Le Lauréat, actes, silence et conséquences selon Mike Nichols

Le Lauréat est une comédie dramatique américaine réalisée par Mike Nichols.

Il s’agit de l’adaptation du roman éponyme de Charles Webb paru en 1963, qui a valu à l’écrivain une véritable reconnaissance internationale. Il d’ailleurs souvent souligné que le l’histoire de Benjamin Braddock était autobiographique.

Gros chantier dans la distribution :

Avant de confier le rôle de Benjamin Braddock à Dustin Hoffman, la production voulait engagé Robert Redford. Dans le roman, le personnage apparaît comme un jeune homme beau, blond et athlétique. L’acteur décline la proposition pour pouvoir jouer à Broadway dans la pièce de Neil Simon Barefoot in the park. C’est alors que Mike Nichols auditionne Dustin Hoffman, qui est à l’opposé du personnage dans le roman. Son essai est concluant et il obtient à ce moment là son premier grand rôle au cinéma.

Son ami, Gene Hackman (avec qui il partageait le même appartement à l’époque) est lui aussi engagé pour le rôle de Mr Robinson. Après une semaine de répétitions, Mike Nichols décide finalement de le renvoyer. Le réalisateur n’était pas convaincu par le couple qu’il jouait avec Anne Bancroft, notamment à cause de l’âge de l’acteur.

Le rôle de Mrs Robinson a été proposé à deux grandes actrice françaises, à savoir Simone Signoret et Jeanne Moreau. Elles ont toutes les deux refusé car elles n’appréciaient pas vraiment le personnage. Quelques années plus tard, Jeanne Moreau a avoué qu’elle aurait dû accepter le rôle de Mrs Robinson. On ne doute pas qu’elle aurait été parfaite, mais il faut bien avouer que Anne Bancroft colle parfaitement au personnage à l’écran.

D’autres grands noms du cinéma ont été pressentis comme Yul Brynner, Kirk Douglas, Jack Lemmon ou encore Robert Mitchum pour le rôle de Mr Braddock.

Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

Comme je le dis souvent, il n’est jamais trop tard pour découvrir des grands classiques. Aujourd’hui, c’est au tour d’un incontournable du cinéma américain des années 1960, considéré comme le premier grand film du Nouvel Hollywood. C’est l’occasion également, de découvrir le film qui a révélé Dustin Hoffman aux yeux du grand public.

Un petit mot sur l’histoire ?

Benjamin Braddock, un étudiant fraîchement diplômé, ne sait pas quoi faire de son avenir. Lors d’une soirée mondaine chez ses parents où il vagabonde, il fait la connaissance de Mrs Robinson, l’épouse du patron de son père. La femme, d’âge mûr, entreprend de séduire le garçon et y parvient très rapidement.

Benjamin découvre les joies du sexe et profite de la situation du haut de ses 21 ans. Mais les choses se compliquent lorsque Monsieur Robinson demande à Benjamin de sortir avec Elaine, sa fille. Le jeune homme accepte et en tombe amoureux, s’attirant par la même occasion les foudres de Mrs Robinson. Cette dernière, folle de jalousie, décide d’empêcher leur union en proposant sa fille en mariage à un autre homme.

Les premières minutes ?

L’intro générique laisse parler les images et la musique de Simon & Garfunkel. On y voit un jeune homme droit et pensif, se laissant porter par un tapis roulant à l’aéroport. Mike Nichols nous montre déjà un personnage soucieux, voir même en dehors du temps qui passe. La scène suivant confirme, quant on voit Benjamin posé sur le canapé et qui dit à son père qu’il ne sait pas ce qui va faire à présent. Il sort diplômé d’Harvard et pourtant, il ne voit rien à l’horizon.

La séquence de la petite fête organisée pour son retour parmi les siens, est tout simplement géniale et explicite. Mike Nichols s’approche de certains codes du cinéma d’horreur pour nous montrer l’oppression que subit Benjamin lorsqu’il descend les escaliers. La camera adopte le point de vue du personnage en cherchant une échappatoire face aux mains qui viennent l’agripper et aux regards ds convives. Même si il se fait discret, on remarque tout de même celui d’une femme mûre, des yeux de prédatrice qui se porte sur une proie. Je parle évidemment de la fameuse Mrs Robinson.

Cette dernière passe à l’attaque dans la scène suivante. Elle rejoint un Benjamin éreinté dans sa chambre. La femme s’impose et veut dominer son sujet, sauf que le jeune homme arrive à être imperméable dans un premier temps. Il cède ensuite aux demandes de la dame, et la reconduit chez elle. Cette scène nous montre que Mrs Robinson sait ce qu’elle veut, elle provoque, joue la carte de la séduction et n’aime pas être contredite.

Comme le laissait entendre l’attitude des parents de Ben et des invités, le jeune homme apparait comme une marionnette à qui on dicte les choses à faire. Ce sentiment se renforce encore plus lorsque Benjamin ramène Mrs Robinson chez elle. Il est clair que la soirée est riche en émotions pour le jeune diplômé et que c’est loin d’être terminé.

Mrs Robinson se montre particulièrement retord pour retourner la situation en sa faveur pour parvenir à ses fins. Une manipulatrice ? Oh que oui ! Et Benjamin Braddock semble est tombé dans ses filets malgré lui.

Il est rare que je sois aussi bavard sur les vingt premières minutes d’un film, mais pour celui-ci, il y avait vraiment de quoi dire. Je comprends déjà pourquoi ce film est une référence du genre.

Le casting ?

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, Dustin Hoffman livre une interprétation époustouflante. Une éclosion incroyable que l’on pourrait comparer avec celle d’Al Pacino quelques années plus tard. Dustin Hoffman a véritablement cristallisé un personnage à travers une composition étincelante et inspirée. Pour info, sachez que c’est Partrick Dewaere qui double Dustin Hoffman dans la version française.

Sa partenaire, Anne Bancroft est tout aussi transcendante en couguar manipulatrice prête à tout pour conserver Benjamin, qui se révèle par la suite redoutable. L’actrice livre une performance confondante, c’est tout aussi puissant que son partenaire. C’est là que le film tire l’une de ses nombreuses forces, ce duo est absolument parfait !

Katharine Ross apporte merveilleusement la lumière au milieu de la relation entre sa mère et Benjamin. Elle est sublime et amène subtilement l’oxygène à Benjamin, cela se ressent exactement dans le jeu de Dustin Hoffman.

William Daniels, Murray Hamilton et Elizabeth Wison jouent comme il faut autour du triangle amoureux.

Et au final ça donne quoi ?

Quelle claque ! Cette merveille cinématographique a 50 ans, elle n’a rien perdu de sa force et de son éclat. Je ne m’attendais pas à une œuvre aussi puissante, fascinante, et intelligente. Mike Nichols en tout simplement au sommet de son art, tout comme Buck Henry au scénario. Il y a dans Le Lauréat tout ce que j’aime au cinéma, voila comment je peux résumer ce long métrage.

Derrière la caméra, Mike Nichols est un véritable virtuose en travaillant toute en nuances sur le déplacement, le fixe et surtout il en découle une vision sur le cinéma hollywoodien mais sur aussi l’époque que l’Amérique traverse. Chaque plan est millimétré et a un message clair et précis, comme vous avez pu le constater ci-dessus dans les premières minutes. Le cinéaste a pensé son film de la première à la dernière seconde. Le montage et les transitions nous le prouvent amplement. Une maitrise totale qui m’a littéralement ébloui.

Sur le fond, c’est tout aussi fascinant. La conception des personnages est orchestrée avec intelligence, sur des thématiques intemporelles comme le post-études, la recherche d’un but à atteindre, le sexe, la solitude ou encore l’éphébophilie. Il est évident que cette histoire conserve toute sa résonance, et ce même après cinquante ans d’existence. Ce qui est très intéressant, c’est la manière dont sont traités les actes, les conséquences et le jugement. Là encore, ça respire aussi bien l’intelligence que la réalité. A l’image de la réalisation de Mike Nichols, on est sur une histoire avant-gardiste. Le Lauréat est à la fois en avance sur son temps, tout en étant arrivé au bon moment. Malheureusement, le cinéma d’aujourd’hui s’inspire trop peu de cette audace à réellement bousculer les codes. C’est pour cela que je souligne souvent le courage de certains cinéastes comme Gaspar Noé ou Maïwenn.

Revenons à notre film et parlons à présent de la bande originale de Simon & Garfunkel, qui fait partie intégrante de la réussite et la beauté du long métrage. Mike Nichols utilise parfaitement les compositions du célèbre duo folk rock. Il laisse la place à la musique pour qu’elle parle d’elle même, qu’elle commente en quelque sorte les images, et c’est ce qu’on attend d’une bande originale. Un plaisir pour les oreilles qui s’allie avec celui des yeux. On assiste à une véritable communion artistique.

En résumé, Le Lauréat est une révélation ! Un chef d’oeuvre à tous les niveaux qui m’a littéralement scotché à mon siège. Dustin Hoffman et Anne Bancroft sont tout simplement magistraux et inoubliables. Du cinéma avec un grand A !

Et je dédicace cette critique à Karine,  pour qui Le Lauréat symbolise énormément de choses.

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Une critique qui donne envie 🙂

    Aimé par 1 personne

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