Après Séance : HHhH

Ce film n’avait pas attiré mon attention. Ne connaissant ni le titre (je fus même incapable de le donner à la guichetière), n’ayant ni lu un résumé, ni visionner une seule bande-annonce, je ne savais pas à quoi m’attendre lorsque je me suis installé dans la salle. Nous étions deux : l’une a aimé, l’autre reste plus dubitatif. L’individu dubitatif est celui qui va réaliser la critique du film. Pourquoi et en quoi cette adaptation cinématographique m’a laissé songeur ? C’est la question à laquelle j’essaierai de répondre à travers cette critique.

Quelques mots autour du film :

HHhH est une adaptation du roman du même nom écrit par Laurent Binet en 2010. Cette œuvre littéraire avait gagné le prix Goncourt l’année de sa publication et avait rencontré un bon accueil critique.

Que signifie HHhH ? Il s’agit de l’acronyme allemand de « Himmlers Hirn heisst Heydrich » (« le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich »).

En 2015, Cédric Jimenez (La French, Aux yeux de tous) décide d’adapter cinématographiquement le roman et le tourne en anglais.

Un petit mot sur l’histoire ?

Le film se divise en deux parties : une premier partie se consacre à la vie d’Heydrich et la seconde aux résistants tchécoslovaques et à l’opération Anthropoid. Le premier temps du film montre l’ascension d’Heydrich et nous plonge dans sa vie intime. Le second temps se focalise sur la préparation de l’attentat et sur son exécution mais également sur la figure des deux résistants.

Des morceaux de bravoure

Tout d’abord, j’ai trouvé quelques scènes particulièrement belles, réussies avec des plans lents accompagnés d’une bande-son appréciable. Je pense notamment à la première scène dans le jardin d’Heydrich ou à la scène finale dans l’église. La mise en scène se risque parfois à des scènes plus lentes et plus théâtrales et donne quelques touches de beauté au film mais ces essais de style restent marginaux : dommage.

Ensuite, la musique du film renforce la tonalité pathétique et/ou sérieuse et/ou grave du film. Guillaume Roussel nous a offert une bande originale de qualité. J’ai également apprécié le traitement des scènes de meurtres et de cruautés. Elles sont dures et réalistes (un soldat allemand vomit à cause de ce qu’il vient de commettre). On ne nous épargne rien.

Une distribution inégale :

Jason Clarke incarne avec brio Heydrich. Il réussit à être froid, sévère, intelligent et impassible. Sa prestance lui permet de faire d’Heydrich une personnalité respectée et crainte. Toutefois, peut-être que le comédien en a fait un être beaucoup trop antipathique et méchant au sens manichéen du terme (mais j’en reparlerai plus tard).

Rosamund Pike s’en sort plutôt bien dans le rôle de la femme d’Heydrich. Les personnages secondaires livrent également un bon jeu d’acteur.

Toutefois, c’est du côté de la résistance que l’on trouve les acteurs les moins marquants et les moins crédibles. Les deux protagonistes, Jan Kubis et Jozef Gabcik sont joués respectivement par Jack O’Connell et Jack Reynor. Alors qu’ils étaient les deux personnages auxquels il fallait s’attacher et d’où tout le pathos du film reposait, je n’ai rien ressenti pour eux et je ne m’y suis pas attaché. La faute à la mise en scène ? A l’écriture ? Ou bien aux acteurs ? On doit néanmoins avouer que leur jeu d’acteur les rend trop rapidement oubliable.

Où veut-on nous emmener ? Deux films en un.

C’est la question que nous nous sommes posés ma collègue et moi à plusieurs reprises dans le film, notamment lors de la transition entre Heydrich et les résistants. Je n’ai pas lu le roman de Binet, il m’est donc difficile de critiquer le scénario. Toutefois, le roman a dû être repensé pour devenir un film : par conséquent, le scénario doit être cinématographique.

Je ne connaissais ni le résumé du film, ni le contenu du roman et ne savais donc pas que nous passerions du côté des résistants à un moment. J’avoue avoir été déçu. Je pensais entrer davantage dans l’esprit d’Heydrich. J’ai eu plutôt l’impression qu’on nous l’a montré comme un monstre (et comme un nazi finalement plutôt traditionnel). J’aurais aimé qu’on entre davantage dans le cerveau d’Heydrich.

Le début du film faisait pourtant espérer : j’avais bien aimé le choix d’être du côté allemand et d’observer la montée du parti nazi et de ses idées. Le traitement était de plus assez neutre : on ne faisait pas d’Heydrich et de sa femme des nazis sans état d’âme et sans humanité. On peut notamment penser à des scènes dans lesquelles Heydrich joue avec ses enfants : le contraste entre ses cruautés et sa joie paternel permet de ne pas rentrer dans le simple manichéisme (c’est-à-dire les nazis sont les méchants et les autres les gentils). Toutefois, j’aurais aimé que l’on insiste plus sur le semblant d’humanité d’Heydrich, insister plus sur son intimité.

Quel dommage quand j’ai vu que l’on passait du côté des résistants ! Alors que l’on pouvait s’attendre à un film historique avec de la réflexion, avec la seconde partie, on a l’impression de tendre vers un film d’action-historique : les scènes dans l’église nous le montrent bien.

Au final, où Cédric Jimenez veut nous emmener ? J’ai eu le sentiment de voir deux films : un film se concentrant sur Heydrich et un autre sur l’opération visant à le tuer. Peut-être que le problème vient également du fait qu’à plusieurs reprises, le spectateur peut avoir l’impression d’assister à une énumération de faits sans qu’il y ait une réelle utilité pour l’intrigue.

Des longueurs et trop de pathos ?

Je ne me suis pas ennuyé : je n’ai pas regardé ma montre, ni regarder autour de moi. Néanmoins certaines scènes d’action m’ont paru longue. Ma collègue a également trouvé qu’il y avait bien quelques longueurs par-ci, par-là.

C’est un film qui veut nous émouvoir. Nous sommes sensés nous attacher aux protagonistes résistants. Le pathos n’a pas fonctionné pour moi. Je n’ai rien ressenti. Il manque quelque chose que je ne saurais expliquer. On pourrait reprocher au film de vouloir trop tirer sur l’émotion et être un « tire-larmes » et n’être pas aussi profond qu’il le laisse entendre.

En résumé, je ne peux dire si HHhH est une bonne adaptation du roman de Binet : je ne l’ai pas lu. En tant qu’œuvre cinématographique, je trouve le film inégal comme je l’ai démontré dans ma critique. Il ne m’a pas autant marqué que je l’aurais voulu. Mais peut-être que je m’attendais à autre chose…

Paul C. avec la collaboration d’Ana L.

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Monsieur R. dit :

    Effectivement, belle performance d’acteur pour Jason Clarke !

    J'aime

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