Gangs of New-York, le « Il était une fois en Amérique » de Martin Scorsese

Gangs of New-York est un film italo-américain réalisé par Martin Scorsese et sorti en 2002.

Depuis ses débuts en tant que réalisateur, Martin Scorsese s’était fixé de réaliser un grand film sur l’histoire de l’Amérique et plus précisément sur New-York, sa ville natale. Le projet a été amorcé dans les années 1970, mais des problèmes budgétaires l’ont obligé à repousser le tournage jusqu’à la fin des années 1990. C’est presque trente ans plus tard, que Martin Scorsese réalise l’un de ses rêves, nous raconter les racines de la ville de New-York et à travers cela, les racines de l’Amérique.

Pourquoi j’ai voulu (re)voir ce film ?

Cette épopée est malheureusement considérée comme inégale et complexe, pourtant il s’agit d’une fresque incroyablement ambitieuse et dotée d’une richesse sur tous les plans. Personnellement, je garde un excellent souvenir de ce film et à travers cette critique, j’espère vous transmettre l’envie de le voir ou de le revoir.

Un petit mot sur l’histoire ?

En 1846, lors d’un affrontement entre un groupe d’Américains de souche anglaise et d’immigrés irlandais, Williams Cutting, dit Bill le Boucher, chef des Natifs, gang américain, tue le Prêtre, chef des Lapins-Morts, gang irlandais. Amsterdam Vallon, fils du Prêtre, se promet alors de venger son père.

En 1862, Amsterdam devenu jeune adulte, sort enfin de la maison de correction où Bill l’avait enfermé. C’est dans une Amérique est déchirée par la guerre civile, que Amsterdam souhaite venger la mort de son père et éliminant Bill.

Les premières minutes ?

Martin Scorsese ouvre sa fresque en grande pompe en s’appuyant sur le lien père/fils à l’image de la première scène, celle de lame de rasoir. La musique d’Howard Shore et la voix off de Leonardo DiCaprio s’ajoutent parfaitement à la séquence dans le repère des «Dead Rabbits». La richesse des décors font corps avec les jeux de lumières et la photographie de Michael Ballhaus (Les Affranchis, Dracula). Techniquement, c’est millimétré et justifié, Martin Scorsese nous plonge immédiatement dans le New-York de 1846. L’atmosphère qui découle de l’image et du son, nous imprègne dés les premiers plans.

La bataille entre les Natifs et les Lapins-Morts tient un souffle épique, authentique et émouvant. On y voit la détermination et le respect entre deux hommes, deux leaders. Bill le Boucher (Daniel Day-Lewis) s’impose instantanément comme un personnage fort et intelligent, tout comme le Prêtre (Liam Neeson). Tout se déroule sous le regard d’Amsterdam, le fils du Prêtre, et Martin Scorsese prend soin de le souligner à plusieurs reprises.

Le premier quart d’heure se conclut sur la neige entaché par le sang des guerriers des deux gangs, notamment celui du Prêtre. Bill le Boucher devient le boss des « Five Points ». Martin Scorsese nous offre une ouverture cossue et enivrante. On assiste à du grand cinéma avec un grand A.

Le casting ?

Gangs of New-York marque la première collaboration entre Martin Scorsese et Leonardo DiCaprio. Ce dernier se montre en grande forme et investi dans son personnage. Son regard, sa gestuelle et son élocution ont été sérieusement travaillés, ce qui nous donne une interprétation plus que solide.

Face à lui, Daniel Day-Lewis est époustouflant ! Il décroche une composition dont lui seul a le secret, et c’est une totale réussite. Il est littéralement habité par son rôle de Bill le Boucher. Encore une fois, il nous montre qu’il est l’un des meilleurs acteurs britanniques toutes générations confondues.

Au milieu de ces deux grands acteurs, Cameron Diaz trouve l’un de ses plus beaux rôles au cinéma. Un caractère farouche qui cache une fragilité touchant. L’actrice est convaincante et sublime, sa performance méritait une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle.

Brendan Gleeson, Liam Neeson ou encore John C. Reilly se montrent impeccables, sans être au premier plan. Martin Scorsese souhaitait une distribution qui ait de la gueule, c’est hautement réussi.

Et au final ça donne quoi ?

Martin Scorsese n’a jamais caché sa passion pour l’histoire américaine et son admiration pour Sergio Leone. C’est pourquoi, il a toujours eu pour objectif de réaliser une grande fresque en hommage à la ville qui l’a vu grandir. Le résultat ? Une œuvre d’une richesse fascinante qui magnétise totalement le spectateur. Quand le film historique rime avec le grand spectacle, c’est ce que Sergio Leone nous offrait lui aussi à travers ses chefs d’œuvres.

Comme vous le constatez, je fais le rapprochement avec Sergio Leone car il y a vraiment une influence de sa part sur ce film, ça se sent dés la première demi-heure. Martin Scorsese met l’accent sur une grande ouverture qui fait écho à la fin, comme c’était le cas chez le cinéaste italien. La mise en scène est somptueuse apportant un véritable souffle épique, historique et dramatique. On retient bien évidement les séquences de batailles pleines de fureur, mais il faut aussi souligner les moments plus intimes et les instants plus politiques, le cinéaste orchestre ce tout de la plus belle des manières. Le scénario n’est pas simple en plus, pourtant Scorsese parvient à retranscrire et à aboutir la plupart des thématiques abordées. Le côté symbolique et caractéristique des personnages est également mis en avant au sein de la réalisation, notamment sur le lien père/fils qui se passe du Prêtre à Amsterdam à Bill et Amsterdam. Un basculement complexe qui est subtilement mené par le réalisateur. On suit les personnages au plus près, les déplacements et les regards sont une articulation importante pour le réalisateur.

La direction artistique est parfaite ! Le travail de reconstitution est titanesque, l’ambition de Martin Scorsese s’affiche aussi sur cet aspect là. Les décors de Dante Ferretti (Le Nom de la Rose, Aviator) sont magnifiques, là encore on peut faire le parallèle avec le cinéma de Leone. Le travail sur les extérieurs est époustouflant. L’importance est donnée aussi aux costumes et accessoires, que ce soit pour l’ensemble de l’équipe du film que pour le spectateur. L’immersion est totale au sein de la naissance de New-York.

Au niveau de l’écriture, on retrouve trois scénaristes chargés d’établir de retranscrire l’histoire de la « Grosse Pomme » à travers une histoire de vengeance et d’amour. Ça sonne classique comme ça, mais c’est un sacré boulot d’établir un accord entre les personnages et l’histoire dans un contexte politique et social. On peut dire que Jay Cocks (Silence), Kenneth Lonergan (Manchester by the sea) et Steven Zaillian (La Liste Schindler) ont brillamment relevé le défi. Le côté historique est clairement mis en avant, mais n’entache en aucun cas la cohérence de l’histoire et la conception des personnages, bien au contraire. On retrouve aussi l’un des thèmes de prédilection du cinéaste, la religion catholique. Il lui dessert plusieurs déclinaisons, la vision de Bill, celle du Prêtre et d’Amsterdam. Un développement intelligemment orchestré sur le fond et la forme.

Howard Shore (Le Seigneur des Anneaux) compose un score à l’image du film, retentissant et ambitieux. Le compositeur mêle intelligemment les mélodies et instruments de l’époque avec ceux de nos jours. U2, Peter Gabriel ou encore les Corrs ont collaboré avec le compositeur pour cette bande originale. Un cocktail dosé comme il se doit, afin de nous transporter, mais également pour faire corps avec la vision de Scorsese pour lui donner encore plus d’ampleur.

A mes yeux et encore plus aujourd’hui, Gangs of New-York reste un très grand film et l’un des meilleurs de la part Martin Scorsese. Je la qualifie souvent d’une œuvre fascinante, culottée et également enrichissante sur bien des plans. Pour info, le producteur Harvey Weinstein a dévoilé qu’il existait une version director’s cut, qu’elle durait 3h30 et que pour le moment on ne le verrait pas.

En résumé, Gangs of New-York est un chef d’oeuvre qui conservera longtemps sa résonance sur la société américaine d’aujourd’hui et demain. Martin Scorse a réalisé l’un de ses rêves qui nous ramène immédiatement à la réalité. Daniel Day-Lewis est tout aussi époustouflant que l’œuvre elle-même.

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. mailysroche79 dit :

    Gang of New York, cet après-midi au programme 👍🏽

    Aimé par 1 personne

    1. Cet aprem sortira la critique de…Aviator 😉

      Aimé par 1 personne

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