Il était une fois dans l’Ouest, Leone au son de l’harmonica.

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Il était une fois dans l’Ouest est un film co-écrit et réalisé par Sergio Leone réalisé en 1968.

Après Le Bon, la Brute et le Truand, Sergio Leone ne voulait plus refaire de western et avait commencé à amorcer le tournage d’Il était une fois en Amérique. C’est aux États-Unis, où il voulait commencer à produire, qu’on lui a conseillé de faire un nouveau western. C’est alors qu’il eut l’idée de faire la trilogie Il était une fois….

Il était une fois dans l’Ouest est le premier volet de cette trilogie et qui a pour but de revisiter le mythe de l’Ouest américain en insistant sur la violence de l’époque avec un réalisme décoiffant et audacieux.

Pourquoi j’ai voulu (re)voir ce film ?

Je suis un grand fan de western, c’est un des genres que j’affectionne le plus avec la science-fiction. Il Était Une Fois dans l’Ouest est un de mes premiers amours cinématographiques, et je n’ai cessé de le revoir régulièrement depuis.

Les années passent, et pourtant mon affection pour ce film ne réduit pas. Je le revois toujours avec plaisir. Toutefois, avant le re-visionnage que j’ai effectué pour pouvoir écrire cette critique, je ne l’avais pas vu depuis quelques années. Je me demandais donc, si mon avis allait changer.

En effet, même il s’agit d’un classique du genre, peut-être même le meilleur, il m’est souvent arrivé d’être déçu par des films que j’adulais à un plus jeune âge. Néanmoins, la réputation du film le précédant, je ne pouvais pas m’empêcher de le regarder une nouvelle fois. Dès les premières minutes, mes doutes se dissipèrent.

Un petit mot sur l’histoire ?

Frank (Henry Fonda) un mercenaire sans pitié, cherche à récupérer un terrain détenu par Jill McBain (Claudia Cardinale) après avoir massacré la famille de cette dernière et fait accuser Cheyenne (James Robards) un bandit local. Entre temps « Harmonica » (Charles Bronson) un solitaire aux motivations obscures arrive en ville.

Les premières minutes ?

Enchainons donc avec cette entrée en matière captivante :

Le film s’ouvre sur un duel à 4 entre Harmonica et trois hommes de Frank dans une gare. Ce duel a lieu juste après avoir vu ces derniers se préparer à l’arrivée d’Harmonica en vagabondant sous la chaleur dans cette gare en ruine. Cette séquence est la quintessence du western spaghetti et des films de Sergio Leone. L’ambiance sale, étouffante, sombre, et sérieuse. On est bien loin des westerns classiques où le ton est plus léger et où le « Far West » est dépeint de manière presque joviale. Ici pas de romantisme, qui laisse place à laideur et à la cruauté propre à cette période. Rien qu’à travers cette vieille gare on sent toute la lourdeur et l’âpreté de cet univers. Pour ce qui est du duel en lui-même on retrouve la patte Leone, avec des incontournables : les regards intenses, le temps qui s’étire pratiquement indéfiniment et surtout la complicité parfaite avec Ennio Morricone.

Cette séquence d’ouverture est parfaite pour lancer le film, et donne directement envie de voir la suite. Dès son apparition, on est fasciné par « Harmonica » le personnage de Charles Bronson.

La force de cette introduction renvoie beaucoup aux autres westerns-spaghetti de Leone ; Si l’on fait bien attention on retrouve un début similaire dans Une Poignée de Dollars. Un duel du même style, porté cette fois-ci par Clint Eastwood. Celui d’Il Etait Une Fois dans l’Ouest est cependant beaucoup mieux maîtrisé, le réalisateur a acquis de l’expérience et ça se ressent.

Le casting ?

Il n’y a vraiment rien à redire sur cette distribution, elle est parfaite ! Tous les acteurs sont justes et collent parfaitement à leur rôle. Le personnage que l’on voit le plus dans le film est celui de Jill McBain joué par Claudia Cardinale. L’actrice italienne impressionne dans ce rôle, elle donne une performance tout en nuance. À l’instar des autres personnages, le sien est ambigu et plus complexe qu’il n’y parait au premier abord. L’interprétation qu’elle donne contribue à accentuer cet aspect.

James Robards dans le rôle de Cheyenne est lui aussi impeccable, son personnage apporte sa touche d’humour cynique à chaque scène dans laquelle il est présente. Le plus impressionnant c’est qu’il fait mouche à chaque fois, et ceci est autant dû aux répliques fines percutantes écrites par Leone qu’au jeu d’acteur de Robards. Ce dernier, que ce soit par ses mimiques ou sa locution rend le personnage sympathique. De plus Cheyenne est un personnage lui aussi moralement ambigu, tantôt hors-la-loi égoïste, tantôt concerné par les événements. Robards excelle dans l’interprétation de chacune de ces facettes du personnage.

On passe maintenant aux deux prestations les plus intéressantes, sans vouloir offenser les deux traitées précédemment.
Tout d’abord Henry Fonda dans le rôle de Frank. Pour faire court, on a affaire ici à l’un des meilleurs antagonistes de l’histoire du cinéma. Ce qui est d’autant plus incroyable, c’est que Henry Fonda était avant ce film un acteur connu pour ses rôles de « good guy » notamment dans les films de John Ford. Mais ce n’est pas le plus important pour le moment, je reviendrai là-dessus plus tard. Frank est fascinant dans la mesure où il est sans-pitié, on le pense motivé par l’argent mais on ne sait pas vraiment. Au final, on comprend bien que sa principale motivation et son principal plaisir est le meurtre. Frank est un tueur sans merci, cruel et sadique. Fonda est juste magistral, ses expressions faciales, sa gestuelle, sa voix… Tout est calibré. Pour l’anecdote, je ne suis pas quelqu’un qui a peur devant les films, cela ne m’arrive que très rarement. Mais là, sans parler de peur Frank est l’un des seuls personnages qui me fait cette effet-là. Je dirais qu’il me met mal à l’aise, il est perturbant mais en même temps il est fascinant. Il est impossible de détourner le regard lorsqu’il apparaît dans une scène. Il monopolise l’attention, et ce malgré la sensation de répulsion qu’il peut nous procurer.

Justement, qu’y-a-t-il de mieux dans un film que d’avoir un personnage interprété par un excellent acteur et qui fascine à chacune de ses apparitions ? En avoir un deuxième. Effectivement, Charles Bronson qui interprète « Harmonica » un homme mystérieux dont on ne connaît le nom n’a rien à envier à la performance d’Henry Fonda. Je n’ai pas de chiffres exacts, mais bien qu’il parle moins que ses compères chacune des scènes où il est présent est mémorable. Bronson a un charisme naturel, un physique, et un visage taillé sur mesure pour ce rôle. Pour le coup il n’a rien à envier à l’autre « homme sans nom » de Sergio Leone qu’est Clint Eastwood (qui s’était d’ailleurs vu offert le rôle, mais qui a refusé). Bronson est tout aussi crédible et fascinant dans ce type de rôle que ce dernier, bien que chaque rôle ait sa subtilité propre. Il donne une performance minimaliste mais absolument inoubliable, il est la Némésis parfaite de Frank. Une forme de reflet inversé, mais tout aussi fascinant. Ce qui d’ailleurs donne lieu à des moments d’anthologie chaque fois que ces deux-là se retrouvent ensemble pour lors d’une scène. À chaque instant où ils partagent l’écran on est scotchés, on se demande ce qu’il va se passer. La façon dont ces deux personnalités à la fois si proches et si différentes se rencontrent est tout bonnement fascinante. Je ne pense pas avoir décroché les yeux de ma télévision une seule fois lors de ces fameux moments. « Harmonica » est un personnage lui aussi relativement complexe. Bien qu’il n’ait qu’un objectif, une seule motivation, il n’est pas unidimensionnel et sait faire preuve de bonté comme de cynisme. À l’instar de Fonda, Bronson excelle dans ce rôle et ce quel que soit la facette du personnage. Il s’agit définitivement du meilleur rôle de l’acteur, un rôle inoubliable.

Et au final ça donne quoi ?

Cette critique était déjà longue, et elle va s’étendre encore un peu plus. Il y a tellement de choses à dire sur Il Était Une Fois dans l’Ouest, je vais donc essayer de condenser un maximum de choses.

Ce qui est fort dans Il Était Une Fois dans l’Ouest, c’est la déconstruction du Western classique effectuée par Leone. C’était déjà le cas dans la Trilogie du Dollar, mais pas aussi accentué. La trilogie du dollar était plus légère dans son ton, plus western spaghetti ; c’est-à-dire plus exagérée avec des personnages plus excentriques. (CF : Tuco, dans Le Bon, La Brute et Le Truand.)
Ici, l’atmosphère est oppressante et réaliste. Comme je l’ai dit plus haut, il y a quelques touches d’humour cynique dans le film, mais je n’ai pas le souvenir d’un moment particulièrement drôle. C’est une première de rencontrer ce genre d’atmosphère dans un western. Il y aura eu un avant et un après Il Était Une Fois dans l’Ouest, les Westerns se dirigeront par la suite vers une représentation plus réaliste du « Far West ». Le point culminant est le film d’Eastwood, Impitoyable qui sera un des derniers grands westerns du XXème siècle.

La performance de Fonda accentue aussi ce point, c’est en effet un coup de génie de la part de Leone. En prenant un acteur connu pour ses rôles de shériffs ou de cow-boys au grand cœur (La Poursuite Infernale, La Conquête de l’Ouest), et en le transformant en tueur sanguinaire ; Leone déconstruit totalement le mythe de l’Ouest le ramenant de la romance vers la réalité.

La force authentique qui se dégage de ce film, est notamment due à la somptuosité des décors et des costumes. L’un des grands talents du cinéaste, c’est de réussir à faire rimer réalisme avec grand spectacle. La photographie de Tonino Delli Colli est toujours remarquable et en alliance avec le regard de Sergio Leone.

Mais le vrai tour de force de Leone, c’est d’avoir réussi à faire de ce film sombre un film d’autant plus épique. La bande-originale d’Ennio Morricone est sans faute, elle accompagne le film à la perfection. Le cinéaste italien a toujours présenté son compositeur comme son scénariste. Mention spéciale pour le thème du « Final Duel » qui fait de cette confrontation finale, une scène absolument inoubliable du cinéma.

Le scénario est bien ficelé. Il réserve quelques twists intéressants sans pour autant abandonner la simplicité nécessaire des Westerns et des films épiques. À noter aussi, la justesse des dialogues, on a le droit à quelques répliques absolument mémorables. Pourtant le film se caractérise par des dialogues réduits au minimum, Leone préférant laisser parler la caméra, ainsi que les regards et la gestuelle des acteurs.

Le dernier point, et je pense le plus important ; concerne la réalisation. Leone explique dans les commentaires du film, qu’il s’est attardé non pas sur les scènes de violence elles-mêmes mais plutôt sur celles qui précèdent la violence. En d’autres termes, comment amener la violence ?

C’est là où la réussite est totale, en effet ce qui est mémorable dans Il Était Une Fois dans l’Ouest, c’est les moments interminables et fascinants qui précèdent chaque duel. Leone nous montre ici tout sa maîtrise de la réalisation, il arrive à rendre captivant des moments où il ne se passe rien, ou on voit juste deux hommes tourner, se jauger, échanger des regards et ceux pendant plusieurs minutes. On ne peut détourner les yeux durant ces instants. La réalisation de Leone arrive à créer une tension unique, qu’on ne trouve dans pratiquement aucun autre film. C’est cet aspect, qui rend les moments de violence qui suivent encore plus épiques et satisfaisants.

Pour conclure je n’ai qu’une chose à dire : Il Était Une Fois dans l’Ouest est un chef d’œuvre intemporel, peut-être même le meilleur film de Sergio Leone et un des plus grands films de l’histoire. À la fois une un hommage et une déconstruction du genre, c’est un film unique, autant au sein des western spaghetti que des westerns de manière générale. Tout dans ce film est réussi, il n’y a pas réellement de défaut que je puisse souligner. Leone ne rééditera pas un tel exploit jusqu’à la sortie d’Il Etait Une Fois en Amérique, 16 ans plus tard, son ultime chef d’œuvre.

Jérémie A.

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5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. nico nsb dit :

    Bon sang ces gros plans sur des gueules et cette musique !
    Ce film est un concentré de pur cinéma.

    Aimé par 1 personne

  2. Olivier Laval dit :

    Quel film ! Mon premier contact fut le 45 tours de mon père que je me passais en boucle. Et puis j’ai eu la chance, fin des années 80, de le voir pour la première fois… au cinéma. La

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  3. Olivier Laval dit :

    Quel film ! Mon premier contact fut le 45 tours de mon père que je me passais en boucle : l’Homme à l’Harmonica et le « Main Title ». Et puis j’ai eu la chance de le voir pour la première fois, fin des 80’… au cinéma. La claque ! Incontournable, dans le top 5 de mes films préférés.
    Pour le duel final, je crois savoir que Leone faisait diffuser la musique en direct.
    Je dois signaler cependant un petit erratum en début de critique : il y a trois tueurs qui attendent Bronson à la gare, pas deux. La rumeur dit que Leone aurait voulu Eastwood, Wallach et Van Cleef pour un genre de clin d’oeil, mais Eastwood a refusé. Une légende ?

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  4. belette2911 dit :

    La scène d’ouverture avec la mouche qui se pose sur un des truands !! magnifique ! Et les flash-back pour expliquer ce que Bronson a vécu, plus jeune, et ce final, où il s’en va, laissant la civilisation s’installer ! Merveilleux, je l’adore aussi.

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  5. Claude Mercutio dit :

    Très beau commentaire ! Et des inexactitudes : Leone n’a jamais proposé le rôle d’Harmonica à Eastwood ! Il voulait Bronson pour ce rôle (il avait refusé le rôle d’Eastwood dans le premier film, celui de Van Cleef dans les second et troisième ! Il voulait qu’Eastwood, Wallach et Van Cleef jouent les trois tueurs du début ! Les deux derniers ont accepté, par gratitude et goût du « joke ». Seul Eastwood (très ingrat !) refusa ! Leone, déçu, changea d’optique et engagea Jack Elam (pour Wallach), Woody Strode (pour Van Cleef) et Al Mulloch (pour Eastwood), le rôle du tueur aux doigts arthritiques ! Donc, TROIS TUEURS et non deux ! A part cela, l’analyse est fort belle. J’avoue ma tendresse pour les opus 2 et 3, pour la présence de Van Cleef et pour la prestation décoiffante de Wallach dans le 3 ! (Entre Arlequin et un Charlot bavard ! au Far-West !),

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