The Aviator, une démesure aussi fascinante que destructrice

The Aviator est un film biographique américano-allemand réalisé par Martin Scorsese, sorti en 2004.

« Une des choses qui fascine le plus dans cette histoire est de voir ce jeune homme incroyablement séduisant, intelligent et plein de vie, se métamorphoser en un adulte hanté par ses failles et ses tares. »

Martin Scorsese.

A la fin des années 1990, Michael Mann souhaite développé un biopic sur Howard Hughes, qui fut l’un des hommes les plus riches et les plus puissants des États-Unis d’Amérique. Par soucis d’emploi du temps, le cinéaste propose à Martin Scorsese de le réaliser. Michael Mann officie alors comme producteur.

Début 2000, Martin Scorsese commence le tournage de Gangs of New-York, qui est son projet le plus titanesque de sa carrière. A ce moment là, le réalisateur s’engage sur un tournage intense de sept mois et il n’est plus très sûr de pouvoir réaliser The Aviator. William Friedkin et Christopher Nolan se sont alors proposés chacun leur tour pour mettre en scène un film biographique sur Howard Hughes. Christopher Nolan a même été jusqu’à ébaucher le projet Mr. Hughes, d’après la biographie Citizen Hughes écrite par Michael Drosnin et souhaite voir Jim Carrey dans la peau du célèbre milliardaire américain.

Une fois la sortie en salles de Gangs of New-York, Martin Scorsese confirme qu’il sera le réalisateur de The Aviator et que Leonardo DiCaprio incarnera Howard Hughes à l’écran.

Pourquoi j’ai voulu (re)voir ce film ?

Il s’agit d’un des premiers films de Martin Scorsese que j’ai pu voir au cinéma. J’ai tout simplement été fasciné par son talent, le personnage d’Howard Hughes et la performance de Leonardo DiCaprio. Pour moi, il s’agit d’un des meilleurs films de la part du cinéaste.

Un petit mot sur l’histoire ?

Howard Hughes est un richissime homme d’affaires, passionné par les avions et le cinéma. En 1930, il produit et réalise ainsi le film Les Anges de l’enfer dans lequel il investit des sommes colossales. Il devient rapidement une célébrité et entretient des relations tumultueuses avec les stars de cinéma de l’époque comme Katharine Hepburn et Ava Gardner. Il engage également un bras de fer avec la compagnie aérienne Pan Am, pour permettre à sa compagnie, la TWA, de pouvoir couvrir les lignes à l’international. Mais dans l’intimité, Howard Hughes souffre de multiples troubles obsessionnels compulsifs qui évoluent rapidement et le rongeront jusqu’à la fin de ses jours.

Les premières minutes ?

Les premières séquences sont toujours très importantes chez Scorsese, puisqu’elles résonnent sur les dernières du film. Comme pour Gangs of New-York, le réalisateur ouvre son long métrage à travers une scène lié à l’enfance du personnage principal et le lien fort qui existe avec sa mère. Celle-ci lui transmet la phobie des microbes et cela le suivra jusqu’à la fin de sa vie.

Ensuite, on fait un bond sur le plateau de Hell’s Angels en 1927. L’ambition et l’intelligence de Howard Hughes nous apparait sans limite, rien n’arrête ses idées. Sa surdité et quelques autres troubles apparaissent, les failles du personnage contrastent avec son génie. Visuellement, c’est sublime et ça colle parfaitement avec le propos du film et bien évidemment Howard Hughes. La direction artistique va également dans ce sens et nous promet de petites merveilles à l’écran.

La volonté maladive d’atteindre la perfection de Howard va conduire le tournage de Hell’s Angels à deux ans. Le budget atteint les 4 millions de dollars, du jamais vu à Hollywood. C’est là qu’on s’aperçoit du goût du risque qu’éprouve le personnage, rien ne l’arrête et personne. Pourtant, il est considéré comme un fou et non un génie. Il est tout simplement fascinant.

Le premier quart d’heure s’achève sur une séquence épique du tournage « aérien » de Hell’s Angels et l’illusion fonctionne à merveille. Martin Scorsese nous met sur la voie d’un grand film !

Le casting ?

Deuxième collaboration entre Martin Scorsese et Leonardo DiCaprio, et on atteint l’une des plus belles performances de l’acteur. Il habité par le personnage de Howard Hughes, on retrouve clairement son côté séducteur, son génie, ses tares… Tout y est ! La diction et l’intensité du regard ont été rudement travaillés, ça ne fait aucun doute. Cette interprétation époustouflante méritait l’Oscar du meilleur acteur, mais en face il y avait une autre performance incroyable, celle de Jamie Foxx dans Ray.

Cate Blanchett se montre particulièrement à son aise sous les traits de Katharine Hepburn. Le duo qu’elle forme avec Leonardo est savoureux et très intéressant. Comme l’actrice le dit à l’écran, « nous formons un beau couple d’inadapté« .

Pour le rôle de Noah Dietrich, je trouve que John C. Reilly très convaincant. Kate Beckinsale est sublime en Ava Gardner, tout comme Gwen Steffany en Jean Harlow.

Alec Baldwin, Ian Holm, Alan Alda, Jude Law ou encore Willem Dafoe viennent étoffer efficacement cette distribution au combien prestigieuse.

Et au final ça donne quoi ?

Deux ans après la fresque épique Gangs of New-York, Martin Scorsese signe un autre grand film qui traite de l’Amérique à travers l’une de ses figures emblématiques, en la personne de Howard Hughes.

A travers ses caméras, Scorsese  propose une mise en scène qui se fixe une immersion simple et efficace. Le réalisateur jongle entre les plans académiques et les séquences époustouflantes. Un mix en adéquation avec la personnalité de Howard Hughes. Le rythme est bien nuancé, entre les moments intimes et ceux qui correspondent aux défis que se lance le milliardaire. On assiste une nouvelle fois à une fresque, même si elle est centrée principalement sur un seul personnage. Aidé par une direction artistique optimale, Scorsese nous dresse le rêve américain accompagné de son ombre. Les décors sont magnifiques, le travail des couleurs flirte avec le technicolor des années 20-30, ce qui nous amène a quelque chose de surréaliste sur certaines scènes. La photographie de Robert Richardson (Shutter Island, JFK) donne un réel relief à l’effet recherché, le mélange authentique et chimérique, encore une fois en cohérence avec la personnalité  d’Howard Hughes.

Le scénario de John Logan nous conte une histoire incroyablement fascinante, et ce du début à la fin. Il retrace de manière passionnante une partie de la vie de Howard Hughes, du début de son film Hell’s Angels jusqu’au vol de son avion fétiche, le Spruce Goose (H-4 Hercules), le plus gros avion de l’époque. On plonge dans la vie privée et professionnelle de ce personnage incroyablement talentueux, impulsif et obsessionnel. Le scénariste tient la loupe et nous observons les fragments de vie de cet homme hors norme. La place de l’Amérique est également très intéressante au sein de cette histoire et des rêves du milliardaire. A l’époque, le pays souhaite imposer sa suprématie sur le monde sauf que la démesure de Howard Hughes ne rentrait pas dans les plans des hautes instances américaines. On peut dire que John Logan s’en est brillamment tiré pour tenir d’aplomb la personnalité de Howard, de ses fréquentations (Ava Gardner, Katharine Hepburn…), de ses passions, ses tares avec l’Amérique des années 30.

Pour ce qui est de la bande originale, Howard Shore livre un score qui fait corps avec les images, mais surtout avec le personnage principal. Il arrive parfaitement à retranscrire les tourments et les troubles de Hughes. Sur certaines pistes comme Screening Room, on a l’impression d’entendre une orchestration à la John Williams. Encore une fois, le compositeur assure comme un chef !

En résumé, The Aviator est un biopic de haut vol, à la fois passionnant, riche et démesuré. Leonardo DiCaprio y livre une composition transcendante.

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