Mademoiselle (2016)

Mademoiselle est un thriller psychologico-érotique sud-coréen coécrit, produit et réalisé par Park Chan-wook.

Trois ans après sa première expérience cinématographique américano-britannique avec Stocker, Park Chan-wook est de retour sur ses terres pour adapter le roman Du bout des doigts (Fingersmith) de la britannique Sarah Waters, paru en 2002. Le cinéaste sud-coréen convertit l’histoire de l’Angleterre victorienne à la colonisation japonaise en Corée dans les années 1930.

Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

A sa sortie en salles en novembre 2016, je tenais un planning chargé, trop chargé pour que je puisse aller voir la nouvelle réalisation du papa de Old Boy. J’en ai entendu beaucoup de bien, ce qui promet de bien se passer pour cette séance de rattrapage.

Un petit mot sur l’histoire ?

En pleine colonisation japonaise en Corée, dans les années 1930, la riche japonaise Hideko (Kim Min-hee) embauche la jeune servante coréenne Sook-hee (Kim Tae-ri) dans un gigantesque et sombre manoir appartenant à son oncle tyrannique ; elle ignore que cette dernière ourdit des plans maléfiques organisés avec un escroc (Ha Jeong-woo) qui se fait passer pour un comte japonais.

Les premières minutes ?

Park Chan-wook expose dés l’ouverture le climat colonial et la servante Sook-hee. La jeune coréenne apparait comme fragile et douce, et elle est engagée dans un château aussi somptueux qu’étrange. Le cinéaste pose son regard sur charmante et innocente jeune femme, qui s’engouffre dans une contrée plutôt sombre et lointaine . S’enchaine ensuite le premier rebondissement du film et on comprend alors que Park Chan-wook va enchainer les surprises au fur et à mesure. On a déjà un avant goût de sa virtuosité et de la maitrise de son sujet. C’est millimétré dans le cadre, le montage et la narration, on pense bien évidemment à d’autres grands réalisateurs tels que Hitchcock ou De Palma.

Le premier quart d’heure nous montre peut être le chemin d’un grand film, l’immersion est totale ! Park Chan-wook joue déjà avec le spectateur et pose un labyrinthe plein de charme et de malice.

Le casting ?

Comme à son habitude, le cinéaste sud-coréen s’est composé une magnifique distribution. En tête, la magnifique et troublante Kim Min-hee livre une interprétation nuancée et impériale. A ses côtés, on a la révélation du film avec Kim Tae-ri, qui pour son premier rôle au cinéma, est assez bluffante. Elles forment toutes les deux un duo incroyablement sensuel et complice.

Ha Jeong-woo se montre à son aise en faux comte manipulateur et s’immisce avec la manière dans ce duo de femmes fortes qui veulent sortir de l’emprise des hommes et du régime coréen de l’époque. Dans la peau de l’oncle sadique et pervers, Jo Jin-woong est glaçant de sa première à sa dernière scène.

Le quatuor est parfait, chacun est investi à 200% dans son personnage et Park Chan-wook les dirige et les pousse jusqu’au bout.

Et au final ça donne quoi ?

Waaaouhhhh ! Quelle claque ! Ça sentait dés la première partie que ce film allait me faire l’effet d’une bombe. Park Chan-wook signe un véritable bijou, à la fois brillant, séduisant et déstabilisant. Un chef d’oeuvre qui m’a littéralement retourné. Les qualificatifs élogieux de cette critique sont totalement justifiés, le cinéma sud-coréen peut être fier de compté parmi lui un cinéaste aussi talentueux qu’audacieux.

Sa mise en scène est tout simplement somptueuse, c’est réglé comme du papier à musique. Rien n’est anodin chez Park Chan-wook, chaque plan a une réel sens artistique et scénaristique, de part les décors, la lumière, les regards, les objets, le montage et bien sûr la position de la caméra prend en compte tout ces paramètres. Ce sens du détail et d’élégance est omniprésent chez le réalisateur, mais il encore plus flagrant sur Mademoiselle. Certains plans sont de véritables peintures, son travail est incroyablement fascinant. Il manipule son spectateur, qui observe ses personnages se manipuler. Il s’agit d’une des essences propres à son cinéma, comme on a pu le voir auparavant dans Old Boy, Sympathy for Mr. Vengeance et Stocker. Il entretient un parfait équilibre avec l’érotisme, la psychologie des personnages et le thriller à tiroirs malsain. Park Chan-wook franchit plusieurs cap à travers cette nouvelle œuvre, notamment dans l’intensité émotionnelle qu’elle véhicule et provoque chez le spectateur. La narration tient aussi une grande importance, pour ce qui est des différents points de vue des personnages mais aussi intensifier aussi le côté manipulateur.

Pour le scénario, Jeong Seo-kyeong et Park Chan-wook livrent un gros travail d’adaptation, ils se sont réellement appropriés le roman de Sarah Waters en coupant l’histoire en trois en parties bien distinctes. On retrouve les thématiques de prédilections de Chan-wook, la vengeance, l’inceste, l’amour ou encore la construction identitaire, tout ça englobé dans un esprit manipulateur et dérangeant. Les personnages sont magistralement composés et approfondis, à travers un astucieux jeux de miroirs. C’est prenant, passionnant et intelligemment orchestré de A à Z.

La musique de Jo Yeong-wook (Lady Veangeance, Old Boy) a su élaborer un score en phase totale avec la vision du cinéaste. Le thème principal est magnifique. Les violons et le piano sont les principaux instruments qui ressortent, une alliance qui insuffle le suspens et un bouquet d’émotions en adéquation avec les images de Park Chan-wook.

Pourquoi le jury du Festival de Cannes 2016 n’a t-il pas décerné un prix à cette merveille ? C’est la question que l’on se pose après avoir vu Mademoiselle. Des œuvres de force, il  y en a très peu et faut savoir les récompenser à juste titre. Il n’a même pas été sélectionné dans la catégorie meilleur film étranger aux Césars. Il faut savoir ouvrir les yeux et les oreilles messieurs, dames car vous avez assistés à du grand Art et vous êtes passés complètement à côté.

En résumé, Mademoiselle est un incroyable conte aquarellisé qui respire l’élégance et le trouble. Un pur chef d’oeuvre aussi majestueux que Old Boy. Kim Min-hee et Kim Tae-ri crèvent l’écran !

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