Après Séance : Grave

Grave est un film d’horreur franco-belge écrit et réalisé par Julia Ducournau.

Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

Un film d’horreur français, du moins franco-belge, ça attire déjà l’intention tellement ce type de productions se font cruellement rare dans l’hexagone, une bande annonce prenante, du marketing bien rodé (Sac à vomis, perte de connaissance pendant le film), amateur de film d’horreur… Bref ! Tout était rassemblé pour que j’accours dans les salles obscures une fois Grave sortie !

Un petit mot sur l’histoire ?

Justine vient d’une famille de vétérinaires végétariens. A 16 ans, elle intègre logiquement une école vétérinaire, celle où sa sœur ainée suit déjà ses études. Pour la première fois de sa vie, on va l’obliger à manger de la viande crue lors d’un bizutage. Les conséquences ne tardent pas et Justine révèle alors sa véritable nature.

Les premières minutes ?

Le film s’ouvre sur un long plan fixe, en grand angle, c’est un très grand espace, une route de campagne encadrée par des arbres avec quelqu’un qui marche sur le bord droit de la route. Le plan est très long, une première coupe intervient sur le contre-champ de cette même route. Une voiture passe, nouveau cut, retour sur le plan d’ouverture. La personne se met sur le côté de la route, se cache. La voiture passe, la personne se jette sous les roues, la voiture fait une sortie de route et termine dans un arbre. La musique de Jin Williams commence, elle met sous tension, directement, les violoncelles et les autres cordes frottées s’emballent, la personne qui était au sol se lève et s’approche de la voiture, plus la personne s’approche de la voiture plus la musique devient stridente, stressante, dans une montée en puissance à la Gravity. Une fois que la personne arrive au niveau de la voiture et la touche, la musique se coupe d’un coup en laissant apparaitre en grosse police rouge sur fond noir le titre « Grave ». L’ambiance est plantée, en 3 minutes la réalisatrice nous plonge dans l’univers de son film.

Le casting ?

Au début du film j’avais quelque difficulté avec Garance Marillier qui campe Justine. Je ne la trouvais pas à sa place, mais plus le film avance, plus elle devient convaincante et impressionnante dans son jeu. L’évolution de son personnage permet à l’actrice de faire évoluer son jeu et d’utiliser son corps dans tous les sens du terme. Surtout quand elle passe de la petite fille qui découvre le monde, naïvement, à la femme sexuée avec un côté prédatrice. Elle possède un regard des plus glaçant, perçant, inquiétant, surtout dans la deuxième partie de film. C’est fort.

Le reste du casting est juste, même une infirmière qui apparait 3 minutes à l’écran mais qui est totalement juste dans son texte, les dialogues vivent bien. Tout roule et finalement tout est réuni pour réussir un film de genre.

Et au final ça donne quoi ?

En quelques mots Grave est un film intéressant, malsain, intrigant et prenant. Outre le fait que ce type de production demeure extrêmement rare en France je vous recommande sincèrement d’oser franchir les portes des salles obscures pour voir ce film. Pour voir un bon film tout d’abord et ensuite pour encourager la production de film de genre dans l’hexagone.
Une petite note avant de commencer à entrer dans le vif du sujet. L’interdiction au -16 de ce film ne doit pas être rédhibitoire. Le film à ses quelques moments gores, sans pour autant être dans la surenchère d’effets visuels et d’hémoglobine, tout est dans la retenue et l’économie de moyen. Le dégoût ou encore le malaise prendra possession de vous par ce qu’il se passe et non par la violence pure. C’est une violence bien plus psychologique que visuelle. Si vous redoutiez être choqué par l’hémoglobine ou encore des dents déchiquetant de la peau et bien vous serez rassurez de savoir que ce n’est pas légion dans le film et qu’il est tout à fait accessible de ce côté-là, la mise en garde sera plutôt du côté malsain, répugnant et oppressant du long-métrage.

Lorsque le générique de fin à débuter et que les lumières se sont rallumées j’étais perdu. Totalement. D’un côté je me demandais ce que je venais de voir, de l’autre je me disais que c’était bien et nul à la fois. J’étais dans un entre-deux des plus désagréables. Alors j’ai pris le temps de le digéré, de réfléchir, de revenir sur la construction du film, ses scènes, ses métaphores (dont je n’ai pas encore compris la totalité), ses plans, son scénario, sa musique et j’ai eu ma réponse, je vais rester sur cet entre-deux. Face à un sentiment de répugnance et de jubilation à la fois. Répugnance devant cette horreur et le sujet principal du film et jubilation devant tant de qualité.

Tout d’abord la réalisation de Julia Ducournau est maîtrisée, inspirée, onirique et parfois surprenante. Forcément ses inspirations les plus cités se trouveront du côté de Cronenberg, Argento ou encore Laugier. Le traitement des corps et le traitement des espaces et des lumières ne font aucun doute là-dessus. Mais Julia Ducournau réutilise tous ces ingrédients pour nous livrer une réalisation personnelle, (l’ajout des plans en grand angle, des grands espaces vides) qui capte à chaque instant le regard et suscite l’interrogation et la réflexion sur ce que l’on voit.

Je ne peux pas passer outre la mise en scène des moments dit « gore » du film. C’est crue, mais on ne tombe pas dans le voyeurisme, dans le spectaculaire ou encore dans la gratuité. Chacune des scènes font avancer le récit et sont utiles dans la narration et l’évolution de Justine. Et Julia Ducournau à la bonne idée de ne jamais s’attarder sur ces séquences-là et généralement de faire retomber la tension grâce à une petite note d’humour ou un élément plus léger.

La musique de Jin Williams est une découverte. Un style très particulier, jouant majoritairement sur les cordes qu’elles soient frappées ou frottées. Les longues phrases musicales, entrecoupées de sons plus ou moins stridents, font mouche et accompagne le visuel avec force. Les cordes, maltraitées, mets directement sous tension. L’enchainement de tout ceci devient rapidement oppressant et ne nous lâche pas. Et ses thèmes un peu plus lyriques voir gothiques (Première scène de cannibalisme) sont des petites perles musicales. Julia Ducournau a également ajoutée quelques musiques existantes qui appuies le sens des scènes qu’elles accompagnent. Tout est réfléchie, calculé et maîtrisé.

Je crois que j’ai tout dit, du moins tout ce que je voulais dire, car j’ai à cœur que vous découvriez un peu plus ce film par vous-même. Quelques petits éléments peuvent être déroutants, comme par exemple des plans totalement métaphoriques qui ne font pas sens immédiatement ou des actions de Justine qui semble être assez incompréhensibles, mais qui finissent toujours par avoir une raison d’être montrées, justifiées.

En résumé, Grave est un bijou déroutant, malsain, incroyablement maîtrisé, prenant et intelligent. C’est peu commun et appréciable. Je vous le recommande chaudement et vous souhaite une bonne séance si vous avez l’occasion de le voir.

À bientôt sur le Cinéma avec un Grand A et dans les salles obscures.

Maxime Herbillon.

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