Chouf (2016)

Chouf est un film dramatique écrit et réalisé par Karim Dridi.

Ce qu’il faut savoir sur le film :

– Il s’agit du dernier volet de la trilogie marseillaise réalisée et écrite par Karim Dridi. C’est avec le premier opus, Bye-Bye, en 1995, que le cinéaste a pu découvrir la ville cinématographiquement. Il réalisa douze ans après Khamsa qui lui a permis de rencontrer des enfants gitans et des adolescents des quartiers nord. C’est parce que cette expérience était si forte qu’il a voulu revenir à Marseille tourner Chouf.

– A l’origine, Karim Dridi voulait appeler le film « Caïds », puis le producteur lui a Rachid Bouchareb lui a soufflé l’idée de Chouf, idée à laquelle il a adhéré. Chouf signifie « regarde » en arabe et veut aussi dire « celui qui regarde », donc « le guetteur, la vigie, la sentinelle ».

Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

On m’a simplement vanté la puissance du long métrage, de quoi « s’en retourner l’estomac ».  Karim Dridi est réputé pour son cinéma authentique avoisinant le documentaire. Voyons à présent si Chouf sera à la hauteur de son sujet.

Un petit mot sur l’histoire ?

Sofiane, 24 ans, brillant étudiant, intègre le business de son quartier après le meurtre de son frère, un caïd local. Pour retrouver les assassins, Sofiane est prêt à tout.

Il abandonne famille, études et gravit rapidement les échelons. Aspiré par une violence qui le dépasse, Sofiane découvre la vérité et doit faire des choix.

Les premières minutes ?

Karim Dridi impose immédiatement le cadre de son long métrage avec ses différents plans du quartier marseillais la Busserine. On fait ensuite la connaissance de Slim et Sofiane, deux frères complices au parcours différent. Le premier fait vivre sa famille avec des magouilles où le shit croise les balles. Tandis que le second prépare un master de commerce à Lyon. Leur objectif est s’associer plus tard pour vivre et faire vivre leur famille de façon légale, et aussi quitter leur quartier natal.

Il est intéressant de voir le point de vue des parents sur les deux frères, notamment le père sur Slim et son trafic. Le père réprouve ses méthodes, mais sa famille en est dépendante. On peut déduire que la famille pose ses espoirs en Sofiane pour remettre les choses dans l’ordre, une fois qu’il aura décroché son diplôme.

Dans ce premier quart d’heure, on retient en premier lieu la volonté du réalisateur à nous offrir un cinéma qui s’appuie sur des faits réels, tout en y saupoudrant ce qu’il faut de fiction. La mise en scène va également dans ce sens, comme l’illustre tragiquement la scène de la mort de Slim que l’on vit en même temps que la famille en plein repas.

Suite à ce règlement de compte, Sofiane n’a plus qu’une chose en tête, se venger. C’est ainsi que se conclut le premier quart d’heure de ce long métrage.

Le casting ?

Comme souvent maintenant dans ce genre de film, la distribution est composée principalement d’acteurs et d’actrices non professionnels. Cela apporte notamment un peu plus d’authenticité au long métrage.

Sofian Khammes incarne solidement le personnage de So’, son interprétation est juste et nuancée. Son jeu et son regard rappellent un peu les grandes heures de Richard Anconina. Son personnage est doté d’une sensibilité qui vient s’endurcir au fil des évènements. Le jeune acteur adapte son jeu avec brio.

Dans la peau du chef du quartier, on a un très bon Foued Nabba. Le rôle de Reda lui convient remarquablement.  Zine Darar est tout aussi convaincant sous les traits de Marteau.

De son côté, Nailia Harzoune confirme qu’elle est une actrice à suivre. Son jeu et son physique font penser à Alice Braga.

Slimane Dazi et Simon Abkarian étoffe efficacement la distribution.

Et au final ça donne quoi ?

Karim Dridi nous immerge dans la cité phocéenne et y fait un véritable constat social alarmant. Bien sûr, cela reste du cinéma mais il est évident que le réalisateur s’est fortement inspiré de la réalité du terrain et de l’actualité. Chouf brille par sa mise en scène grisonnante au cœur du quartier bétonné de la Busserine. Une immersion totale favorisée par des plans clés qui dépeignent efficacement les murs dans lesquels évolue les différents protagonistes. Il faut également souligner l’adéquation du rythme avec le scénario, cela nous offre un suspens globalement maitrisé. Les rebondissements sont orchestrés avec intelligence, même si on aurait aimé un peu de subtilité dans le dernier acte.

Justement au niveau de l’écriture, on surfe une ligne directrice entre le thriller et le western. Karim Dridi y insère la vengeance, la famille, la vie de quartier et les trafics. A travers tout ça, il porte un regard affligé sur notre société. Les dialogues fondent et correspondent au patois de quartier. L’équilibre est respecté en ce qui concerne les actes et les conséquences. On se demande qui manipule qui, et c’est de là que le film tire l’une de ses grandes forces.

La bande originale accompagne à merveille les images, on retrouve Kofs, Sysa ou encore YL. Des morceaux et des paroles qui font totalement écho au propos du film.

En résumé, Chouf frappe fort et juste ! Karim Dridi clôture sa trilogie marseillaise de belle manière en signant un film qui secoue, dans la lignée de La Cité de dieu.

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