JFK, quand le cinéma bouscule la politique et fait changer les choses.

JFK est une alliance de plusieurs genres cinématographiques du thriller passant par le drame ou par le biopic, Oliver Stone réalise l’un de ses projets les plus aboutis et les plus intimes de sa carrière. Le réalisateur de Platoon, très engagé politiquement mélange histoire et ressenti personnel dans une œuvre forte d’influence.

« JFK était incroyablement complexe et magnifique. C’est peut-être mon plus grand film en termes d’ambition et de tout ce qui se réunit à un moment donné. Mais il a été tellement trempé dans la controverse qu’il n’y avait aucun moyen pour que nous sortions à la fin comme le meilleur film de l’Académie des oscars. (…) Ce film est poétique, profond et émouvant. »

Oliver Stone.

Pourquoi j’ai voulu (re)voir ce film ?

Dans quelques semaines, vous voterez en votre âme et conscience pour notre nouveau président de la République. Sans vouloir m’immiscer ou même tenter de vous influencer dans votre débat intellectuel, j’ai trouvé bon de faire une analyse d’un film qui a énormément pesé aux Etats-Unis : JFK d’Oliver Stone. Pour ceux qui n’en ont jamais entendu parler ou très/trop peu, j’espère que ce long dossier vous permettra d’élargir votre culture en premier lieu, mais aussi vous transmettra de belles valeurs humanistes.

« Dans les assemblées du gouvernement, nous devons donc nous garder de toute influence injustifiée, qu’elle ait ou non été sollicitée, exercée par le complexe militaro-industriel. Le risque potentiel d’une désastreuse ascension d’un pouvoir illégitime existe et persistera. Nous ne devons jamais laisser le poids de cette combinaison mettre en danger nos libertés et nos processus démocratiques. Nous ne devrions jamais rien prendre pour argent comptant. Seule une communauté de citoyens prompts à la réaction et bien informés pourra imposer un véritable entrelacement de l’énorme machinerie industrielle et militaire de la défense avec nos méthodes et nos buts pacifiques, de telle sorte que sécurité et liberté puissent prospérer ensemble. »

Discours de Dwight Eisenhower quelques jours avant le terme de son dernier mandat, début de citation dans JFK.

Un petit mot sur l’histoire ?

Le célèbre cinéaste new-yorkais se base sur le livre de Jim Garrison, procureur de la Nouvelle Orléans dont il raconte son enquête ainsi que sur les investigations de Jim Mars journaliste américain. Scénarisé par Zachary Sklar ainsi qu’Oliver Stone, cette œuvre nous relate un épisode sombre de l’histoire des États-Unis : l’attentat de John Fitzgerald Kennedy à Dallas le 22 novembre 1963. Que s’est-il vraiment passé ? Est-ce un complot ? Qui a véritablement assassiné le président américain ? Nous suivons l’intégralité de cette enquête pendant plus de trois heures jusqu’au procès final. De nombreuses valeurs et principes seront au cœur du débat de ce film et vous apprendrez un peu plus tard, que cette œuvre finira sa tournée de communication devant les membres du Congrès en 1991, ce qui provoquera plus tard une loi qui vous intéressera sûrement et dont vous pourrez en bénéficier dans quelques mois (JFK Assassination Records Collection Act of 1992).

La genèse du projet : 

Pour ceux qui sont un peu cinéphiles, vous avez sûrement remarqué qu’Oliver Stone aimait parler de politique dans ses œuvres. Je ne vais pas refaire un listing déjà bien commencé plus haut dans l’article, mais dès qu’un sujet d’actualité peut-être adapté au cinéma, le natif de l’État de New York, n’hésite pas à y mettre son grain de sel. C’est donc sans surprise, que le cinéaste américain se précipita à acheter les droits de « On the Trail of the Assassins » en 1988. Pour la petite histoire, c’est l’éditrice Ellen Ray qui offrit un exemplaire au réalisateur de Snowden cette année-là et après une lecture rapide, il mit de sa poche 250 000$ pour l’adapter quelques années plus tard à Hollywood : « Le meurtre de Kennedy était un des événements de signal de la génération de l’après-guerre, ma génération. »

Passionné par l’ouvrage, Oliver Stone se précipita de contacter le procureur de la Nouvelle-Orléans et co-auteur du manuscrit afin de lui poser diverses questions sur son enquête. Après un entretien de près de trois heures, le cinéaste change sa vision de l’œuvre, il déclare même ensuite que Garrison « a fait de nombreuses erreurs. Il a eu confiance en beaucoup d’excentriques et à suivi de fausses pistes lors de sa conclusion. » Car oui, le politicien américain a perdu son procès face à la commission Warren*. Cela ne décourage pourtant pas Oliver et sa ferveur pour le thème ira même jusqu’à de nombreuses lectures et un nouvel achat, encore plus discutable – « Crossfire : The Plot That killed Kennedy » de Jim Marrs. Cet essayiste américain se fait connaître pour sa théorie du complot lors de l’affaire JFK et fût rédigé en 1989. Notre new-yorkais annoncera plus tard en conférence de presse que ce choix était nécessaire pour l’œuvre, car il ne souhaitait pas raconter la vie de Jim Garrison et que pour « combattre un mythe, il faut parfois créer un contre-mythe. »

Près de deux ans après la sortie du manuscrit qui lança les hostilités et quelques mois après un dernier achat, Oliver Stone lance la production de son film. Il rencontre de nombreux exécutifs que ce soit de StudioCanal pour ne citer que le plus grand, mais une société changea la donne et permit au film de voir le jour : Warner Bros ! Séduit par le projet, le directeur général, Terry Semel offre 20 millions de dollars au cinéaste, c’est alors que l’écriture du scénario commence. Pour se faire, le réalisateur de Platoon fait appel à un acteur majeur des deux livres cités ci-dessus : Zachary Sklar. Co-auteur du premier roman et éditeur du second, le journaliste et professeur de Columbia travaille désormais en partenariat avec Hollywood. Les deux hommes mettent en commun leurs différentes recherches et tentent de créer un film d’investigation à l’instar d’un Z de Costa-Gavras ou un Rashomon de Kurosawa. Le nom de l’œuvre fait d’ailleurs référence en son titre au projet avec Jean-Louis Trintignant sortie en 1969. Alors que le premier jet pointe enfin le bout de son nez, Oliver Stone fait appel à la société Regency Entreprises afin de doubler les fonds précédemment reçus et passer à 40 millions de dollars.

Le casting commence donc en 1990 et pour le premier rôle, celui du District Attorney le new yorkais opte pour de grands noms du cinéma hollywoodien. Dans cette short-list on retrouve des noms plutôt connus du public comme Mel Gibson, Harrison Ford, James Wood, Jeff Bridges, Nick Nolte et Kevin Costner. Les deux premiers déclineront l’offre, le troisième refusera pour des divergences d’opinion sur la façon de raconter l’histoire puisque l’acteur de Salvador souhaitait un biopic alors qu’Oliver ne voulait pas se détacher d’un film à enquête. Il ne restait plus que trois choix. Les deux suivants n’auront pas l’autorisation de la part de Warner Bros pour endosser le rôle-titre n’étant pas assez « bancable » selon les dirigeants de la célèbre compagnie américaine. Nous arrivons désormais au cas Kevin Costner et ce ne fût pas de tout repos. Le Robin des bois refusa le rôle en premier lieu, mais sous l’acharnement du cinéaste ainsi que sous la pression de son agent Michael Ovitz, le californien accepte finalement le rôle en janvier 1991. Couronné de sept oscars un mois plus tard pour son film Dances with Wolves, Warner concède face à sa nouvelle prestigieuse notoriété et accepte sa présence en tête d’affiche.

De nombreux protagonistes au projet souhaiteront se rajouter au casting. Jim Garrison insistera auprès d’Oliver pour avoir un rôle dans l’histoire et il se verra offrir celui d’Earl Warren, président de la Cour Suprême. Perry R. Russo, témoin important du véritable procès se verra offrir quelques caméos comme notamment celui d’un homme en tout début d’œuvre qui déclare « Il faudrait donner une médaille à celui qui a assassiné Kennedy. » On pourrait également ajouter Beverly Oliver, un autre témoin de l’assassinat et Sean Stone le fils du réalisateur qui incarne l’ainé du procureur. Il paraît également que plusieurs acteurs décidèrent de renoncer à toute rente pour participer au film. En termes de seconds rôles, la distribution est tout aussi flamboyante. Martin Sheen se voit accorder la narration ou plus précisément la voix off, Walter Matthau interprète un membre du congrès, Jack Lemmon un possible témoin du procès et James Belushi un complice du meurtre. On peut également ajouter la présence bien évidente de Tommy Lee Jones (Clay Shaw), Gary Oldman (Lee Harvey Oswald), Michael Rooker (Bill), Sissy Spacek (Liz Garrison) et Joe Pesci (David Ferrie).

Le tournage débute en 1991 et ne dure que 72 jours. Afin de rendre les scènes réalistes, les producteurs dépensent une fortune pour reconstituer des lieux historiques ou pour avoir l’autorisation de tournage dans des lieux propices à l’histoire. La reconstitution du Dealey Plaza de 1963 couta pas moins de 4 millions de dollars et une importante somme fût offerte à la ville de Dallas pour détourner la circulation et fermer certaines rues pendant trois semaines. Oliver Stone déclara même avoir eu de nombreuses difficultés à convaincre les propriétaires du Texas School Book Depository d’autoriser le tournage dans l’enceinte du bâtiment. Après cinq mois de négociation, l’équipe eut enfin le droit de transformer l’édifice afin de le rendre authentique. Ils ont dû également débourser 50.000$ pour pouvoir tourner devant la fenêtre où Oswald aurait tiré et ils ne pouvaient y accéder qu’à certaines heures de la journée ainsi qu’à cinq maximum : « Cette scène fût le moment le plus difficile de ma vie, mais également le plus intense. » Ils iront également faire quelques plans à l’endroit exact où Oswald fût tué par Jack Ruby 48 heures après son arrestation.

* Qu’est-ce que cette commission ? A quoi sert-elle ? Vous en saurez un plus tout à l’heure.

Les premières minutes ?

ans rentrer trop dans les détails pour le moment, le début de l’œuvre ne déroge pas aux premiers principes que j’ai abordés ci-dessus. L’envie d’Oliver Stone de faire un docu-fiction dans un genre d’enquête est d’ores et déjà très prononcée. Les premières images de l’œuvre nous vieillissent puisque l’on retrouve une partie de la vidéo du discours d’Eisenhower dont vous avez déjà eu l’intégralité au tout début de l’article. S’en suit plusieurs symboles importants de l’histoire des États-Unis comme les paroles de Martin Luther King que j’aborderai sûrement plus tard et les promesses de John Fitzgerald Kennedy pour se faire élire. Il évoque également le cas de la guerre froide et de l’URSS tout en montrant des images historiques dont vous avez surement pu voir la reconstitution dans Jackie avec Natalie Portman il y a quelques semaines.

L’ambiance sonore est importante et les choix de réalisation se mettent progressivement en place. La première scène post 4/3 est significative et offre les prémisses du propos de l’auteur. Les dialogues sont justes et la rapidité des scènes ou plutôt des informations à considérer nous embarquent directement dans l’œuvre. La quête du film prend quelques minutes avant d’être véritablement exprimée, mais suit les démarches importantes du genre.

Le casting ?

Je ne l’ai pas encore dit et il fallait sûrement l’évoquer un jour, mais à mon avis JFK fait partie des grands oubliés de la cérémonie des Oscars. Assez critiqué à l’époque pour des points que nous aborderons plus tard, le projet d’Oliver Stone n’a pas été assez récompensé par les membres de l’Académie. Ils ne sont repartis en 1992 qu’avec deux belles récompenses que je développerai plus tard : la meilleure photographie et le meilleur montage. Or, et nous allons enfin revenir sur le thème de ce paragraphe, certains comédiens auraient pu espérer mieux.

Avant de passer à la tête d’affiche, le seul nominé cette année-là fût Tommy Lee Jones pour son interprétation de Clay Show, un homme d’affaires américain soupçonné d’avoir participé à l’assassinat du président John Fitzgerald Kennedy. Méritait-il de l’emporter ? Il est vrai que la concurrence était quand même extraordinaire puisque le grand vainqueur est Jack Palance pour La Vie, l’Amour, les Vaches de Ron Underwood. Les autres nominés étaient Michael Lerner pour Barton Fink des Frères Coen, ainsi qu’Harvey Keitel et Ben Kingsley pour Bugsy de Barry Levinson. Vous allez peut-être vous dire qu’il se contredit, mais à mon avis, l’agent K ne méritait pas cette statuette. Je suis assez dubitatif quant à sa performance dans le film. Je ne sais pas quelles étaient les consignes d’Oliver Stone sur le projet et je ne connais encore moins la vraie personnalité de cet homme historique. Cependant, je le trouve trop en retrait et sans vrai caractère. Je ne sens pas le machiavélisme en lui et encore moins une prestance à l’écran. Il semble joué un rôle de naïf introverti or je trouve ça très peu probable qu’une personne de cette envergure le soit.

A l’inverse, Gary Oldman qui intervient certes très peu dans ce film aurait pu légitimement mériter une convocation voir même peut-être plus. J’apprécie énormément cet acteur, qui a bercé ma jeunesse et je trouve qu’il joue souvent très juste. Dans JFK, il s’approprie une nouvelle fois un rôle à merveille. Suite aux nombreuses enquêtes réalisées par le FBI, nous connaissons désormais mieux Lee Harvey Oswald, pourtant j’ai redécouvert le personnage. Son charisme offre de l’élégance et de la subtilité à l’œuvre.

C’est désormais le tour de mon chouchou et je vais essayer de mettre le cœur de côté pour analyser sa performance. Préalablement, il faut savoir que Kevin Costner, qui avait donc refusé le rôle avant de changer d’avis n’est pas venu les mains dans les poches. Pour préparer son personnage, il a rencontré la plupart des intervenants du procès originel. Il a bien évidemment discuté avec le personnage dont il incarne le rôle soit Jim Garrison, mais également avec certaines autres personnes du camp opposé. Le natif de Californie s’est pareillement entraîné longtemps sur son monologue de fin afin d’être totalement prêt au moment voulu. Pour revenir au contenu final, Kev joue juste. Ses différentes prises de conscience et sa ténacité sont remarquables. Très peu apprécié pour son jeu d’acteur par l’Académie, le réalisateur de Danse avec les loups ne vu aucune nomination arrivée au pied de sa porte lors des Oscars 1992. Pourtant, s’il était sûrement compliqué pour lui de l’emporter face à Anthony Hopkins pour le Silence des agneaux, une simple reconnaissance ne serait-ce pour son monologue envoutant et enivrant de fin aurait été décent.

Le reste du casting mérite également une belle mention. Joe Pesci dont j’assimile souvent à tort à Maman, j’ai raté l’avion au vu de ses diverses participations à des films cultes possède toujours autant de prestance à l’écran. Son talent pour jouer des personnages excentriques font de lui l’un des meilleurs seconds rôles d’Hollywood. Jay O. Sanders a également un super rôle dans cet énorme projet et fait un partenaire idéal à Kevin Costner. In fine avec les principaux intervenants Michael Rooker incarne parfaitement la lâcheté et le stress provoqué par ce genre d’enquêtes.

Et au final ça donne quoi ?

Nous rentrons désormais au cœur du sujet de cet article, qu’est-ce qui est si extraordinaire dans JFK ? Pour débuter cette analyse nous allons tout d’abord se diriger vers l’un des points importants de l’œuvre la réalisation. Ses différents choix de cadrage vont faire polémiques aux Etats-Unis car le cinéaste américain utilise plusieurs formats d’images propres à des genres opposés. Il débute son aventure en 4:3 8mm afin de nous immerger dans une ambiance documentaire ou en tout cas très vintage. Ils recréent par ailleurs certaines scènes en 16mm noir et blanc granuleux pour donner un coup de vieux à sa reconstitution historique. Quelques minutes plus tard, Oliver Stone change complètement de forme et en même temps de fond, le format d’archive cède sa place à la fiction. Désormais le réalisateur choisit une apparence assez courante au cinéma, l’Academy Scope ou ce qu’on appelle le 2:35. Alors qu’on nous affirmait plus haut que ce qu’on nous montrait était véridique, le cinéaste explique désormais que tout ce qu’on voit n’est qu’une interprétation des faits. Il poussera même le vice encore plus loin. Pendant que Jim Garrison lit des rapports de la commission Warren toujours en format fiction, nous sommes pris de flashbacks en 16mm entre couleurs et noir et blanc. Cette contradiction due au format ou aux jeux de couleurs proposés aux spectateurs offre de belles spéculations sur ce qui est réel ou sur ce qui est potentiellement réel. Deux notions pourtant très proches, mais qui ont énormément de différences l’une de l’autre. Oliver Stone brouille les pistes afin de rendre son propos réaliste et avec un double sens caché. Pour la petite anecdote, j’ai évoqué tout à l’heure l’épisode du Dealey Plaza, le chef opérateur utilisa pas moins de deux caméras 35 mm, cinq caméras de 16 mm et 14 bobines pour ces quelques scènes.

Un nombre incalculable de passage joue donc sur la couleur pour soutenir des propos ou donner une puissance artistique à ce que nous voyons. Pendant plus de trois heures, Oliver Stone et son directeur de photographie s’approprient les couleurs et le jeu de lumière pour offrir un sens à ce qu’ils racontent. Lors de la première scène post-historique nous retrouvons Kevin Costner dans son bureau. Habilement, le cinéaste américain prépare toutes les péripéties de son œuvre. Afin de justifier l’impartialité du procureur, nous le voyons habiller en blanc ou gris dans une image teintée d’un filtre grisâtre. Derrière lui, nous retrouvons illuminé par le soleil une photo de sa femme, qui aura par la suite une importance dans ce choix de continuer ou non son investigation. Lors de la scène suivante, alors qu’on récupère notre héros dans un bar devant une chaîne d’informations ; qui annonce officiellement la mort du président des Etats-Unis d’Amérique, la couleur rougit et les habits sont d’autant plus foncés. Une femme tout en noir dira même : « Il a fait beaucoup pour son pays » ce qui met en avant le deuil. Ces différentes jauges s’accélèreront plus le temps passera. Une autre scène me vient par exemple en tête et a lieu trente minutes plus tard. A la suite d’une situation paisible dans son appartement accompagné de sa famille, Jim Garrison quitte sa femme et ses enfants sous une lumière jaune et blanche dans un plan large pour retourner travailler. Lors du plan suivant, tout change, le zoom est différent et les couleurs également. Nous découvrons désormais dans un plan serré une horloge avec marqué 3h15 du matin dans un teint ambré. La caméra bouge lentement sur le côté pour retrouver Kevin Costner en pleine lecture de rapport. Alors que sa concentration est mise à l’épreuve, le plan se raccourcit de plus en plus, pour se focaliser sur le visage de notre héros. Nous avons ensuite une vision de sa lecture dans une lumière totalement blanche et neutre. Quelques secondes suffisent pour voir se papier se transformer totalement en un fond blanc puis en une nouvelle scène d’archive. Ce choix de couleurs possède énormément de sens et prépare les spectateurs au ressenti du procureur lors de cette lecture. Cette vision est vite coupée (ce qui entrainera d’ailleurs un petit paragraphe plus approfondi tout à l’heure sur le montage) pour ensuite redécouvrir Kev dans un plan large ornée d’une couleur rouge et d’un dégradé blanc en son centre. Plusieurs autres procédés seront utilisés pendant cette scène afin de donner de l’intensité et un sens à ces différentes lectures, ce qui, par ailleurs offrira l’oscar de la meilleure photographie à Robert Richardson quelques semaines plus tard.

L’un des points forts de l’œuvre reste sans nul doute le montage proposé par Joe Hutshing (Jerry Maguire) et Pietro Scalia (Gladiator). Dès les premières minutes, les monteurs se mettent en action en proposant une multitude de reportages ou de vidéos découpés puis assemblés les unes après les autres. S’en suit une gestion parfaite du rythme avec des images bien moins saccadées sauf à des moments clés, mais avec un nombre incalculable de césure et de redémarrage rapide vers un nouveau propos. J’en reviens désormais à la scène évoquée précédemment. Lors de ce passage de plus de deux minutes, on ne retrouve pas moins de quarante plans différents soit environ un tous les quatre secondes. Toute en légèreté et en utilisation d’effets visuels, les deux hommes créent une cadence et de l’intensité lors de la lecture du procureur. Ce choix de montage offre une belle allégorie au propos de l’auteur insistant notamment sur la passion que ce soit d’Oliver Stone ou de Jim Garrison pour le sujet qu’il traite. Ces différentes transitions entre le réel et l’irréel provoque également une dimension surréaliste au film et clame haut effort l’intention recherché par le cinéaste new-yorkais. Habitué pendant près de deux heures à un rythme effréné, celui-ci ralentira lourdement en fin de récit lors du procès final. Désormais les coupures sont moins présentes et nous vaguons très lentement entre la thèse de notre héros et le photomontage sur la théorie quant à la mort de John Fitzgerald Kennedy. Ce dernier prendra d’ailleurs tout son sens que très tard dans le long monologue de clôture. Le montage possède une place forte dans ce film et toutes les images projetées à l’écran offriront progressivement un sens à l’histoire. Sous les ordres d’Oliver Stone, le petit protégé de Ridley Scott et l’homme aux quatre nominations aux Oscars épatent et envoient JFK vers une autre dimension artistique.

J’ai abordé assez longuement le travail de l’image, mais ce que propose John Williams dans cette œuvre est tout bonnement épatant. Nominé pour la meilleure musique de film en 1992, une fois de plus me diriez-vous, le compositeur américain ne déloge pas à sa stature de grand génie en la matière. Dès les premiers instants, sa participation porte ses fruits en imposant un bruit de tambour aux différentes séquences d’archive. Plus nous avançons vers la mort du trente-cinquième président des Etats-Unis plus les coups s’accélèrent et le volume augmente. Ce choix auditif fait penser aisément à une future décapitation sur la place publique. C’est alors que le cortège emmenant John Fitzgerald Kennedy arrive devant nos yeux. Tout d’un coup tout s’arrête, plus aucun son ne sort, jusqu’à ce qu’on entende le bruit d’une arme se recharger, un petit blanc puis le coup de fusil. Une femme crie et il ne reste plus que le bruit d’une marée de battement de pigeons. Si je ne trouve pas le « Theme » si fantastique hors contexte, sa participation offrit une nouvelle couche de sens à ce récit. Le prologue reste, selon moi, sa composition la plus aboutie dans JFK et je vous invite à l’écouter sur YouTube si ce n’est pas déjà le cas.

C’est l’heure des polémiques liées au scénario et à ce que nous propose Oliver Stone pendant près de trois heures. Avant de rentrer dans le débat sur la véracité ou non des informations proposées dans cette œuvre, j’aimerai tout d’abord saluer le choix délicat de projeter un monologue de quarante minutes à des spectateurs souvent fatigués après plus de deux heures de film. Cette longue séquence est d’autant plus mémorable qu’elle propose une prose de très belle qualité, accentuée par des valeurs humanistes lors de la conclusion finale. Parlons désormais des diverses polémiques qu’a suscité le film dès six mois avant sa sortie en salles. Plusieurs journalistes politiques américains ont critiqué Oliver Stone sur son interprétation des faits, jugeant par fois de donner une version plus plaisante et plus simpliste des évènements tout en y ajoutant des données non fondées. Son plus gros détracteur fût Walter Cronkite, un célèbre journaliste télévisé qui a d’ailleurs déclaré après visionnage : « Il n’y a pas une once de vérité dans ce que je viens de voir. » Je ne vais que très vaguement revenir sur un sujet déjà bien évoqué plus haut, mais son choix de réalisation entre le documentaire et la fiction a provoqué de belles émeutes du côté de la presse. Le reprochant d’affirmer avec de fausses preuves une vérité erronée. Sa théorie du complot très provocante repose sur le fait que John Fitzgerald Kennedy aurait été victime d’un coup d’état, d’un complot de la part de son vice-président Lyndon Johnson, agacé par la tournure des évènements et du côté humaniste voire trop peu despotique de la part du démocrate suite aux évènements de la Baie des Cochons à Cuba ou de la guerre du Viêtnam : « Assassiner Kennedy est un coup d’état d’une association d’intérêts convergents entre militaires et industriels manipulant toute une faune d’exécutants d’horizons divers pour garantir la poursuite de la croissance de l’industrie d’armement américaine. » Pour amener à cette conclusion Oliver Stone met dès le début en avant le côté égalitariste de l’ex chef d’état des Etats-Unis, dévoilant ses projets pour un monde meilleur. Sont suivis une recherche de longue haleine de notre héros sur ce qui pourrait être l’une des plus grandes magouilles de l’histoire du pays. Cette conclusion offerte par le new yorkais est simple, mais tout aussi formelle, battez-vous pour obtenir des libertés et condamnez les magouilles politiques que l’on tente de vous cacher : « Pêcher par le silence quand ils devraient protester transforme les hommes en lâches. » Pendant près de trois heures, bien que ce soit surtout explicité lors des cinq dernières minutes, le new yorkais souhaite une révolte et une prise de conscience du peuple. Il ne nie d’ailleurs pas dans ses annotations proposées dans le director’s cut avoir transformé certains faits pour soutenir son propos. Critiqué aux Etats-Unis pour sa tentative de « manipulation » et sa vision défaitiste voire trompeuse du gouvernement américain, la presse assassine à tort, un projet qui aurait pu être un des chefs d’œuvres du cinéma Hollywoodien. Il peut toutefois se consoler d’être un chef d’œuvre commercial.

Impact retentissant du film et la loi de 1992 :

Bien qu’il n’ait pas été apprécié à sa juste valeur, le film chamboula beaucoup de choses aux États-Unis. Lors du procès originel, Jim Garrison le vrai, demanda la communication d’une donnée importante de l’enquête : le film de Zapruder. Cela ne vous dit certainement rien, mais toute la complexité de la morale de JFK est basée sur ce film. Abraham Zapruder, fabricant de vêtements pour dames à Dallas était présent lors de ce fameux assassinat du 22 novembre 1963. Armé de sa caméra, ce tailleur devenu célèbre (ou presque) attend avec impatience l’arrivée du nouveau président démocrate le long d’Elm Street, situé juste en face du Texas School Book Depository où aurait été posté Lee Harvey Oswald. Vous l’avez compris, il enregistre la scène et offre des faits aux enquêteurs. De nombreuses images circulent dans les journaux et quelques séquences paraissent à la télévision, mais dès lors que la commission Warren eu accès à cette vidéo, plus rien ne fût montré au grand public. Jusqu’en 1969 où Jim Garrison demanda son apparition lors du procès. Il faudra attendre six ans supplémentaires pour que la vidéo soit diffusée entièrement à la télévision américaine. Il fût conclu suite à cette vidéo et un gros travail de restauration puis d’agrandissement d’image de la part du FBI qu’un homme était bien placé avec un fusil à l’endroit indiqué.

Alors pourquoi une aussi longue anecdote pour une donnée pas forcément très importante par rapport à notre sujet ? Cela permet d’évoquer un autre point important, abordé à de nombreuses reprises dans le film : La commission Warren. Je vous en avais également parlé au début de l’article et vous allez enfin comprendre ce que c’est et surtout que tout est lié. Fondé par Lyndon Johnson (encore lui), cette commission dont son président se nomme Earl Warren, qui a, vous l’avez compris, donné son nom à cette assemblée, devait enquêter sur les circonstances de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Presque un an plus tard, un rapport de 888 pages est rendu public. Souvent évoqué dans JFK, ce conte-rendu a vu de nombreux analystes se confronter. La conclusion affirme que Lee Harvey Oswald aurait agi seul, or plusieurs personnes affirment le contraire comme on nous l’explique dans le film dont un certain Jim Garrison ! Pour la petite anecdote, en 2013 notre ancien chef d’état Valéry Giscard d’Estaing rapporta que Gerald Ford (trente huitième président des États-Unis) lui aurait confié que la commission n’était pas persuadée de la véracité de leur document et qu’ils n’avaient juste pas eu assez d’information pour découvrir un possible crime organisé.

Pour revenir à notre film, cette commission porte une place importante dans ce docu-fiction. Cette critique faite envers la commission par Oliver Stone n’en restera pas là – JFK finira sa croisade médiatique devant les membres du Congrès en 1991 et changera la donne. Suite au visionnage de l’œuvre du cinéaste new-yorkais et des nombreuses polémiques qui ont suivi, le Congrès conclu avoir fait une erreur en ne divulguant pas les données de l’enquête et pense avoir entrainé le public américain à croire en un secret faussé. Une loi voit donc le jour quelques mois plus tard du nom de « JFK Assassination Records Collection Art of 1992. » Pour faire court, cette loi oblige l’ARRB (Assassination Records Review Board) à rassembler les données de l’enquête et de rendre l’ensemble des informations public vingt-cinq ans plus tard soit en 2017 ! Sous-estimé par la profession ainsi que par la presse politique, l’histoire de JFK est pleine de péripéties et a le mérite d’avoir eu impact sociétal important. Qu’on aime ou pas Oliver Stone et son point de vue politique, les valeurs transmises dans ce projet sont louables et devraient être suivies par certains réalisateurs trop intéressé par le cinéma à spectacle.

Tomas R.

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. juneandcie dit :

    Un film absolument culte qui bouleversé mes jeunes années et construit mon amour du cinéma. Kevin Costner y est tout simplement bluffant.

    Aimé par 1 personne

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