AVP : Alien vs. Predator (2004)

AvP : Alien vs. Predator est un film de science-fiction réalisé et co-écrit par Paul W. S. Anderson.

A la fin des années 1990, James Cameron (réalisateur-scénariste de Aliens, le retour) se met à développer un 5éme long métrage pour la saga Alien. Officieusement, il partage son nouveau projet avec Ridley Scott, réalisateur du premier film. Les deux cinéastes visent à raconter les origines des créatures en retournant  sur la petite planète LV-426 dans une approche de préquel à Alien, le huitième passager. Pendant ce temps là, la 20th Century Fox souhaite faire un crossover avec Alien et Predator. Suite à l’annonce de ce projet, James Cameron abandonne l’idée du préquel et estime que cela va « tuer la validité de la franchise […] Pour moi, c’est comme Frankenstein rencontre le loup-garou ». Il faut savoir que les deux franchises avaient été associés pour la première fois dans des comics publiés dès 1989 par Dark Horse Comics et qu’un crâne alien apparaissait en tant que trophée dans le vaisseau spatial Predator dans Predator 2 (1990).

Débuts 1990, un premier scénario est composé par Peter Briggs (Hellboy), qui s’inspire du premier tome des comics. Le projet a été mis dans un tiroir car Alien 3 était en cours de production et que la Fox pensait déjà à un quatrième volet. Quelques années plus tard, James DeMonaco (American Nightmare) et Kevin Fox (Négociateur) retravaille le scénario de Briggs, qui est finalement rejeté par le producteur John Davis, qui souhaite que l’intrigue se situe à présent sur Terre.

Le projet prend un nouveau souffle avec Paul W. S. Anderson, qui soumet une histoire et des concept arts au producteur. Ce dernier est tout de suite emballé et engage Anderson dans la foulée. A l’époque, le réalisateur est considéré comme l’un des réalisateurs de série B les plus rentables.

Le scénario reprend des idées de l’écrivain suisse Erich von Däniken, notamment sur la création de pyramides par des hommes assistés d’extraterrestres. Paul W. S. Anderson y ajoute le fait que la Terre est un lieu pour le rite de passage des Predators qui, tous les 100 ans, chassent les Aliens. Un arc intéressant et plutôt cohérent avec les deux premiers films Predator. Le réalisateur affirme vouloir rester dans la continuité des deux sagas pour éviter toutes contradictions. Il faut également souligner que Anderson s’est fait épauler par Dan O’Bannon et Ronald Shusett, qui les créateurs de la saga.

Côté casting, Lance Henriksen se montre le premier acteur intéressé par le projet. Il avait auparavant tenu le rôle de l’androïde Bishop dans Aliens, le retour et Alien 3. Il incarne ici le milliardaire Charles Bishop Weyland, cofondateur de la compagnie Weyland-Yutani, présente dans les films Alien. Selon le réalisateur, Weyland-Yutani aurait modelé le visage de l’androïde Bishop d’après le visage de Charles Bishop Weyland, 150 ans plus tard. Paul W. S. Anderson a révélé qu’Arnold Schwarzenegger avait proposé de reprendre le rôle de Dutch Schaeffer  pour un caméo à la fin du film. Finalement, l’acteur s’est désisté après avoir été élu Gouverneur de Californie.

Pourquoi j’ai voulu (re)voir ce film ?

Bizarrement, ce film n’a pas été une déception pour moi. Attention, c’est clair que n’est pas un grand film, mais il a quelques facettes intéressantes qui sont parfois effacées par les gros défauts. Je tenais à le revoir une fois pour souligner les bons côtés comme les mauvais et surtout vous montrer qu’il y avait un sérieux potentiel dans ce projet de réunir deux créatures aussi mythiques.

Un petit mot sur l’histoire ?

Une mystérieuse onde de chaleur, émanant du coeur de la banquise, se propage à travers l’Antarctique. Pour étudier ce phénomène, Charles Bishop Weyland finance une expédition scientifique pilotée par Alexa Woods. L’équipe découvre une pyramide renfermant des vestiges de civilisations aztèque, égyptienne et cambodgienne. Constituées d’un labyrinthe de « chambres », les issues se referment brutalement sur plusieurs membres de l’expédition.

Des Predators retiennent captive une reine Alien dont ils livrent les descendants aux jeunes Predators lors de rituels.

Les premières minutes ?

Paul W. S. Anderson ouvre son long métrage avec une scène qui se passe en 1904 dans un port baleinier de l’île Bouvet, en Antarctique. Un homme effrayé cherche à se cacher, il apparaît comme poursuivi par quelqu’un ou quelque chose. Très vite, on aperçoit un predator et un alien. Une introduction explicite, mais quelque peu expéditive. 

Ensuite, on fait un bon de 100 ans pour arriver en 2004 où une mystérieuse source de chaleur est localisée par des scientifiques de la Weyland sur la fameuse île Bouvet qui est inhabitée. Il est révélé qu’une pyramide est enfuie sous la banquise. Immédiatement, le PDG, Charles Weyland constitue une équipe de professionnels pour aller découvrir ce qui se cache dans cette pyramide. Le réalisateur balance les éléments sans prendre le temps de développer une atmosphère particulière, on va direct au fait sans prendre de gants. Pourtant, on sent déjà un véritable potentiel pour cette histoire. Il manque juste de la finesse sur la mise en scène, et on sait que quand il veut Anderson peut le faire. Ce démarrage rappelle quelque peu celui de Prometheus, ça craint quand même de rendre compte de ça.

Honnêtement, sur le papier c’est vraiment intéressant sauf que la mise en scène ne hisse pas cette histoire à autre chose qu’une série B (chose qu’avait réussi l’équipe d’Alien, le huitième passager). Ça crève déjà les yeux dans le premier quart d’heure, pourtant on reste tout de même accroché par l’histoire. Je repense au producteur John Davis, qui a été séduit par le travail d’Anderson en amont. Il a surtout été séduit par le fric qu’il pouvait engrangé avec un budget moyen pour un crossover aussi intriguant.

Le casting ?

Autant le souligner dés maintenant,  la direction d’acteurs de la part de Paul W. S. Anderson est minimale. Pour ceux qui ont déjà vu des autres films de la part de ce réalisateur, seuls les grands acteurs ou actrices arrivent à s’en sortir car ils apportent leur savoir-faire et leur expérience. Ici, on ne va pas se le cacher mais seul Lance Henriksen apporte un véritable relief à cette distribution, sous les traits de Charles Weyland. Dommage que le personnage ait été trop vite esquissé.

Dans la peau de l’héroïne, la production a misé sur Sanaa Lathan (Blade, Nip/Tuck) qui incarne une guide de renom experte en alpinisme en hautes montagnes. Un personnage qui aurait pu être très intéressant, sauf que Anderson ne lui apporte pas vraiment de profondeur psychologique, en plus d’un manque de poigne dans la direction de l’actrice. Celle-ci fait le job, ni plus ni moins, sauf qu’on en attend un peu plus. On est passé par Ripley sur quatre films, on n’a pas besoin de nous la réchauffer de cette manière. Honnêtement, Sanaa Lathan tenait un réel potentiel car elle avait déjà prouvé son talent de comédienne au théâtre et dans Love and Basketball de Gina Prince-Bythewood.

Colin Salmon (saga James Bond sous l’ère Brosnan) fait ce qu’il faut pour tenir son rôle d’assistant auprès de Weyland. Agathe de La Boulaye, Carsten Norgaard et Tommy Flanagan (Braveheart) font de piètres mercenaires. On est très loin de la bande à Dutch du premier Predator.

Comme pour l’héroïne, Raoul Bova et Ewen Bremner (Trainspotting) sont sous-utilisés. Là aussi, on sent un certain potentiel pour les personnages sauf que c’est bâclé.

En bref, sur la papier la distribution internationale inspire à quelque chose d’intéressant sauf que Anderson ne hisse pas son niveau de directeur et de scénariste.

Et au final ça donne quoi ?

Avant de juger totalement pour ce qu’il est, il faut se poser les bonnes questions. Est-ce que la Fox avait pour but d’être dans la lignée artistique de la saga Alien et Predator ? La réponse est clairement non ! L’objectif de ce film est tout simplement de réunir deux créatures emblématiques de la science-fiction au cinéma et d’en profiter pour empocher un maximum de bénéfices. Sur ce point, la Fox et Paul W. S. Anderson ont rempli le contrat.

Sauf que quand on est fan de la première heure des sagas Alien et Predator, on  s’attend à quelque chose de plus intéressant aussi bien du point de vue du scénario que de la mise en scène. La rencontre entre ces deux créatures était un véritable fantasme de cinéphile, et on souhaitait un film ambitieux et intelligent à l’image de leurs mythologies. Un tel projet aurait du revenir dans les mains d’un réalisateur en pleine ascension comme Alfonso Cuaron (Les Fils de l’homme) ou Fernando Meirelles (Blindness).

Malgré un rythme expéditif et la centralisation sur l’action, la mise en scène d’Anderson a tout de même quelques qualités. Certains plans et séquences sont sublimes, ce qui contraste évidemment avec tout le grossier propre au réalisateur. Par intermittences, le rythme apparaît être le bon, sauf que l’on retombe très vite dans la surenchère. On est plus face à un enchainement de clips, un fourretout comme ça été le cas pour la saga Resident Evil. Le réalisateur n’a aucune application concernant le temps, ce qui nous fait tomber dans l’overdose au bout de 40 minutes. Ce manque finesse décrédibilise au fur à mesure les personnages et l’histoire. On note aussi quelques incohérences, aussi bien à l’écran que sur le papier. Il est clair que ce film ne bénéficie pas d’une équipe complète et inventive. Ridley Scott et James Cameron sont les deux seuls à en avoir bénéficié et le résultat saute aux yeux. Le monteur, Alexander Berner (Cloud Atlas) suit la ligne directrice du cahier des charges, se focaliser sur l’action et rendre le film dynamique. Les décors de Richard Bridgland sont assez plaisants, notamment la conception de la pyramide et le port baleinier. La direction artistique est clairement à revoir, et ce malgré une équipe compétente ayant travaillé sur de grands films mais peu dans la SF et le fantastique. Un gâchis causé par la Fox mais aussi par Paul W. S. Anderson, qui décline encore aujourd’hui toute responsabilité sur ce film.

A présent, parlons un peu du scénario. Paul W. S. Anderson, Dan O’Bannon et Ronald Shusett arrivent dans l’ensemble à respecter la continuité des deux sagas. Mis à part quelques incohérences et un manque d’explications sur certains aspects concernant les Predators et la Reine Alien, l’histoire se tient plutôt bien. On aurait aimé avoir plus de finesse concernant les personnages et sur l’enrichissement de la mythologie. Mais honnêtement, le scénario n’est pas ce qui a de plus horrible dans ce film. L’idée d’entreposer l’action sur Terre était une bonne idée, tout comme le fait de mêler les différentes civilisations avec les deux créatures. Sauf que là aussi, ça manque d’une ou deux explications claires. Après on chipote peut être un peu trop, mais après tout quand on est fan des deux sagas, on a du mal à laisser passer les choses.

Au niveau de la bande originale, Harald Kloser (10 000, 2012) livre un score avec deux ou trois pistes qui sonnent assez bien dans le film. Le reste est un pseudo-réchauffé des BO appartenant aux précédents films ou bien du bruit qui tente de justifier l’action. Là encore, la Fox n’a pas dû le payer bien cher celui-là.

Justement en parlant pognon, sachez que le budget du film était de 60 millions de dollars (soit presque 3 fois celui de James Cameron pour Aliens, le retour). Il a rapporté près de 173 millions de dollars à travers le monde, ce qui a évidemment donné envie aux producteurs d’en faire une suite. Peut être qu’on en parlera bien assez tôt dans une autre critique.

Petites parenthèses, malgré son gros bazar, ce film me fait étrangement penser à Prometheus. Sa première partie fait un peu écho à celle de AvP. Peut être, suis-je le seul à penser ça…

En résumé, AvP : Alien vs. Predator est malheureusement une série B qui n’apporte rien de plus à la franchise. Pourtant, on sent le potentiel de cette confrontation sauf qu’elle a été entre de mauvaises mains. Sachez que même si une histoire à des apparences de série B, il est largement possible d’y insuffler de l’ambition, de l’originalité et de l’intelligence. Regardez Alien, le huitième passager.

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