Easy Rider, l’Amérique, la liberté et ses mirages

Easy Rider est road movie dramatique américain co-écrit et réalisé par Dennis Hopper.

Quand le Nouvel Hollywood prend son envol :

A la fin des années 1960, le cinéma américain se voit entrer dans une nouvelle ère avec notamment deux films cultes, qui sont Le Lauréat et Bonnie & Clyde. La force de ce nouveau cinéma provient de la Nouvelle Vague française et du néoréalisme italien. Une fusion de codes qui conduit le cinéma hollywoodien à s’offrir un nouveau souffle. Easy Rider est devenu le symbole de ce courant, qui a pour nom : le Nouvel Hollywood.

Le long métrage de Dennis Hopper est répertorié par le National Film Registry en 1998 pour son apport significatif au cinéma américain et à la culture des États-Unis.

Pourquoi j’ai voulu (re)voir ce film ?

Easy Rider fait partie des films qu’il faut digérer et revoir en espaçant les années. Je l’ai vu pour la première fois à l’âge de quatorze ans et je l’avais trouvé lent et décousu. Quelques années plus tard, j’ai souhaité lui donner une deuxième chance histoire de favoriser un nouveau regard sur ce grand classique du cinéma. Il apparait intéressant de voir aujourd’hui mon regard sur les messages qu’on transmis Dennis Hopper et Peter Fonda avec ce film.

Un petit mot sur l’histoire ?

Easy Rider raconte le voyage de deux jeunes motards, Wyatt et Billy, qui, après avoir vendu une grosse quantité de drogue, décident de quitter Los Angeles et d’aller participer à la célébration du carnaval de La Nouvelle-Orléans avec l’argent gagné. Durant leur traversée des États-Unis sur leurs choppers, les protagonistes rencontrent et découvrent le mode de vie d’une communauté hippie. Accusés à tort de participer illégalement à un défilé, ils sont jetés en prison. Là ils sympathisent avec George Hanson, un avocat défenseur des droits civiques qui se joint à eux pour la suite du périple. Les trois compères se confrontent à l’Amérique profonde, raciste et conservatrice, qui refuse l’évolution des années 1960.

Les premières minutes ?

Comment financer une aventure ? L’ouverture nous donne une réponse cinglante,  elle  nous pose sur tarmac de l’aéroport où se déroule un deal entre la French Connection et deux jeunes américains. Dennis Hooper montre déjà clairement ses intentions avec son long métrage, être un maximum en adéquation avec la réalité de l’Amérique de l’époque. Il donne également une importance sur le son, les dialogues sont minimes.

Le jet de la montre de Wyatt et l’intro générique donne le top départ pour du road movie, et donc du Nouvel Hollywood. Born to be wild de Steppenwolf accompagne parfaitement le début d’aventure des deux amis, et donne réellement envie au spectateur d’y participer. En route !

Le casting ?

Quel trio ! Dennis Hopper, Peter Fonda et Jack Nicholson compose un triangle parfait d’inadaptés à la société. A eux trois, ils réalisent une performance collective qui dépeint intelligemment le refus du formatage sociétal qu’on leur impose.

Les trois acteurs imposent un naturel confondant dans leurs interprétations d’où le fait qu’il y ait quelques scènes improvisées. On les sent vivre cette aventure jusque dans les bottes, ce qui donne une dimension toute particulière au long métrage et aux messages qu’il souhaite passer.

A noter la présence du producteur américain Phil Spector sous les traits de Connection. Il est marrant de voir Luke Askew, un ancien militaire de l’US Air Force dans la peau d’un chef de la communauté hippie. Un jolie pied de nez de l’acteur, qui s’est remarqué à travers ce rôle.

Et au final ça donne quoi ?

Comme quoi il faut un peu d’expérience et de maturité pour saisir toutes les facettes d’un grand film comme Easy Rider. Certains films demandent plus de temps pour pouvoir les comprendre dans leur intégralité, c’est pourquoi il faut savoir leur donner une seconde chance en espaçant les années. La culture cinématographique est perfectible et notre vision de voir et comprendre un film aussi. Bon je l’avoue, parfois il est difficile de donner une autre chance à un film qui apparait comme un simple produit, ce qui aujourd’hui est assez fréquent.

Revenons à Easy Rider, une œuvre qui capte une époque où la société américaine n’a pas de place pour le vivre ensemble. La différence est une tare, ce qui nous renvoie aussi à la société d’aujourd’hui. On s’occupe toujours des autres, sans se regarder soit-même. Les préjugés, les amalgames et les rumeurs peuvent entrainer la peur et des actes abominables. C’est un peu tout ça que Dennis Hopper veut nous montrer à travers son long métrage en y centralisant quelques questions importantes : Y a t-il la place pour être libre ? Qu’est ce que la liberté ? A travers une vision marginale, il est mis sur la table l’Homme, sa société et ses codes.

La mise en scène nous offre des plans magnifiques de l’Amérique et de sa nature indomptée. La ville est transposée comme un huis clos, avec la prison et le snack. La liberté se trouve sur la route cheveux au vent où autour d’un feu de camp, c’est ce que Dennis Hopper laisse apparaitre au départ. Il transforme ces moments de planitudes en véritables cauchemars, ce qui affecte les protagonistes que le spectateur. Le montage est très sec et son effet se fait de plus en plus retentissant au fil des minutes.

Au niveau de l’écriture, Dennis Hopper et Peter Fonda ont orchestré un voyage initiatique où s’entrechoque les cultures et les manières de vivre. Une vision sans concession sur le faux-rêve américain. La conception des personnages est l’une des grandes forces du script, avec notamment l’avocat George Hanson (Jack Nicholson) qui se joint aux deux motards sur la route de la « liberté ». Comme quoi même un homme à la situation confortable ne se sent pas totalement libre, et exprime le besoin d’aventure, le besoin de quitter la société qui l’a conduit dans l’alcool. Les dialogues ne sont pas nombreux, mais chaque phrase à du sens et résonne jusqu’à la dernière seconde du film.

La bande originale commente parfaitement les images et le propos du film. De Steppenwolf à The Holy Modal Rounders en passant par Jimi Hendrix, on est littéralement transporté. Une époque saisit avec les yeux et les oreilles, cela a évidemment un impact sur le spectateur.

En résumé, Easy Rider séduit, secoue et pousse à la réflexion. Dennis Hopper signe une œuvre forte et intemporelle.

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