Après Séance : Les Figures de l’ombre

Les Figures de l’ombre est un mélange entre une comédie et drame biographique réalisé par Théodore Melfi. Pour son deuxième long métrage, le cinéaste américain a dit au-revoir à Bill Murray et St Vincent afin de tourner un film ambitieux et plus large public, qui semble-t-il a plu à l’académie comme le fait remarquer son affiche et ses trois nominations aux oscars.

« J’essaie de dire quotidiennement à mes filles qu’elles peuvent faire ce qu’elles veulent dans la vie si elles y mettent tout leur cœur et toute leur âme, et ça comprend les maths et les sciences. Je tiens à ce qu’elles sachent qu’elles ont de la valeur et qu’elles peuvent se créer une vie satisfaisante grâce à leur intellect. Ce film était l’occasion pour moi de rappeler aux jeunes filles qu’elles peuvent toutes aspirer à devenir des Katherine Johnson »

Théodore Melfi.

Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

La question ne se pose pas. Si vous suivez régulièrement mes critiques, vous vous êtes sûrement rendus compte que j’idolâtre Kevin Costner. Il était donc pour moi inconcevable que je passe à côté d’une œuvre comme celle-ci. Pourtant, ce n’était pas gagné d’avance puisque je n’ai eu connaissance de cette œuvre qu’en janvier 2017 alors que j’allai voir Passengers dans mon cinéma. Dès les premières images, je suis tombé amoureux de ce film, la bande annonce était rythmée, le thème me correspondait parfaitement et quand je vus Kevin Costner lors de ces deux belles minutes, le rendez-vous était pris. Après visionnage de l’œuvre de Théodore Melfi, que fût mon ressenti ? Soyez prêts, c’est parti (il faut bien de temps en temps faire monter la sauce non ?).

Un petit mot sur l’histoire ?

Alors que la guerre froide est bien établie, les États-Unis et la Russie se bagarrent à distance pour ce qu’on pourrait appeler « la course à l’espace. » Dans les années 60, les deux plus grosses puissances mondiales souhaitent franchir un nouveau cap : envoyer un homme dans l’espace. C’est donc une course contre la montre entre ces deux pays qui commence. Pendant deux heures, Théodore Melfi nous conte l’histoire de trois femmes noires pendant cette période qui ont permis aux États-Unis de faire des avancés drastiques tant dans la conquête de l’espace que dans le changement des mœurs des scientifiques de la NASA.

Les premières minutes ?

L’œuvre commence comme elle finit, tout en esthétisme et en équilibre. La première scène du film nous permet de comprendre rapidement qui est notre héroïne et pourquoi sera-t-elle si importante par la suite. La réalisation est déjà propre et son choix d’optique plaisant. Puis alors qu’on aurait déjà pu partir dans une thématique à la Un Homme d’Exception, il choisit de calmer le jeu et de nous proposer une très belle scène de comédie de l’absurde. En suivant ces trois jeunes femmes dans une fausse course poursuite derrière une voiture d’un policier blanc, raciste qui plus est, avec en sous-jacent de belles tirades, le film est lancé et on ne risquait pas de s’ennuyer.

Le casting ?

Le travail des acteurs fût primordial dans ce projet. De nombreux comédiens devaient mettre leurs pieds à l’édifice pour que les morceaux s’empilent bien les uns avec les autres et ce fût le cas. Je ne vais pas faire de cas individuel ou quasiment pas, tellement les prestations de chacun sont en adéquations avec la vision du réalisateur et coscénariste Théodore Melfi. Cela va donc être succinct :

Taraji P.Henson a de belles mimiques et rajoute énormément de charme à l’œuvre. Octavia Spencer était faite pour ce rôle tant sa polyvalence est plaisante. Janelle Monae, qui possédait le rôle de la « combattante » a proposé une copie différente et originale. Kevin Costner est l’homme à choisir pour un sujet politique de ce genre. Kirsten Dunst est sortie de ses frontières pour jouer une méchante raciste tout dans la demi-mesure et Jim Parsons, alias Sheldon Cooper a un rôle super dans l’œuvre et ce qu’il en fait rajoute un incroyable charme au projet. On pourrait également évoquer des seconds couteaux comme Mahershala Ali, qui a obtenu l’oscar du meilleur second rôle masculin lors des Oscars 2017 ou encore Glen Powell qui interprète l’astronaute John Glenn, qui offre pas mal de joie lors de ses différents passages à l’écran.

Et au final ça donne quoi ?

Si je devais résumer ce film en un mot j’utiliserai sûrement celui-ci : équilibre. Les figures de l’ombre est une œuvre d’art. Chaque coup de pinceau est réfléchi et se suffit à lui-même. De nombreux thèmes sont abordés : le sexisme, le racisme, l’amour, la foi, la conquête spatiale et les mathématiques tout ça en deux heures et sans laisser son spectateur sur sa fin. Je suis le premier à crier au scandale quand la psychologie des personnages n’est pas assez aboutie ou que le scénario est trop futile, mais cette fois-ci je ne sais même pas quoi dire. Je ne trouve pas que Théodore Melfi ait fait un grand film, mais il a réussi à proposer un contenu riche sans me laisser sur ma faim… objectif réussi !

Tout est incroyablement bien dosé du début jusqu’à la fin. Le rythme proposé dans cette œuvre est vraiment très bon. Pour son deuxième film, Théodore Melfi possède énormément de maturité. Je n’ai pas vu le temps passer tant les différentes scènes se superposent à merveille. Ses choix de réalisation sont également louables puisqu’il travaille bien sur le jeu de couleur et sur le côté esthétique de l’œuvre. On ressent un pan vintage et ses plans de caméra ont du sens. La musique est également à noter puisqu’elle colle parfaitement avec le projet. Tout en nuance, on nous propose une musique jazzy sans que ce soit trop afro-américain. On sent que ce choix sonore est réfléchi, mais on ne part dans du jazz/gospel à la Glory. La collaboration entre Hans Zimmer et Pharell Williams fonctionne très bien et offre un bel esthétisme auditif.

Je ne suis pas un grand fan de comédie, pourtant bien que je vous ai annoncé un peu plus haut dans cet article que c’était un drame biographique, le cinéaste américain a gardé sa passion pour la comédie afin de proposer un contenu riche et intense. Son scénario est parfaitement bien écrit. On nous évoque des thèmes forts comme le racisme mais sans diaboliser la chose. Ces femmes sont conscientes de ce qui se passe aux États-Unis, d’ailleurs on nous montre à un moment à la télévision Martin Luther King ou des noirs tabassés par des blancs, mais elles ne se mettent jamais en victime. Au contraire, lorsque le thème est abordé, elles font faces, elles essayent de prouver que ce sont les meilleures et ne jouent pas de leur couleur de peau devant les spectateurs. D’ailleurs dès que le débat houleux sur le racisme a lieu, la scène d’après est comique. Ce ne sera pas un spoil en disant ça puisque c’est abordé dans la bande annonce, mais notre héroïne est obligée chaque jours de faire un kilomètre pour vider sa vessie dans les toilettes appropriés. Car oui, on ne s’en rend plus compte aujourd’hui mais il y a cinquante ans, les noires n’avaient pas le droit d’être à côté des blancs, que ce soit pour faire pipi ou pour voyager en bus. Ils avaient une section à eux et ils devaient la respecter.

Bref, pour revenir au sujet initial, à un moment, le chef du programme spatial interprété par Kevin Costner la gronde (pour rester poli), car pendant 40 minutes il ne l’a pas vu à sa place alors que le temps tourne. Celle-ci lui explique au bord des larmes qu’elle doit marcher une trotte pour aller soulager sa vessie car il n’y a pas de toilettes pour elle ici, qu’on lui a mis au bureau une cafetière rien que pour sa couleur de peau et qu’on fait tout pour lui en faire baver. Elle s’en va, et Kevin se dirige vers la cafetière et l’enlève, comme un enfant qui vient de se faire gronder par sa maman. Lors de la scène suivante, alors qu’on aurait pu rester dans un thème dramatique, on aperçoit Al Harrison casser le panneau des toilettes pour femmes disant « Réservé aux femmes blanches » puis affirme : « Ici à la NASA, nous pissons tous de la même couleur. » Je vous raconte tout ça, pour vous expliquer que tout est incroyablement bien géré. Cela fait rire sur le moment, car on ne s’y attend pas et c’est joliment bien écrit. Ce genre de scène a lieu à de nombreuses reprises pendant deux heures.

Pour conclure et je vais sûrement radoter en disant ça, mais ce film ne part jamais dans l’extrême. Nous n’avons pas le droit à des scènes d’une force cinématographique exceptionnelle, mais tout ce qui est proposé est complaisant. On nous a raconté une histoire, on nous l’a fait vivre et j’en suis ressorti avec cette soif d’en apprendre encore plus sur cette période ou sur les personnages évoqués. Je vous invite vivement à aller dans vos salles de cinéma, Les Figures de l’ombre fera sûrement partie de mon top 10 de 2017 assurément.

Tomas R.

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. worldcinecat dit :

    D’accord, film remarquable.
    Il m’a rappelé la couleur des sentiments, superbe aussi

    J'aime

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