Alien, le huitième passager : « Dans l’espace, personne ne vous entendra crier ! »

Alien, le huitième passager est un film de science-fiction horrifique américano-britannique réalisé par Ridley Scott, sorti en 1979.

Souvent on se demande, comment une telle histoire et une telle créature a pu voir le jour au cinéma ? Pour cela, il faut remonter en 1975 où Dan O’Bannon (Total Recall) écrit un brouillon de scénario reprenant le postulat de base qu’il avait exploré avec son John Carpenter pour la comédie SF Dark Star. Une poignée d’astronautes se retrouve face à une entité extra-terrestre au sein d’un vaisseau spatial. Le scénariste transfert l’aspect comédie en film d’horreur et intitule son brouillon Starbeast.

Par la suite, Dan O’Bannon présente son travail au producteur Ronald Shusett, qui venait d’obtenir les droits cinématographiques pour Total Recall. Le projet intéresse le producteur, qui accepte de le financer pour un budget léger. Alien va vraiment prendre de l’élan grâce à l’intermédiaire d’Alejandro Jodorowsky, qui travaillait à l’époque sur la fameuse adaptation du roman Dune. Le cinéaste franco-chilien avait été scotché par Dark Star et a invité O’Bannon à venir en Europe où se faisait le tournage. Cette invitation va donner au projet une nouvelle direction, puisque Dan O’Bannon va faire la connaissance de H. R. Giger lors d’une exposition à Paris et est immédiatement séduit par ses dessins qui inspireront largement l’aspect final de la créature dans Alien.

«Necronom IV» de H.R. Giger (1976)

Parallèlement, Dan O’Bannon travaille sur Dune de Jodorowsky et met quelque peu Starbeast de côté. Malheureusement, le tournage de Dune s’arrête de manière brutale, le scénariste se retrouve fauché et décide de rentrer aux États-Unis. Ce n’est pas pour autant, qu’il se laisse abattre puisqu’il planche de nouveau sur Starbeast et le renomme Alien. Ron Cobb, ami d’O’Bannon soumet l’idée qu’un membre de l’équipage est « fécondé » pour faire en sorte que l’extra-terrestre soit dans le vaisseau. Cet aspect plait énormément à l’ensemble de l’équipe associé au projet.

Ronald Shusett et Dan O’Bannon ont des difficultés à trouver une société de production, ce qui freine toute manœuvre. C’est pourquoi, le scénario tombe finalement entre les mains de David Giler, Walter Hill et Gordon Carroll de la toute nouvelle société de production Brandywine Films. David Giler trouve au départ que le scénario est très mauvais, jusqu’à la fameuse scène du chestburster. Il l’a ensuite proposé à à Alan Ladd Jr., alors président de la Fox, qui s’était tout de suite montré intéressé. Toutefois, il est demandé à David Giler et Walter Hill d’étoffer une bonne partie du scénario.

En 1977, le scénario est validé. La Fox amorce alors la production d’Alien et tient à enchainer avec un autre grand film de science-fiction, suite au grand succès de Star Wars. Walter Hill est nommé réalisateur, mais se désiste quelques semaines après sa nomination, estimant ne pas avoir le talent nécessaire pour manier les effets spéciaux. La production piste alors d’autres cinéastes comme Robert Aldrich, Peter Yates et Jack Clayton, mais personne ne souhaite faire un film d’horreur dans l’espace.

Puis David Giler assiste à la projection du premier long-métrage réalisé par Ridley Scott, Les Duellistes, au Festival de Cannes. Le scénariste le fait voir aux autres membres du projet qui apprécient la maturité et la richesse de la mise en scène. Le scénario d’Alien est envoyé à Scott, qui accepte immédiatement de le réaliser. Le réalisateur passe trois semaines à écrire le storybook du film, où il dit avoir été influencé par la vision de l’espace dans 2001, l’Odyssée de l’espace et Star Wars, mais également par le magazine français de science-fiction Métal hurlant et l’œuvre du dessinateur français Jean Giraud (alias Moebius). Ce dernier est engagé par Ridley Scott pour contribuer à la conception graphique de certaines parties du film. Quand Jean Giraud présente son travail à la production, il voit son budget doublé, passant de 4,2 à 8,4 millions. Pour le côté horrifique, Ridley Scott s’inspire principalement de Massacre à la tronçonneuse.

Pour l’apparence de la créature, O’Bannon présente à Scott l’œuvre de H. R. Giger et Scott est immédiatement convaincu par la beauté terrifiante de sa créature dans la peinture intitulée Necronom IV (1976), qu’il décrit comme un insecte biomécanique avec des connotations sexuelles. Par la suite, Scott demande à Giger de concevoir aussi l’apparence de l’œuf, du facehugger, et du chestburster. Une fois terminée la conception graphique des créatures, Giger travaille sur les décors de la planète. Ron Cobb conçoit quand à lui l’intérieur du vaisseau nommé le Nostromo et Chris Foss se charge de l’extérieur.

Le projet est en très bonne voie, la production et Ridley Scott commencent à prospecter pour constituer le casting. Pour le rôle de Ripley, le scénario est envoyé à Meryl Streep, mais celle-ci décline la proposition. Sigourney Weaver apparait alors comme un choix logique, sauf que l’actrice n’est pas très motivé à jouer dans un film « de monstres ». Finalement, son agent l’a convainc d’aller à l’audition et c’est là que Ridley Scott est immédiatement séduit par son charisme et son caractère. Tom Skerritt, John Hurt et Veronica Cartwright acceptent aussi d’être de la partie, si le budget est revu un peu à la hausse. L’ambition et l’originalité du projet séduit l’ensemble de la distribution.

Le tournage débute en juillet 1978 et se déroule dans les studios anglais de Shepperton jusqu’en octobre 1978. Il s’est révélé éprouvant pour l’ensemble de l’équipe du film, soumis à un planning particulièrement serré et aux contraintes d’un budget réduit à 11 millions de dollars. Il faut savoir aussi que la plupart des dialogues et certaines actions ont été improvisés sur le tournage.

Pour ce qui est de la bande originale, la production mise sur le grand Jerry Goldsmith (La Planète des singes, Star Trek) au lieu du compositeur japonais  Isao Tomita, avec qui Ridley Scott voulait collaborer. La composition du score ne s’est pas déroulée dans les meilleures conditions, Scott et Goldsmith n’avaient pas la même approche de l’œuvre. Le compositeur a longtemps renié son œuvre, qui est pourtant l’une de ses abouties artistiquement parlant.

À sa sortie en salles, Alien, le huitième passager a réalisé près de 103 millions de dollars au box-office mondial. Une grande satisfaction pour la Fox, qui pense déjà à faire une suite avec James Cameron. Ce dernier les a notamment séduit avec Terminator.

Pourquoi j’ai voulu (re)voir Alien, le Huitième passager ?

Le 28 avril dernier, le cinéma Gaumont de Reims a organisé la projection du premier film de la saga en version restaurée. Bien évidemment, j’ai sauté sur l’occasion pour redécouvrir cette merveille dans les meilleures conditions avant la sortie d’Alien : Covenant.

La critique devait sortir le lendemain, sauf que j’ai voulu attendre de voir Covenant. Ce dernier m’a tellement déçu que je me suis refait une nouvelle fois (peut être bien la trentième) Alien, le huitième passager. Cet opus reste incontestablement le meilleur de saga, suivi de très très près par Aliens de James Cameron.

Un petit mot sur l’histoire ?

Le vaisseau commercial Nostromo et son équipage, sept hommes et femmes, rentrent sur Terre avec une importante cargaison de minerai. Mais lors d’un arrêt forcé sur une planète déserte, l’officier Kane se fait agresser par une forme de vie inconnue, une arachnide qui étouffe son visage.

Après que le docteur de bord lui retire le spécimen, l’équipage retrouve le sourire et dîne ensemble. Jusqu’à ce que Kane, pris de convulsions, voit son abdomen perforé par un corps étranger vivant, qui s’échappe dans les couloirs du vaisseau…

Les premières minutes ?

Nous permettrons dans l’univers Alien progressivement, à l’image du déroulement du titre avec pour fond l’immensité de l’espace. Le main title de Jerry Goldsmith impose une atmosphère sombre et inquiétante. Le vaisseau commercial nommé le Nostromo nous ait présenté par quelques données numériques, des plans extérieurs puis des plans intérieurs. Ridley Scott s’immisce au sein du vaisseau telle une petite souris, il y règne un climat de mort. On a même l’impression qu’il s’est déjà passé quelque chose.

Le vaisseau prend vie au moment au l’ordinateur nommé « Mother » orchestre le réveil de l’équipage et active toutes les lumières du véhicule spatial. On comprend à ce moment là que c’est l’ordinateur qui guide les passagers et agît pour eux comme une référence. Ridley Scott prend tout son temps pour nous permettre de bien nous imprégner des lieux, de son huis clos et de son atmosphère étrange. La richesse des décors additionnée à la vision du réalisateur et de la musique Goldsmith, rendent l’immersion immédiate. Les jeux de lumières et les transitions participent tout autant au ton et à la direction du film.

On enchaine avec le premier déjeuner de l’équipage, ce qui nous permet très vite de cibler les fonctions de chacun et leurs caractères. Le capitaine Dallas est ensuite appelé par « Mother » et c’est là que l’on comprend pourquoi elle les a réveillé.

Le premier quart d’heure se conclut sur l’expédition « sauvetage et reconnaissance » sur une mystérieuse planète nommée LV-426. Ridley Scott démarre son long métrage avec une certaine douceur qui a tout de même un arrière goût de macabre. Tout est millimétré a cordeau pour une parfaite mise en abîme et pour mieux ainsi nous faire frissonner.

Le casting ?

Ridley Scott et la production ont su constituer une distribution cohérente en rapport avec la conception des personnages. L’expérience et le savoir-faire sont illustrés par Tom Skerritt (Dallas), John Hurt (Kane), Veronica Cartwright (Lambert), Ian Holm (Ash), Yaphet Kotto (Parker) et Harry Dean Stanton (Brett). Chacun livre une interprétation qui lui est propre et qui caractérise parfaitement le personnage qu’il incarne. Ce qui est aussi intelligent, c’est de la manière que les différentes prestations des acteurs viennent porter au plus haut celle réalisée par Sigourney Weaver.

L’actrice trouve ici son premier grand rôle au cinéma, celui du lieutenant Ellen Ripley. Il s’agit tout simplement du meilleur rôle dans la carrière de Weaver. Elle correspond parfaitement à cette femme forte, qui de part son grade n’aime pas que l’on discute ses ordres. Sa performance lui vaut la reconnaissance aux yeux du métier et du public. Elle est récompensée par de multiples récompenses à travers le monde, dont un BAFTA et un Saturn Award.

C’est là que l’on voit une grosse différence avec Alien : Covenant, la caractérisation des personnages et l’espace est donné aux acteurs pour qu’ils puissent réellement l’exprimer.

Et au final ça donne quoi ?

Alien, le huitième passager est proche de ses 40 ans et il n’a rien perdu de son impact. C’est souvent à ça que l’on reconnait la valeur d’un grand film, si le temps glisse ou le fragilise. Pour ce qui est de ce premier volet, il a conservé son côté spectaculaire, fascinant et frissonnant. La grande force de cette œuvre, c’est qu’elle respire une véritable cohérence artistique et une cohésion d’équipe.

Déjà au niveau de la mise en scène, Ridley Scott se montre maître de son sujet et de son cadre. Dés les premières images, on sent que sa vision est réglée au millimètre, rien n’est laissé au hasard et ce,  jusqu’au dernier plan du film. Tout d’abord, sa mise en place du huis clos est finement orchestrée et se révèle d’une redoutable efficacité. Il en découle une atmosphère oppressante et effrayante. Le suspens et l’horreur sont maniés avec intelligence, sans tomber dans la surenchère. Pour le coup, le spectateur plonge réellement dans un cauchemar spatial. Toute cette maestria ne serait rient, sans la richesse des décors, le travail minutieux sur les jeux d’ombres et de lumières. C’est de là, que le cadre du labyrinthe ténébreux tire toute sa force et Ridley Scott a su posé parfaitement son regard à l’intérieur. Il met en avant à la fois, les différents environnements mais aussi les personnages et la créature. Le montage et le son apportent eux aussi énormément à la sensation d’étau cauchemardesque qui se resserre progressivement aussi bien sur les personnages que sur le spectateur.

Un petit mot sur le travail est esthétique et visuel de H. R. Giger. Bien évidemment, la conception de la créature est aussi majestueuse que terrifiante. Un mélange sublimé par le regard de Ridley Scott. Le vaisseau abandonné sur la planète LV-426 souffle ce le premier vent horrifique au film et marque au fer rouge le spectateur.

A l’écriture, Dan O’Bannon, Walter Hill (non crédité) et Ronald Shusett ont chacun apporté quelque chose d’original et d’intelligent au script. Tout d’abord, on a un huis clos horrifique dans un vaisseau spatial naviguant dans l’espace. Une créature divine, fascinante et extrêmement flippante. Des personnages brillamment conçus, au point de devenir une véritable référence pour le genre. Le tout ficelé dans un complot aux attraits mythologiques avec une certaine ambiguïté concernant l’intelligence artificielle. Une cohérence et une ambition scénaristique comme on en voit peu. Une véritable réussite qui a souvent été imitée mais jamais égalée.

Autre grande force de ce chef d’oeuvre, c’est aussi la bande originale signée Jerry Goldsmith. Dés les premières notes, on est embarqué dans cette ambiance inquiétante qui provoque un suspens ravageur. Le compositeur américain signe l’un des plus beaux scores de sa carrière. On comprend que Ridley Scott a tenu a supervisé le travail du compositeur, à l’écran, la mise en scène en adéquation totale avec la musique.

Comme il a été dit ci-dessus, la grande réussite de ce film vient de l’intelligence et du professionnalisme de chaque membre de l’équipe. Le résultat est sans appel, Alien, le huitième passager est l’un des meilleurs film du genre et sans aucun doute l’œuvre la plus aboutie de Ridley Scott. Du grand spectacle pour du grand cinéma !

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