Faux-Semblants (1988)

Faux-Semblants est un thriller horrifique américano-canadien co-écrit et réalisé par David Cronenberg.

Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

Cela fait un bout de temps que ce film m’attire, du Cronenberg à l’ancienne avec un double Jeremy Irons. Le pitch est alléchant et promet un thriller psychologique et frissonnant, dans la lignée de l’Échelle de Jacob ou Videodrome.

Un petit mot sur l’histoire ?

Beverly et Elliot Mantle, deux gynécologues réputés, sont des « vrais » jumeaux et partagent tout : leur appartement, leur clinique et les femmes. Lorsque Claire consulte Beverly, celui-ci tombe amoureux d’elle et refuse de la « partager ». C’est le début d’une descente vers la folie.

Les premières minutes ?

Les illustrations du générique pose déjà la thématique de la double naissance. On nous présente ensuite les deux frères Mantle (enfants) lors de quelques minutes. Ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau, portent les même habits et parlent un langage mature et scientifique. Ils apparaissent tous les deux comme différents des autres enfants leur âge, ce qui amène des difficultés dans la communication avec les autres. Les Mantle sont clairement refermés sur eux, ce qui porte à une relation toute particulière. On remarque que Cronenberg n’aborde jamais les parents des deux jumeaux dans le premier quart d’heure, peut être que cela viendra par la suite.

Après l’enfance, on découvre les Mantle étudiants en médecine. Ils affichent tous les deux un esprit avant-gardiste et ambitieux. Quelques années plus tard, ils deviennent partenaires et ouvrent un cabinet de gynécologie réservé aux femmes. Les différences entre les deux jumeaux commencent à se faire voir, notamment sur le caractère et la perversion. Le style de David  Cronenberg se fait tout doucement ressentir, de par son ambiance froide et le côté pervers qui anime les frères Mantle.

Le casting ?

Jeremy Irons nous gratifie d’une double interprétation transcendante. L’acteur dégage une telle justesse dans son jeu, qu’il incarne avec brio Beverly et Elliot Mantle. On distingue parfaitement les deux personnages, les deux facettes ont été composées méticuleusement aussi bien pour Cronenberg que pour Jeremy Irons.

Dans le rôle de Claire Niveau, Geneviève Bujold se montre énigmatique et déstabilisante, ce qui est en cohérence totale avec son personnage.

Le long métrage tourne principalement autour d’eux deux, euh… d’eux trois.

et au final ça donne quoi ?

David Cronenberg signe là un petit délice dont il a le secret. Un cocktail cinématographique propre au cinéaste canadien, où la perversion et l’étrangeté viennent flirter avec le fantastique et l’horreur. Après Dead Zone et La Mouche, Cronenberg confirme son envie d’explorer un peu plus la dramaturgie à travers le fantastique mais surtout par des personnages qui se révèlent avoir un don qui fini par les détruire. Faux-Semblants est de cette trempe là avec un côté plus torturé psychologiquement, qui vient sonné littéralement le spectateur.

La réalisation se porte avant-tout sur les intérieurs, cela apporte une sensation de clôture pour les protagonistes. Il en ressort une atmosphère à la fois froide et fiévreuse. David Cronenberg utilise l’horreur avec intelligence, en laissant d’abord travailler l’imagination du spectateur avant de lui donner une véritable image devant les yeux. On prend de plein fouet toutes les émotions déployées par Jeremy Irons et Genevive Bujold, le réalisateur a mis l’accent sur la douleur psychologique qui s’additionne aux névroses. Cette retranscription est parfaitement orchestrée et interprétée, ce qui aboutit à une mise en scène abyssale et angoissante.

Au niveau de l’écriture, David Cronenberg éclipse clairement son collègue Norman Snider. On retrouve les thématiques de prédilections du cinéaste comme l’amour, la tragédie, l’obsession ou encore la science. Le canadien pose des multi-facettes aux personnages et aux actes, ce qui amènent également de multiples interprétations. Là où Cronenberg se montre le plus minutieux, c’est au niveau de la relation entre les personnages et la fragilité de chacun. Il s’agit là de son maillon fort et cela tourne principalement autour de cette instabilité.  Il en profite pour torturer les personnages et faire naître chez le spectateur un dérangement ainsi que de la peine. Au delà de l’étrange et de la malsanité du propos, le cinéaste arrive à provoquer un bouleversement quelque peu inattendu.

Howard Shore compose un score qui porte plus sur la mélancolie qui enveloppe les personnages. Sa musique intensifie l’aspect dramaturgique du long métrage. C’est que l’on voit réellement le travail du compositeur chez Cronenberg, à chaque fois c’est totalement différent.

En résumé, Faux-Semblants figure comme l’un des meilleurs films du cinéaste. Une déchirure des âmes aussi bien dérangeante que bouleversante. Jeremy Irons est grandiose !

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