Délivrance (1972)

delivrance

Délivrance (Deliverance) est un thriller américain réalisé par John Boorman d’après le roman homonyme de James Dickey en 1970.

Une ambition financièrement limitée

Lorsque John Boorman donne son accord pour réaliser le film, la Warner freine immédiatement son enthousiasme en fixant le budget à 2 millions de dollars. Cela dit, le réalisateur est confiant et souhaite signer un adaptation digne roman et ce même avec un financement raccourci. Le tournage s’est déroulé sans assurance et aucun cascadeur n’a été engagé, économie oblige. Les habitants de la région ont été engagés comme figurants pour interpréter les fameux habitants qui menacent le groupe d’hommes dans le film.

Pourquoi j’ai voulu (re)voir ce film ?

Il s’agit d’un incontournable du cinéma américain des années 70. John Boorman a marqué plusieurs générations au fer rouge avec cet excellent thriller. Cela fait un petit moment que je voulais le revoir, pour vous donner mon point de vue mais aussi pour débattre autour. Que la séance commence !

Un petit mot sur l’histoire ?

Ed Gentry, Lewis Medlock, Bobby Trippe et Drew Ballinger, quatre citadins américains, se réunissent lors d’un week-end afin de descendre une rivière très mouvementée en canoë. Cette rivière de Géorgie devant être recouverte par l’inondation de la région suite à la construction d’un barrage, ils montent cette expédition comme un dernier hommage à la nature défigurée par l’homme. Les épreuves qu’ils affrontent ne proviennent cependant pas seulement de la dangerosité du milieu naturel.

Les premières minutes ?

John Boorman ouvre son long métrage en télescopant une conversion d’amis sur le futur week-end qu’ils vont passer avec des images de la nature géorgienne dévastés par les bulldozers et les explosifs. A travers cette intro, le réalisateur vient mettre un petit tacle à l’homme, son envie de tout transformer et ce même pour les plus belles choses comme la nature sauvage.

Le projet des quatre amis prend forme, il s’agit de reprendre contact avec la nature et oublier le temps d’un week-end, la ville, sa pollution, ses bruits et ses buildings. Un retour aux sources qui passe par une première escale, celle du premier contact avec les habitants des Appalaches. Le réalisateur établit une ambiance à la fois authentique et tendue, les citadins sont assez arrogants et semblent ne pas être les bienvenue. La scène musicale du banjo et de la guitare entretient toujours le même effet, aussi enivrant que déstabilisant.

Une fois la petite pause terminée, les quatre hommes se dirigent vers la fameuse rivière à descendre en canoé. Le premier quart d’heure se conclue comme un début d’aventure avec une espèce de menace qui plane au dessus de la bande de copains.

delivrance-jon-voight-burt-reynolds-ned-beatty-ronny

Le casting ?

A l’origine, John Boorman voulait Lee Marvin et Marlon Brando pour les rôles de Ed et Lewis. Pour des restrictions de budget et sous conseil de Lee Marvin, le réalisateur a finalement opté pour des acteurs plus jeunes et moins cotés à l’époque. Jon Voight et Burt Reynolds sont engagés et on peut dire qu’ils n’ont pas chômés, tout comme Ronny Cox et Ned Beatty. Le quatuor n’a pas été doublé pour les scènes dangereuses, notamment sur la descende des rapides. Les acteurs s’investissent totalement dans leurs personnage et dans la mésaventure.

Une performance collective, même si il faut l’avouer, Jon Voight et Burt Reynolds en imposent un peu plus. Ils signent tous les deux des prestations qui vont impulser à une véritable notoriété pour les deux acteurs.

Il faut également souligner le tour de force orchestré par Boorman auprès des acteurs amateurs engagés sur place. Chacun est impeccable et amène parfaitement le malaise, la menace au sein du film.

deliverance

Et au final ça donne quoi ?

Quarante cinq années ont passé depuis sa sortie en salles, mais son impact auprès du spectateur est intact. John Boorman a su frappé très fort avec une œuvre violente, âpre et intemporelle.

A travers une mise en scène optimale, le réalisateur nous installe au plus près des personnages et au cœur d’une nature sauvage et inquiétante. On a le droit à des séquences aussi immersives que déstabilisantes, à l’image de la scène d’improvisation au banjo ou encore celle de l’agression dans les bois. La grande force du film provient également de l’authenticité qu’insuffle Boorman sur chaque scène. Un réalisme qui se veut contemplatif et dérangeant. La tension est parfaitement gérée et cela amène un suspens quasi insoutenable. On assiste à un cauchemar éveillé et implacable !

En ce qui concerne l’écriture, on assiste avant-tout à une opposition entre deux sociétés américaines. D’un côté, on a l’aspect moderne et civilisée face à la sauvagerie d’une communauté reculée et enfermée sur elle-même. Ce choc nous emmène aux limites de l’humain pour nous faire passer dans la bestialité et l’horreur. Une redéfinition des origines de l’homme qui fait froid dans le dos et qui marque au fer rouge. La nature tient un traitement aux antipodes de ce qu’on attend d’elle, ici, elle est hostile et cauchemardesque. On est bien loin de l’aspect évasion, retour aux sources et zen-attitude. Au niveau des personnages, c’est précis et intelligemment développé.

Les compositions d’Eric Weissberg viennent contraster efficacement avec la tension et la menace qui vont crescendo. Le duo guitare/banjo amènent une planitude, du rythme et une bonne aventure, et pourtant c’est tout le contraire.

Delivrance

En résumé, Délivrance est un thriller angoissant que vous n’oublierez pas de si tôt. John Boorman signe une œuvre redoutable et audacieuse dont on ne sort pas indemne.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s