Après Séance : Captain Fantastic

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Captain Fantastic est un film dramatique américain réalisé par Matt Ross. Depuis le début d’année 2016, cette œuvre s’est vu offrir de nombreuses récompenses comme le prix de la mise en scène au festival de Cannes ou le prix du jury et du public à Deauville.

Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

Il y a quelques mois, je suis tombé dans une émission cinéma sur la bande annonce de Captain Fantastic. Quelques minutes plus tard, le film était devenu l’une de mes priorités de l’année 2016. J’ai donc suivi son parcours et je me suis aperçu qu’il avait obtenu de nombreuses récompenses prestigieuses (voir ci-dessus). Mon impatience était donc énorme car à première vue, Matt Ross avait les cartes en main pour réaliser un projet sociétale intéressant. Un road-trip dans un parfum d’Into the Wild avec Viggo Mortensen en tête d’affiche cela semblait alléchant, mais qu’en est-il après visionnage ?

Qu’est ce que ça raconte ?

Pour fuir un monde capitaliste et arbitraire, Ben père de six enfants décide avec sa femme d’offrir une éducation plus anarchiste à ses enfants. Ils vivent tous ensemble dans la forêt, se nourrissent de la chasse, font du sport tous les matins, étudient des livres de grands penseurs pour forger leur compréhension du monde… jusqu’au jour où un drame va arriver. Cette petite famille partira faire un road-trip des plus poignants et offrira une vision nouvelle sur des thématiques importantes : l’éducation, la hiérarchie sociale et les archétypes sociétales.

Les premières minutes ?

La première scène nous met directement dans le bain puisqu’elle consiste à voir le baptême de l’homme selon les critères d’éducation de Ben. Le plus grand des six enfants doit chasser une biche et dès qu’il y met fin, Viggo Mortensen lui offre son cœur en signe de tradition culturelle dans un modèle proche des indiens d’Amérique. On assiste ensuite à de nombreuses scènes assez originales puisque l’on est spectateur par exemple d’un dépeçage de marmotte par une enfant de huit ans ainsi qu’à la lecture de livres intellectuellement forts et complexes pour des enfants de bas âge. Dans cette scène, ce qui est magique, c’est qu’on aperçoit tout de suite la vision anarchiste qu’essaye de nous transmettre le réalisateur. La plus petite porte un masque à gaz devant Middlemarch de George Eliot, le père est austère envers ses enfants dans leur éducation intellectuelle puis, tout d’un coup, sort une guitare. L’aîné part ensuite prendre la sienne, puis cela finit par une anarchie musicale des plus totales. L’un fait du tambour avec une buche de bois, l’autre joue du triangle et la cadette commence à crier en rythme avant que les filles ne dansent autour du feu.

Matt Ross continue de soutenir son propos non conformiste en montrant la verdure de leur environnement, l’envie de nudité de l’un des jeunes garçons quand il va à table et le raisonnement intellectuel demandé par le père en toute circonstance.

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Le casting ?

Pour porter cette œuvre, le réalisateur s’est fié à un acteur que l’on voit malheureusement trop peu au cinéma : Viggo Mortensen. Pour la plupart, il incarne Aragorn dans le Seigneur des anneaux, pourtant le cinquantenaire n’est pas un comédien quelconque. Depuis sa nomination aux oscars en 2008 pour les Promesses de l’ombre de David Cronenberg, l’américano-danois a participé à de nombreuses œuvres d’auteur comme Sur la route de Walter Salles ou A Dangerous Method une nouvelle fois sous la tutelle du cinéaste canadien.

Deux ans après son dernier acting pour Jauja, un western indépendant où il incarne déjà un père de famille, le voilà enfin de retour au cinéma pour notre plus grand plaisir. Car oui, une nouvelle fois, Viggo Mortensen prouve que ses talents d’acteur sont peu communs. Sa prestation dans Captain Fantastic est émouvante et poignante. Certaines scènes sont d’une neutralité magnifique, ce qui offre énormément de force aux propos qu’essaye de transmettre Matt Ross. Son interprétation de Ben est complète et intense. Il change sa façon de jouer plus les minutes défilent. Il débute en tant que figure paternel austère avant d’être confronté au monde moderne. Sa vision change et son personnage aussi. Il est désormais plus neutre et se focalise sur l’éducation intellectuelle de ses enfants. Un évènement offrira une troisième étape à son jeu, les remords. Désormais, il n’est plus supérieur ou égale à ses chérubins, il se met plus à l’écart, voire même en infériorité par rapport à eux. Il avoue ses torts et se dirige vers un jeu plus morose. In fine, en dernière partie, on constate la progression de notre personnage principal, désormais il accepte le changement en devenant plus ouvert. Sa polyvalence dans cette œuvre est fantastique, sa transformation intellectuelle est perceptible et son jeu est juste.

Les six autres personnages principaux, c’est-à-dire ses enfants, jouent d’une justesse admirable pour leur âge. J’ai quelques réticences sur l’un des plus petits, celui qui décide de se révolter, car je trouve qu’il en fait un peu trop à certains moments. Cependant, cette petite famille est touchante et rentre parfaitement dans des rôles pourtant délicats. La sœur de Ben ainsi que son mari et ses deux enfants rentrent parfaitement dans le cadre du film à l’inverse de son beau-père. Si je devais soutenir une critique quant au casting, cela se dirigerait vers Frank Langella. Alors oui, c’est un acteur connu, mais cela ne fait pas tout, je n’ai vraiment pas accroché à ce personnage qui manque de cruauté voire même d’âme tout simplement.

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Et au final ça donne quoi ?

Grandiose ! Grandiose ! Grandiose ! Partez, toute suite au cinéma et ne lisez plus cette critique. Il y a quelques années, je suis tombé sur Into the Wild. Ce film de Sean Penn m’avait beaucoup touché car les valeurs que le cinéaste essayait de transmettre étaient belles et le rythme plaisant. Aujourd’hui, j’ai trouvé un nouveau road-trip digne des plus grands : Captain Fantastic. Je ne sais pas par où commencer et quels mots mettre dans cette critique tellement ce film est complexe et complet.

Avant d’évoquer le contenu, je souhaiterai souligner la performance magistrale de Matt Ross et de toute sa troupe. En termes de réalisation certaines scènes sont vraiment splendides. Il joue admirablement bien avec la lumière, les rayons du soleil et sur la perspective de l’environnement ; ce qui offre un visuel de qualité. Je vais passer le jeu d’acteur puisque je pense qu’on en a déjà assez parlé, pour me diriger désormais vers le fond sonore. La bande son est juste parfaite ! Le choix des musiques donnent du sens à chaque propos du réalisateur. Lors de leur départ en voiture, on a par exemple l’hymne écossaise sur le thème de la bravoure, dans le supermarché, on a une petite référence à Titanic de James Horner puis à Rebel Girl de Bikini Kill. Je pourrai vous citer d’autres passages où la musique joue un rôle important dans cette œuvre, mais cela risque d’être long.

C’est désormais au tour du résultat final, du contenu proposé par Matt Ross. Son scénario est exemplaire. Il évoque des sujets forts et intellectuellement profonds. C’est difficile d’aller vraiment loin dans cette critique sans spoiler, donc je vais en parler de manière très large, mais sa vision du monde est originale et prenante. Il y a par exemple une scène où au lieu de fêter noël, il fête le « Noam Chmsky day. » Pour ceux qui ne le connaissent pas, c’est un très grand penseur/philosophe américain qui fait partie des grands partisans du mouvement anarcho-syndicaliste. Ce côté décalé de la réalité qu’on verra à de nombreuses reprises dans ce film fait rire et en même temps, si on n’est pas juste un spectateur lambda, il permet également de réfléchir sur notre façon de vivre ou sur notre marginalité.

Seules les deux dernières scènes me dérangent. Il se bat pendant tout le film sur ses convictions et il avoue – au final – un certain échec. S’il ne met pas tout dans le même sac, il arrondit les angles. Il semble se diriger vers un système entre ses deux mondes où il confirme certains problèmes humains dans son utopie. Je comprends ce choix d’offrir une ouverture sociétale après les péripéties que les personnages principaux ont vécu – car cela peut offrir des choses importantes aux enfants – mais au final la conclusion est peut-être trop facile. Au lieu de continuer dans sa logique et dans son idéologie le cinéaste dit : « Okay, c’est vrai que ce n’est pas parfait, il faut trouver un juste milieu, mais ça ne sert à rien de se battre indéfiniment, au final, on ne peut rien faire, on ne peut pas changer les choses, il faut vivre avec. » Je trouve ça dommage que le manque de compréhension humaine emmène à cette conclusion plus fataliste. Bien que Ben offre toujours sa propre éducation à ses enfants, son choix de les laisser découvrir le monde capitaliste va à l’encontre de ses convictions de base. Il critique les méfaits de cette pollution intellectuelle sur l’humanité et au final il laisse les enfants se faire influencer, car oui même s’ils ont une autonomie morale de par leur père, l’environnement social déteint également sur la personnalité.

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Comme je l’ai évoqué dans l’introduction de cette critique, cette œuvre essaye d’avoir du sens sur plusieurs thèmes et il y arrive (malgré la mini-critique de fin). Je ne peux pas en dire plus, pour ne pas vous gâcher votre séance, mais c’est le genre d’œuvre qui mérite une visibilité plus large. Car oui, ce film ne va pas faire un box-office au niveau d’un Avengers ou d’un Jurassic World pourtant quand le cinéma met un peu de côté le divertissement pour offrir un message, c’est à ce moment-là qu’il faut se précipiter dans les salles obscures. Si vous n’avez toujours pas vu ce projet fantastique de Matt Ross, foncez, c’est mon chouchou de cette année 2016 !

Tomas Richy.

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4 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. belette2911 dit :

    J’en ai entendu parler en bien, je vais le regarder dès que possible.

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  2. seriesdefilms dit :

    J’ai hâte de le voir !

    Aimé par 1 personne

  3. Julie Juz dit :

    J’ai été le voir hier soir, et comme toi, il y a peu de films qui m’ont autant emportée depuis que j’ai vu Into the Wild. Captain Fantastic est tendre, grandiose, interpellant et très juste. Un vrai régal, pour lequel la plus petite salle d’un cinéma très peu remplie ne suffit pas.

    Aimé par 1 personne

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