts, car bien que cette adaptation ait beaucoup de défauts, il reste un de mes coups de cœur de cette année 2016. La musique d’Alexandre Desplat est juste formidable. Le compositeur français, multi nominé aux Oscars, montre films après films qu’il fait partie des tops mondiaux dans son domaine. Je ne parle que trop peu souvent de l’ambiance sonore d’une œuvre cinématographique alors qu’elle a une importance folle et Une vie entre deux océans en est la preuve. Sans notre génie parisien, le contenu final n’aurait sûrement pas réussi à me convaincre.

De manière globale, le thème de cette histoire et l’adaptation faite par le réalisateur américain est originale et prenante. J’adore les films moraux et je fus servi pendant plus de deux heures. Pour franchir un cap à mes yeux, il faut arriver à m’expliquer les intentions des personnages, leur choix, leur façon d’être et de se comporter au moment T. Derek Cianfrance a pris du temps pour mettre en place l’univers et d’expliquer les deux personnalités importantes de son œuvre, mais cela offre une empathie envers ses deux têtes d’affiche. Par moment, j’étais même un peu gêné, triste ou je ressentais une sorte de mal-être de la situation. S’il a réussi à m’attraper dans ses filets, à me faire ressentir ces sentiments, c’est qu’il est parvenu à faire un film de qualité. La dernière scène est d’ailleurs très touchante et surtout très juste. Merci monsieur !

Car bien évidemment, ce film n’est pas parfait, loin de là. En termes de réalisation, certains cadrages ne sont pas forcément exceptionnels. Je me rappelle par exemple d’une scène où il filme en gros plan Alicia Vikander, mais cette dernière doit bouger, du coup au lieu de changer de plan tout de suite, il reste focalisé sur la demoiselle ce qui donne un rendu final très amateur. Quelques scènes plus loin, la suédoise court sur la plage et le réalisateur fait de même. Bien que ce soit pour donner un effet de mouvement, le fait de voir la caméra bouger énormément de haut en bas, surprend. Ce que je ne comprends pas, c’est qu’il est très rectiligne, très fluide dans sa vision pendant tout le reste du film, mais lors de ces deux scènes, il s’est pris d’une fougue incompréhensible.

Le scénario est également un de mes plus gros reproches. Je n’ai pas lu le livre, donc je ne peux pas critiquer ce qui se passe, car il se pourrait que Derek Cianfrance ait été très fidèle ; mais soit l’auteur manquait de temps pour emmener certaines péripéties au milieu de son roman, soit les scénaristes sont passés du coq à l’âne. Encore une fois la première heure est parfaite. Il y a quelques longueurs, mais c’est une habitude à prendre pour un film de genre, donc quand on aime ce cinéma moins divertissant, moins facile d’accès, on rentre assez rapidement dedans. Mais la deuxième partie aurait dû durer une heure de plus. Dès qu’on apprend que Hannah est en vie et pourquoi cette histoire est arrivée, on aimerait en savoir plus. On nous explique grâce à un voire deux flashbacks pourquoi elle va se comporter ainsi, mais c’est insuffisant. Cette méthode est basique et sans aucun intérêt cinématographique. Qui est vraiment Hannah ? Comme fonctionne-t-elle de manière plus large ? On ne le sait pas, alors qu’elle possède une place forte dans cette deuxième partie… Les scènes se multiplient sans aucune logique artistique. A l’image d’un Avengers, on nous montre ce qu’on doit voir pour comprendre l’aboutissement final. C’est dommage, car il y avait énormément de potentiel dans cette fiction. Après il est déjà ardu de faire venir un public pour un film dont la thématique est rêche. Donc si en plus, tu leur dis que le film dure trois heures, je comprends que les gens grimaces.

Une vie entre deux océans

Cette œuvre cinématographique n’est donc pas parfaite, nonobstant si vous souhaitez être ému, que vous avez le courage de suivre un thème difficile, mais une histoire poignante, foncez au cinéma et allez voir Une vie entre deux océans

Tomas Richy

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Moi qui adoré le roman, je ne peux qu’aller voir cette adaptation. Et malgré tes quelques points de réticence, ta chronique me donne encore plus envie de le découvrir !

    Aimé par 1 personne

  2. Frédéric dit :

    j’ai adoré le livre et j’ai hâte de voir ce film au cinéma. En espérant ne pas être déçu ! merci du partage 🙂

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  3. juneandcie dit :

    Je suis complètement de ton avis sur les comédiens qui passent au cinéma. Il est fréquent qu’on retrouve chez eux une justesse, une aisance et une polyvalence plus grandes

    Aimé par 1 personne

  4. RICHY dit :

    N’hésitez pas à revenir vers nous après votre séance. Je serai ravi d’avoir l’avis des personnes qui ont lu le livre.

    Aimé par 1 personne

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