Lego Batman, le film (2017)

Qui ne connaît pas le justicier masqué de Gotham connu sous le nom de Batman ? Ce héros aux soixante dix-huit printemps est devenu une figure emblématique de la culture populaire. Batman est d’ailleurs souvent le préféré parmi tous ces super-héros et justiciers qui envahissent nos écrans. L’idée de faire un film Lego Batman semblait curieux : comment un personnage aussi sérieux et adulte que le torturé Batman pouvait faire l’objet d’une adaptation destinée à un public enfantin ? Toutefois, La Grande aventure Lego, le précédent film Lego, avait déjà choisi de mettre en scène l’homme chauve-souris et son traitement avait satisfait bon nombre de spectateurs.

Chris McKay aux commandes, le film est sorti le 1 février 2017 dans nos salles obscures. Alors : bon film ou mauvais film ? La réponse n’est pas si évidente, du moins si on étudie de plus près ce long-métrage.

Les enjeux abordés dans le film

« Batman peut-il être heureux tout en étant un héros ? » Cette question est apparemment le point de départ de la création du long-métrage. Les apparences font que l’on croit voir un Batman comme un héros surhumain, à la limite du divin dont les tracas sentimentaux et humains ne paraissent pas toucher. Il parvient à déjouer les plans du Joker en désactivant à la dernière seconde la bombe, il sauve comme d’habitude Gotham et est acclamé par tous (« je te préfère à mes enfants » s’exclame même un homme dans la foule) : le schéma classique d’une aventure super-héroïque comme on peut en voir dans les dessins-animés ou dans certains films Marvel. Cependant, lorsqu’il ne joue pas les héros, Batman mène une vie solitaire dans sa bat-cave. On pourrait penser que par sa nature égocentrique (il aime être aimé), il préfère ne s’occuper que de lui et ne s’intéresser à personne mais Batman reste avant-tout un humain et reste Bruce Wayne, un milliardaire hanté par la perte de ses parents. Un être fragile qui a peur de la perte de ses proches.

Condamné à être malheureux, il s’oblige à être seul et à ne pas s’attacher, par peur de voir mourir ou disparaître ses proches. La présence involontaire du jeune Richard Grayson au sein du manoir Wayne et l’acharnement d’Alfred vont permettre à Batman d’accorder sa confiance à ses proches et à être heureux. Mais la rédemption n’a véritablement commencé qu’à partir de la scène où Phyllis, la brique parlante de la Zone fantôme, a mis Batman devant ses faits et gestes les plus discutables et égocentriques. Le premier mot du film est « noir » : et l’un des derniers est « blanc » : le cheminement vers le bonheur a été difficile mais finalement Batman est parvenu à être heureux, grâce à sa nouvelle famille et à la confiance qu’il lui accorde.

Comment cette quête du bonheur a t-elle été possible ? La citation de la chanson « The man in the mirror » de Michael Jackson apparaît au début du long-métrage : « If you want to make the world a better place, / Take a look at yourself and make a change. / Hooo » (« si tu veux faire de ce monde un monde meilleur, regarde toi toi-même et change ») et nous donne la réponse : en changeant son comportement (égocentrisme, peur de la perte –> confiance accordée à autrui, ouverture à l’Autre), Batman a su trouver le bonheur. Lego Batman est donc original par son enjeu : rendre Batman heureux et entouré et le faire réfléchir sur lui-même. Toutefois la morale n’a pas beaucoup de portée : le jeune spectateur (parce que le film est avant-tout destiné à l’enfant) ne sort pas de la salle avec le sentiment d’avoir été édifié. Peut-être aurait-il fallu plus mettre en avant cette morale enfantine ? Sacré dilemme car le film n’aurait peut-être pas aussi plu aux adultes.

Le thème de la famille est au centre de ce film : Alfred est le père adoptif de Bruce et Bruce est le père adoptif de Dick. Lorsque Bruce se rend au gala organisé en l’honneur du départ du commissaire Gordon, on surprend Alfred lire un manuel sur l’éducation des enfants turbulents : signe que Batman est un vrai adolescent turbulent plus qu’un sage justicier. Au début du film, Bruce ne veut pas faire d’Alfred sa figure paternelle et ne souhaite pas que Dick le prenne pour son père : à la fin du film c’est tout le contraire. Sur ce point-là encore, Batman/Bruce a changé.

L’esprit batman est présent !

Ce film a été créé par des amoureux de l’univers de Batman et de la culture populaire audiovisuelle.

L’équipe du film connaît l’univers de Batman : les références s’enchaînent et en tant qu’admirateur du justicier, on prend plaisir à les trouver et à en rire. Outre les références directes aux précédents adaptations cinématographiques comme dans la scène dans laquelle Alfred énumère les années des sorties films du chevalier noir (: Batman vs Superman 2016, The Dark Knight Rises 2012, The Dark Knight 2008, Batman Begins 2005, Batman et Robin 1997, Batman Forever 1995, Batman Returns 1992, Batman 1989, Batman de 1966), il faut parfois être connaisseur pour comprendre certaines blagues. Le film verse dans l’absurde, nous ne trouvons donc pas si étranges que Bruce soit « célibataire depuis 90 ans » et que la nouvelle commissaire Barbara Gordon explique que Batman se bat contre la criminalité depuis très longtemps (en montrant une image du Batman des années 40 transformée en legos).

Le Batman des années 60 est tourné en ridicule et/ou est évoqué à de nombreuses reprises à travers l’apparition du spray anti-requin que Dick trouve dans la batcave et qui trouve finalement son utilité face au requin des Dents de la mer à la fin du film mais aussi plus subtilement avec la présence du personnage O’Hara qu’ils ont choisi de féminiser (O’Hara secondait le commissaire Gordon dans la série des 60’s). Nous pouvons noter également le klaxon de la Batmobile qui joue le générique de la série, la transition musicale dans la batcave ou encore les onomatopées colorées et en majuscule lors du combat final (« que les impacts vont se matérialiser en bulles de texte » s’exclame Batman).

L’équipe du film a réussi à utiliser la relation Batman – Joker très habillement. Comme nous l’avons souligné précédemment, Batman a du mal à dévoiler ses sentiments et se montre sans cœur avec tous ses proches, et y compris son nemesis de toujours : le Joker. A plusieurs reprises dans les comics mais également dans les deux premiers jeux-vidéos réussis de la saga Batman Arkham, on se met à réfléchir sur les liens qui unissent le chevalier noir et son adversaire : les deux semblent être forcés de s’affronter jusqu’à la fin des temps. Le Joker a besoin de Batman pour jouer : « mais je ne peux pas te regarder mourir sans rien faire, c’est égoïste mais on a besoin l’un de l’autre. La vie serait ennuyeuse sans toi. A qui je parlerai ? Qui me comprendrait vraiment ? » avoue le prince clown du crime dans Batman Arkham City. Le criminel est jusqu’à aller prétendre que Batman s’ennuierait sans lui. Faire de la relation du Joker – Batman une sorte d’intrigue amoureuse, passionnelle est une très bonne idée. « Je te hais Batman », « je te hais plus encore, Joker » : on ne peut que sourire, voire rire lorsque les deux personnages prononcent ces paroles. Dans ce film, le Joker veut que Batman dise qu’il est son pire ennemi et qu’il le hait : ce que Batman ne veut pas avouer car il ne dévoile jamais ses sentiments. Ce traitement est donc original et renforce le ton humoristique du long-métrage animé. On se raille de l’univers de Batman mais toujours gentiment.

Comme nous le soulignions précédemment, le film ne cesse de faire références à l’univers de Batman et à toutes ses adaptations. Mais respecte t-il entièrement l’esprit de Batman pour autant ? Oui. L’équipe du film a définitivement compris l’univers de Batman et l’a globalement respecté. On sent un amour sincère pour le chevalier noir et son univers. En revanche, petit grincement de dents concernant la romance entre Bruce et Barbara qui paraît être à la mode en ce moment … Il y a assez de femmes dans la vie de Bruce Wayne, pas la peine d’ajouter Barbara Gordon (beaucoup plus jeune dans les comics) !

Défauts graves ou bénins? Telle est la question.

« On voulait donner l’impression qu’un Michael Bay de onze ans et qu’un Henry Selick de onze ans avaient fait le film d’action le plus fou et le plus artistique. » L’équipe du film est parti de ce postulat. Tout est donc possible car c’est un enfant qui joue. « On peut verser dans l’absurde » sans que ça vire au grand n’importe quoi explique le réalisateur. Se cacher derrière l’imagination d’un enfant est une excuse valable ? Chacun a sa réponse. Pour nous, ce fait n’a pas nui à l’histoire en général. Le film n’est pas parti dans l’excessif. Bien évidemment, certaines scènes et détails peuvent titiller les adultes. Mais le film reste sage. Après mêler Batman et d’autres univers de la culture populaire est un choix sur lequel chaque spectateur peut discuter et ce choix nous amène à un autre problème : la compréhension.

En effet, le film part du principe que les spectateurs ont une culture populaire suffisante pour connaître Voldemort, Jurassic Park, Godzilla (on a vraiment du mal à le reconnaître), l’univers de Batman … Mais si un spectateur ne possède pas cette culture : est-ce la peine qu’il regarde le film ? La réponse oscille entre le oui et le non. Si le spectateur est entièrement étranger à cette culture, il rigolera à plusieurs reprises dans le film à cause du ridicule et du grotesque de certaines situations mais n’aura pas les connaissances requises pour rire de certaines blagues. Si le spectateur connaît de loin la culture populaire mais surtout le Batmanverse, il rigolera davantage. Voilà tout le problème du film : il a été réalisé pour des fans de la culture populaire et du Batman. Alors bien sûr, on pourra rétorquer que certains néophytes ou non-connaisseurs auront adoré le film : je suis allé le voir au cinéma avec une personne qui n’y connaissait rien et qui a apprécié le film. Mais je trouve qu’un spectateur non-connaisseur peut connaître une vraie frustration lors du visionnage du film. Alors défaut majeur ? A vous de voir.

Autre petit défaut : on voit la volonté de vendre. Le film se transforme alors en produit marketing pour vendre des jouets ? Heureusement non mais on sent l’envie de vendre derrière.

Nous ne parlerons pas du choix du casting français et des voix : ce sujet a été exploré par nombre de critiques. De plus, nous n’avons regardé le film qu’en version originale sous-titrée : n’ayant pu visionner le film en français plus de dix minutes.

En définitive, Lego Batman est le film idéal pour tous les admirateurs du chevalier noir et de la culture populaire. Vous passerez un bon moment et vous oublierez même parfois qu’il s’agit en fait de legos. Toutefois, ce long-métrage n’est pas aussi profond que son prédécesseur et n’est là que pour le divertissement. Si vous n’êtes pas connaisseur de l’univers de Batman et de la culture populaire télévisuelle et cinématographique de la fin du Xxe siècle, demandez l’avis à ceux qui ont déjà regardé le film : vous pourriez vous amuser ou vous ennuyer.

Paul C.

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