Après Séance : Justice League

 

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Il y a quelques années, Justice League aurait suscité chez moi une excitation des plus incontrôlables. Retrouver l’équipe de super-héros de l’écurie DC, non plus sous format papier et sous format animé mais sur grand écran, avec des acteurs en chair et os peut toujours être alléchant. Toutefois, ces dernières années ont vu défiler trop de films super-héros lambdas mais surtout elles ont vu sortir sous nos yeux médusés d’incompréhension deux films prometteurs gâchés par des impératifs de studio (Man of Steel, Batman v Superman), un film honteux et vide (Suicid Squad) et un film, faisant certes la part belle à l’héroïne la plus célèbre de l’univers super-héroïque, mais ne risquant rien d’original (Wonder Woman). De plus, il faut le reconnaître, ces derniers mois n’ont pas été tendres avec le prochain film du DC Universe. On en venait déjà à critiquer un film avant sa sortie. Ajouté à cela, les bandes-annonces misaient sur le spectaculaire et l’action, mais aussi et surtout sur l’humour. Aussi pouvez-vous comprendre que c’était sans grand enthousiasme que j’allais à la rencontre de nos héros au cinéma. Que pensez de ce film ? Quelle approche prendre ?

Quelques mots du film

Justice League, réalisé par Zack Snyder mais scénarisé par Joss Whedon et Chris Terrio, raconte le rassemblement de plusieurs méta-humains autour du riche Bruce Wayne/Batman dans le but de contrer une menace extra-terrestre. Malheureusement, leur force ne leur permet pas de rivaliser avec celle de Steppenwolf, un alien originaire d’une lointaine planète. Seul Superman, récemment décédé au cours de son affrontement contre Doomsday, serait en mesure de le vaincre.

Notre avis sur le film en quelques lignes et sans spoilers

Si vous n’êtes pas contre un film popcorn qui se laisse regarder comme les deux premiers Transformers de Michael Bay, vous ne vous ennuierez pas, ne serait-ce que par la courte durée du long-métrage. Il est impossible de ne pas le comparer avec Avengers : et il faut avouer que la qualité du film de la Distinguée Concurrence reste inférieure à celle de l’équipe super-héroïque de Marvel. Sur grand écran, on a appris à connaître petit à petit les super-héros marvelliens : ce n’est pas le cas des héros de DC.

Si vous attendez une suite des précédents films du DC Universe, gardant un ton plus adulte, vous risquez d’être déçus. Le ton est plus léger et contraste trop avec les longs-métrages précédents. Ne cherchez pas la belle scène, de combat ou d’ambiance, accompagnée de la musique bad-ass d’Hans Zimmer : vous n’aurez le droit ici qu’à une suite de scènes et de combats sans profondeur mais qui rejoint finalement la lignée des différents films super-héroïques du cinéma. On ne prend pas le temps dans ce film : on est finalement comme Flash, on coure d’une séquence à l’autre sans avoir le temps de bien regarder et surtout de bien comprendre.

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[Partie Spoilers]

Un film excessivement expéditif

Les précédents films nous avaient habitués à nous poser un peu plus. Nous avions le droit à des scènes un peu plus contemplatives, à des longues séquences de dialogues … Ici on mise tout sur la vitesse et le spectaculaire.
Cent-vingt minutes … en comptant le générique de fin. Peut-être est-ce là le problème majeur du long-métrage : sa durée. Difficile d’en raconter beaucoup en si peu de temps.

Par conséquent, le scénario en pâtit. Il est tout d’abord on-ne-peut-plus classique : une menace planétaire à affronter nécessitant un rassemblant de héros qui n’ont jamais fait équipe. Sauf que faire le choix d’un scénario classique, c’est aussi décider d’approfondir les personnages afin que les spectateurs y trouvent de l’originalité, du neuf et ne s’aperçoivent pas du manque d’audace de l’intrigue. Malheureusement, la durée du film y pousse, difficile d’en raconter beaucoup sur beaucoup de personnages que nous n’avons jamais croisé précédemment : Flash, Aquaman, Cyborg, Steppenwolf … Difficile d’approfondir des personnages déjà connus mais qui auraient mérité plus d’étoffement, je pense notamment à Batman. Chaque personnage, manquant de profondeur, peut faire superficiel, voire même trop superficiel pour un spectateur lambda. Amateur de comics de la Distinguée Concurrence, je connais l’histoire d’Aquaman ou encore de Flash, j’ai compris les sous-entendus de certaines scènes et ce que l’on nous laisse envisager pour la suite. Mais un spectateur néophyte : comment comprend-il nos héros ? Comment peut-il s’y attacher, lui qui n’a jamais appris à les connaître ? Un film rassemblant la ligue des justiciers mais se concentrant uniquement sur Cyborg aurait été plus judicieux car il est finalement lié à l’antagoniste et à l’objet de la quête. Il aurait fallu auparavant, dans des films précédents, s’intéresser au personnage d’Aquaman et de Flash.

Les protagonistes du film : entre attentes et superficialité

J’avais peur du traitement du personnage d’Aquaman. Demeurant un de mes super-héros préférés, effrayé par ce que proposait Jason Momoa dans les bandes-annonces, je m’attendais à un colosse ridicule sans esprit (comme un certain Drax). Finalement, il n’est pas aussi pauvre scénaristiquement que je ne le pensais : il mérite un approfondissement. A préciser qu’il est quand même tourné en ridicule un peu trop souvent et qu’il ressemble à l’archétype du héros arrogant mais drôle. Toutefois, une scène à Atlantis avec la belle Mera (la seule interlocutrice atlante d’Arthur) nous rassure en partie sur le respect de ses origines : toujours fils de la reine atlante et d’un simple humain (comme il le fait sous-entendre en s’exclamant « j’hésite toujours entre la mer et la terre »), il est l’héritier du trône d’Atlantis. Aucune mention faite à son demi-frère Ocean Master mais il nous tarde de les voir s’affronter dans un film Aquaman. Le fan s’exprime dans ces lignes.
Le personnage de Flash remplit la traditionnelle fonction du boulet, gimmick pour divertir et faire rire le spectateur. Il est véritablement le seul à susciter le sourire à chacune de ses interventions. Toutefois, Flash n’est pas que le drôle de la bande. Sa relation avec son père et ce qui en découle sont seulement esquissés, trop vite expédiés comme tous les essais de développement dans ce film. A la fin, on apprend que grâce à Bruce, il rejoint la police scientifique de Central City : il va pouvoir enfin essayer de disculper son père de la mort de sa mère. Ces éléments laissent entendre, peut-être, un prochain film Flash avec pour potentiel antagoniste un certain professeur Zoom … Dommage qu’il n’y ait pas eu Hal Jordan/Green Lantern pour ajouter plus de fun et de camaraderie dans l’équipe : Barry et Hal sont quasi des meilleurs amis dans les comics. Au final, Flash est peut-être l’un des seuls personnages auxquels des spectateurs néophytes à l’univers peuvent s’être attachés (ou pas).
Batman fait de l’humour. Cette phrase peut sembler curieuse mais dans les comics, il arrive au chevalier noir d’en faire. Il est vrai que depuis les Batman de Nolan, on nous avait habitués à un héros sombre, torturé et pessimiste. Dans ce film, il semble avoir appris de ses erreurs : il cesse d’être le vengeur violent qu’il était dans le précédent volet et paraît regretter son comportement avec Superman. Il en va même jusqu’à bêtement essayer de se sacrifier lors de la bataille finale. Le rôle de leader lui est dévoué et on se demande pour quelles raisons il pense que Superman ou Wonder Woman sont les plus indiqués pour remplir cette fonction. Batman est un leader né : il le prouve dans bien nombre de bandes-dessinées et de dessins-animés. Le peu de place qu’on lui laisse le rende, à l’instar de ses petits camarades, beaucoup trop plat. On ne prend pas le temps d’approfondir sa psychologie. Je regrette également la relation Batman-Superman qui n’est pas celle des comics et qui donne l’impression qu’ils sont devenus les meilleurs amis du monde alors qu’ils se sont battus à mort lors du précédent volet. Ils n’ont pas eu le temps de beaucoup échanger entre temps … Nous pouvons également parler de l’absence de méfiance de Batman. La méfiance est une caractéristique du personnage. Dans ce film, il semble l’avoir perdu ou mis de côté. En effet, il divulgue son identité à n’importe qui.

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Wonder Woman reste dans l’ensemble fidèle à l’image donnée dans son propre film. Cependant, on ne lui offre pas de scène mémorable et on a toujours du mal à comprendre véritablement ses vraies motivations. Toutefois, avouons que la scène à Londres dans laquelle elle se bat peut être agréable à regarder.
Comme déclaré précédemment, Cyborg aurait mérité le premier plan dans ce film. On aurait dû se pencher sur son cas. Son manque de profondeur fait de lui un héros de la facilité : il semble beaucoup trop puissant sans qu’on ne nous l’explique vraiment … On a parfois l’impression qu’il permet au scénario de résoudre avec rapidité les situations. Quel dommage ! On sent à peine le grief qu’il a pour son père, Silas, et on ne parle pas suffisamment de sa souffrance physique mais surtout sa souffrance morale … Être un cyborg dans notre monde amène à de nombreuses questions que le film aurait pu esquissé. Comment réapprendre à vivre et comment se sociabiliser alors qu’on est une machine ?
Superman reste fidèle à lui-même. Enfin pas tout à fait … On lui a ajouté un mauvais humour en plus. Il ne cesse de plaisanter … alors qu’il est tout juste revenu à la vie. J’étais satisfait de constater que sa résurrection ne se déroulait pas comme prévu : combat contre la jeune ligue des justiciers, fuite avec Lois … Mais je ne m’attendais pas à ce que vingt-minutes plus tard, il se réconcilie aussi rapidement avec Bruce et que finalement il se soit déjà remis de sa mort. « Finalement ça va, tout va bien, c’est cool ! » semble t-il s’exclamer. Les mêmes problèmes pointent encore le bout de leur nez : la durée et le manque d’approfondissement. On aurait voulu plus de temps pour que Superman revienne. Nous pourrions également parler de sa résurrection qui laisse un goût amère pour le spectateur. Son retour à la vie trop facile et mal expliqué (la boite au contact de l’eau kryptonienne a suffit à le faire revivre ? Bigre ! C’est plus fort que les puits de Lazare. Pourquoi ne pas faire revivre Robin dans les mêmes conditions Batman ?) nous fait penser que le studio a voulu réparer avec trop de rapidité l’erreur de sa mort du précédent volet. Ne parlons même pas des incohérences quant à son identité secrète … On le voit mettre ses lunettes à la fin du film, sous-entendant que Clark est revenu à Metropolis : certes, on peut potentiellement expliquer la résurrection de Superman, mais celle de Clark …

Parlons rapidement des personnages secondaires : Alfred reste le personnage le plus efficace du DC Universe (Jeremy Irons campe un Alfred convaincant avec un humour pince-sans-rire qui fonctionne), le personnage de Lois est inutile (excepté pour la romance) et la mère de Clark, Martha fait partie du décor et y reste … Le père de Victor, Silas Stone, existe juste pour l’histoire. Quant au commissaire Gordon, on attend un prochain film pour mieux l’appréhender.

L’antagoniste : entre erreur de casting et gâchis

Alors que le précédent volet nous laissait plus entendre la venue du big boss intergalactique du DC Universe, Darkseid. Ici nous avons le droit à son lieutenant, un antagoniste finalement peu connu et peu présent dans l’univers : Steppenwolf. Et quelle déception !

Tout d’abord, on ne nous explique que très brièvement ses motivations : conquérir la Terre et en faire sa propre Apokolips (la planète de Darkseid). Un vilain alien donc très classique que nous avons pu voir dans d’autres films. Ensuite, certains critiquaient le numérique Doomsday mais nous sommes ici face à un méchant aussi numérique que le précédent … et mal réussi.

Steppenwolf aurait pu être un bon vilain classique mais il n’y parvient pas. On se moque du personnage. On n’a pas peur de lui. On ne ressent rien. Il est quasi-ridicule (irait-on même jusqu’à conclure). Une fois encore, la durée du film et les impératifs de studio sont les causes de ce gâchis.

L’univers de DC Comics ne manque pas de super vilains. Il est curieux que le film nous présente un méchant de second plan. Il aurait été plus judicieux de choisir Darkseid, quitte à faire un film en deux parties. Pour quelles raisons ? Darkseid reste un personnage beaucoup plus charismatique que son lieutenant. Avec des plans bien réalisés, une mise en scène travaillée, à l’aide d’une piste musicale adéquate, nous aurions pu avoir un antagoniste certes classique dans ses motivations (la conquête d’une planète) mais qui en aurait imposé, qui aurait marqué les esprits.

La scène du futur apocalyptique dans Batman v Superman aura été finalement inutile … Pas de Darkseid, pas de milices de Superman …

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Un ton de film différent

Ce film s’éloigne de ce qu’avait entrepris Zack Snyder dans ses précédents films. Marvel préférait le divertissement, le fun et réussissait (plus ou moins, tout dépend des avis) dans ce qu’il entreprenait. En revanche, DC/Warner nous avait habitué à du sérieux, à du sombre, voire à du réalisme dans le fantastique et nous avait proposé des problématiques et des enjeux alléchants. On a l’impression que ce long-métrage veut se détacher des précédents volets et veut aller, même inconsciemment, copier la concurrence. Il ingurgite donc les codes et nous les sert. Cependant, habitués à plus de lenteur, à plus de contemplation, à plus de scènes stylisées, nous nous retrouvons avec cette impression d’être allé voir un film classique Marvel (de qualité inférieure selon nous) au lieu d’un film DC.

On a peine à retrouver le style de Snyder qui semble, avec difficultés, se battre avec un style beaucoup plus commercial et classique. On retrouve la patte du réalisateur dans quelques scènes, avec l’étalonnage et le décor mais on ressort de la séance avec cette impression de film purement impersonnel.

L’humour se révèle être trop excessif à certains moments : je pense notamment à la scène de fin dans laquelle Superman et Cyborg rigolent « comme des enfants ». Ces rires m’ont mis mal à l’aise : ils étaient hors de propos. A souligner que certaines blagues ne fonctionnent malheureusement pas.

A l’image du logo Warner classique au début du film, le film reste impersonnel et commercial. Dommage … J’aurais aimé avoir l’illusion d’un blockbuster qui tente, qui essaie et même qui peut se rater à certains endroits (comme dans les films précédents).

Une musique oubliable et qui contraste trop

Danny Elfman est loin d’être un compositeur mauvais. Il est à l’origine des musiques de presque l’ensemble de la filmographie de Tim Burton, du thème inoubliable de Spiderman de Sam Raimi … La composition qu’il a réalisée pour Justice League n’est pas mauvaise en soi. Elle colle plutôt bien à la tonalité voulue par le studio : classique, héroïque, simple …
Cependant, là où Hans Zimmer nous avait concocté des pistes efficaces et marquantes comme le thème de Wonder Woman, le thème de Lex Luthor ou encore la musique accompagnant le duel Superman/Zod, la bande originale de Danny Elfman reste oubliable et n’accompagne pas de belles scènes que nous aurons plaisir à revisionner.

Toutefois, j’ai eu plaisir à entendre le thème burtonien de Batman lorsqu’il saute du toit du commissariat de la ville, le thème du Superman de Williams lorsque Clark ouvre son manteau beige pour découvrir son costume super-héroïque et le thème de Wonder Woman d’Hans Zimmer au début du film. On voit qu’on a essayé de faire plaisir aux amateurs et aux fans.

La scène post-générique (à ne lire que si vous avez vu le film)

Dès les deux bouts de ruban caractéristiques du personnage, je n’ai pu retenir mon excitation : Deathstroke au cinéma ! Lex Luthor songe à une ligue de l’injustice : autre nouvelle alléchante !
Si on laisse au réalisateur et à l’équipe du film le temps nécessaire pour réaliser un bon film, je suis on-ne-peut-plus partant pour une suite ! Voir Slade Wilson/Deathstroke en action en compagnie de plusieurs super-vilains : Cheetah, le Joker, Bane, voire même Sinistro … : quelle impatience !

Bilan : un film pour faire plaisir à certains mais un film qui reste décevant

Justice League n’est pas un mauvais divertissement. C’est un blockbuster, un film commercial que les spectateurs pourront aller voir en famille ou entre potes sans trop se prendre la tête.

Malheureusement, le film n’a rien tenté de très original. En choisissant de répondre aux attentes du public, ne souhaitant pas bouleverser l’horizon d’attente, ils ont pris ce qui marchait dans les films super-héroïques de Disney/Marvel. Cela donne malheureusement un film de qualité bien inférieure à son concurrent Avengers.

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Avec du recul dit :

    Je suis globalement d’accord avec toi … quel dommage de faire table rase de tout ce qui avait été mis en place dans BvS … c’est justement ce qui faisait de cette franchise des films si prenant et particulièrement intéressants. Là en effet le film est bon mais perd de son charme. Décidément le DCU aura à jamais du mal pour faire consensus 🤔😪

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