Après Séance : Lion

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Lion est un biopic dramatique réalisé par Garth Davis. Le film est une adaptation d’un mémoire intitulé A Long Way Home de Saroo Brierley. Pour sa première œuvre sur grand écran, le cinéaste australien a déjà réussi son pari. Nommé six fois aux oscars, Lion semble avoir plu à l’Académie et bien qu’une récompense dimanche soir risque d’être difficile – à moins que Dev Patel obtienne une statuette pour le meilleur acteur dans un second rôle, ou que Nicole Kidman fasse taire les statistiques en devançant Viola Davis pour Fences – ce joli projet ne risque pas d’entrer dans l’histoire du cinéma. Pourtant faut-il se diriger dans une salle obscure pour visionner cette « odyssée sur l’amour » ?

Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

Parmi les films que j’attendais le plus cette année, il y avait La La Land, qui dépassa indéniablement mes attentes, Logan qui sort la semaine prochaine et qui est d’ores et déjà encensé par la critique et pour finir Lion, que certains considèrent comme le « nouveau Slumdog Millionnaire. » J’attendais énormément de Dev Patel, qui est un acteur que j’apprécie beaucoup et qui a un talent indéniable. Malheureusement ces derniers projets n’étaient à mon goût pas à la hauteur de son talent. Neuf ans après sa révélation au grand public grâce à Danny Boyle, l’acteur anglo-indien va-t-il réussir à revenir en haut de l’affiche ?

Un petit mot sur l’histoire ?

Qu’auriez-vous fait à l’âge de 5 ans seul au milieu d’une des plus grandes villes du monde ? Pendant 2 heures, Garth Davis nous conte l’histoire d’un pauvre petit garçon, qui a eu le malheur de s’endormir dans un train et de se retrouver à des milliers de kilomètres de sa famille. Après plusieurs mois de vagabondage dans une ville de plus de quatre millions d’habitants, Saroo sera recueilli dans un orphelinat puis adopté par un couple d’australien avec comme mère de famille la célèbre Nicole Kidman. Ce jeune indien s’éloignera de plus en plus de ses origines, mais ne mettra pas fin à sa quête initiale : retrouver ses parents biologiques. Désormais âgé de 30 ans, Dev Patel usera de ses souvenirs ainsi que de Google Earth afin de retourner sur les traces de son enfance et enfin soulager son cœur de ses cris incessants.

Les premières minutes ?

Les quinze, vingt premières minutes sont très intenses et je dirai même très plaisantes. Garth Davis met en place l’environnement social et sociétal de Saroo et de sa famille. Le réalisateur nous fait découvrir un pays pauvre, difficile à vivre, sans vrai système éducatif et avec une culture propre. L’une des premières scènes est significative on assiste à une sorte de cambriolage d’un train de charbon par deux enfants l’un de cinq ans (Saroo) et l’autre une quinzaine d’année (son frère). Plus les minutes passent, plus le cinéaste australien appuie sur ce côté rude et indigent. La mère de notre héros se prive de manger, ils vivent à quatre dans un taudis, les enfants sont obligés de travailler pour permettre à la famille de se nourrir et la mère, qui est bien évidement illettrée doit casser/porter des cailloux à longueur de journée pour survivre.

On pourrait croire que ce genre de vie change les Hommes et pourtant on retrouve les mêmes tars chez les jeunes enfants à l’image de cette incroyable histoire que va vivre Saroo. Comme tous les bambins de notre époque (ou même de tout temps que sais-je) notre héros souhaite grandir trop vite. Il voit son frère travailler le soir, il insiste pour faire de même, afin d’être considéré comme un grand. Malheureusement, ce petit bonhomme n’a pas encore plusieurs cordes à son arc pour se débrouiller tout seul, pour dépasser l’étape de l’enfance. Alors que son frère accepte de l’emmener avec lui, il devient capricieux et souhaite dormir plutôt que de rechercher du travail. Insouciant et encore peureux, il crie à l’aide car il se retrouve seul et s’endort dans un train au milieu de nul part. Il ne sait ni où il habite, ni où il est et on apprend même plus tard, qu’il ne connaît même pas son vrai prénom… Ce gros travail opéré dans cette première partie de l’œuvre est très profonde et le choix de réalisation bien que très basique dans l’ensemble, s’assemble merveilleusement bien avec les musiques dramatiques incorporées à l’œuvre.

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Le casting ?

Je ne comprenais pas pourquoi Dev Patel ou Nicole Kidman n’étaient que nommés dans la catégorie second rôle. Après visionnage de Lion, je comprends mieux ce dilemme ou plutôt ce choix fait par l’Académie. Notre anglo-indien n’apparaît à l’écran qu’à « l’heure de jeu » tout comme Nicole Kidman qui à l’instar d’une Michelle Williams dans Manchester by the Sea ne possède que quelques tirades en deux heures de séance. Cela va donc être succinct, enfin je l’espère…

Commençons par mon chouchou. Je le trouve plutôt touchant dans le rôle, on le voit souvent chercher des émotions au fond de lui-même et incarne merveilleusement bien le rôle de Saroo 25 ans plus tard. Sa maman adoptif, incarné par l’une de nos australiennes préférées était prédestinée pour ce rôle. Quand on connaît le passé de la dame, qui aurait pu incarner mieux qu’elle cette mère d’adoption ? Nicole Kidman est touchante et quand nous la voyons en larme comme cela arrive à plusieurs reprises, nous souhaitons qu’une seule chose la prendre dans nos bras et lui dire que tout ira bien, que c’est une belle personne et qu’elle doit arrêter de se faire du mouron.

Pour finir avec les différents acteurs de l’œuvre, il nous reste tout d’abord le père adoptif incarné par David Wenham ou plutôt notre très cher Faramir dans le Seigneur des anneaux, qui n’a pas énormément de répliques et qui ne semble pas avoir un vrai rôle dans l’histoire ; ou encore Rooney Mara, la petite copine de Dev Patel qui manque de poigne. Elle est très jolie, ça il n’y a pas de doute, mais je n’ai jamais vraiment compris la relation entre les deux. A-t-elle un vrai rôle dans la vie de notre personnage principal à part nous montrer qu’il n’est pas asexué et qu’il aime faire l’amour avec une jolie brune aux yeux bleus entre deux recherches sur Google Earth ?

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Et au final ça donne quoi ?

Au vu de mes nombreux éloges dithyrambiques lors des paragraphes précédents, vous vous attendez sûrement à ce que je fasse de même dans cette conclusion. J’y croyais vraiment beaucoup et à l’image d’une draft 1986 en NBA (basketball américain), je souhaitai au vu de ses six nominations aux Oscars à retrouver la fougue et le génie d’un Slumdog Millionaire dans Lion. Je me disais qu’on avait peut-être la chance de découvrir l’une des plus belles cuvées du XXIème siècle. La La Land fera sûrement partie de mon top 10 des années 2000, Fences que je n’ai pas encore vu, serait selon les dires très bien, Moonlight innove en évoquant l’homosexualité d’un noir dans une banlieue américaine, Manchester by the sea est excellent, Premier Contact est pour de nombreuses personnes le meilleur film de science-fiction de ces dix dernières années et je pourrai continuer pendant longtemps – surtout si on évoque la non-nomination de Captain Fantastic que j’idolâtre. Donc quand j’aperçois que parmi les films les plus nommés il y a le « nouveau Slumdog Millionaire », je m’attendais à un visionnage de très haute qualité. Pourtant ce n’est pas le cas.

Je ne dis pas que le film n’est pas bon, mais il est loin d’être à la hauteur du projet de Danny Boyle réalisé neuf ans plus tôt. Beaucoup de choses sont trop brouillons notamment sur le plan narratif. Imaginons que ce soit fidèle au livre de Saroo Brierley, je le concevrai, mais pourquoi raconter cette histoire de cette façon. On dirait un élève en terminale qui a appris qu’il fallait rédiger son commentaire de texte en trois parties et que du coup, comme ce n’est pas forcément le premier de la classe, son premier paragraphe est énorme, son deuxième fait deux lignes et son troisième est bâclé car il ne restait que dix minutes sur sa montre avant de rendre sa copie. Ce sont peut-être des mots sévères, mais je n’aurai pas conçu le film de cette manière. Le passage de l’enfance à l’âge adulte se fait en cinq minutes top chrono et je ne parle même pas de la transition entre je veux mon indépendance, faire des études, découvrir la vie, à pour vulgariser, ma vie c’est de la merde, j’avais oublié que j’étais adopté au bout de 25 ans et maintenant je ne peux plus vivre tant que je n’ai pas retrouvé mes parents biologiques.

Ce qui est vraiment dommage, c’est que le début est vraiment excellent. Comme j’ai pu le déclarer plus tôt, tout était bien réalisé, bien écrit, il y a des passages super intéressants tant moralement qu’intellectuellement. Puis en suite c’est le néant ou presque. On nous ajoute des flashbacks de deux secondes de temps en temps, des images vintages de Google Earth en voici en voilà, des scènes incongrues ou du moins sans vraies valeurs scénaristiques mis à part pour instaurer la morale de l’œuvre ; ainsi qu’une petite copine qui n’a aucun rôle dans les recherches de notre héros ou dans sa transformation psychologique.

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In fine, Lion partait d’un bon sentiment et je risque sûrement de le revoir, car j’apprécie les biopics dramatiques et encore une fois ce n’est pas une catastrophe non plus, cela reste une œuvre plaisante. Nonobstant, je ne m’attendais premièrement pas à suivre cette histoire ainsi et d’autant moins à assister à un plaidoyer final sur l’adoption des pauvres enfants dans un pays sous-développé. J’imaginai une odyssée, une recherche sur les origines, sur la différence entre un pays développé et riche comme l’Australie et à l’inverse une contrée plus rurale et pauvre comme l’Inde. J’espérai ressentir quelque chose de fort, mais cet intermède entre Saroo jeune, Saroo 25 ans plus tard et la conclusion manquent de rythme et d’intensité théâtrale. Si on met de côté la dernière scène et ce qu’on apprend sur notre héros ou son frère il n’y a pas vraiment de quoi remuer ciel et terre.

Tomas Richy.

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