Alien³ (1992)

Alien³ est un film de science-fiction horrifique américain réalisé par David Fincher.

Fort du succès rencontré par les deux films « Alien » et de leur impact croissant sur la culture populaire , la Fox ne pouvait se permettre de laisser tomber l’une de ses franchises les plus estimées de ces quelques vingt dernières années.

Aussi décida-t-elle d’appliquer le principe que beaucoup jugent comme l’un des facteurs forts de la saga, à savoir confier chaque chapitre à un réalisateur différent, dans l’espoir d’y apporter un minimum de sang neuf (dans tous les sens du terme !).

Ainsi donc, pour ce troisième opus, le studio se tourne vers David Fincher, réalisateur encore très peu connu à l’époque du fait qu’il n’avait encore réalisé… aucun film; Fincher s’étant illustré jusque là dans la réalisation de clips musicaux d’artistes de renom (Madonna et Michael Jackson entre autres). Rappelons tout de même qu’au moment d’embaucher Ridley Scott et James Cameron, ces derniers n’avaient encore que très peu de films à leur actif et que leur carrière n’en était encore qu’à des prémisses.

Le cas de cet « Alien 3 » (que certains fans se plaisent à rebaptiser « Alien cube ») est un peu particulier dans la mesure où David Fincher n’a jamais cessé de renier ce film, ne cessant d’évoquer le chaos gigantesque de la production et du tournage (scénario remanié à plusieurs reprises et ce en plein tournage, caprices incessants de Sigourney Weaver à la fois en tant qu’actrice principale et co-productrice du film), la rumeur voulant que Fincher lui-même aurait quitté le navire en plein montage, et ce de manière furibarde en jurant qu’on ne l’y reprendrait plus.

Bref, tout ça pour dire qu' »Alien 3 » aura bien été enfanté dans la douleur et que, qu’on le veuille ou non , le résultat final s’en ressent à l’écran.

OUI, on constate que le montage a été retravaillé à plusieurs reprises; OUI on sent que certains personnages n’ont pas été suffisamment développés, et enfin OUI on sent que le film, dans son montage final, ne correspond pas tout à fait à la vision qu’en avait Fincher.

Et pourtant, malgré tout, on sent, à l’instar des deux films de Scott et Cameron, la patte de Fincher sur ce troisième opus, aussi malmenée soit-elle. Car malgré tout, « Alien 3 » a le mérite de faire partie de ces rares longs-métrage « abîmés » qui se révèlent finalement être de bons films (petite pensée au « 13ème guerrier » de John McTiernan) quand on y réfléchit un peu.

Tout comme le « AlienS » de Cameron, « Alien 3 » reprend l’intrigue de la saga là où l’autre film l’avait laissé : en gros, Ripley se réveille une fois encore sur une planète inconnue et constate qu’elle est à nouveau l’unique survivante du vaisseau.

Le premier point sur lequel se fait sentir la « touche Fincher » est sans surprise l’idée que la nouvelle planète du film, Fiorina 16, abrite en son sanctuaire un pénitencier de haute sécurité dans lequel résident les pires criminels au monde, par ailleurs uniquement composé d’hommes. Le fait que Ripley, en tant que femme, doive faire face toute seule à un potentiel danger masculin (ses nouveaux compagnons ne cacheront pas très longtemps leur désir de la violer) symbolise déjà l’une des thématiques-phares de l’œuvre de Fincher, à savoir l’individu solitaire plongé bien malgré lui dans un monde qu’il ne comprend plus, qui semble se complaire dans la cruauté et l’incompréhension au point de conduire cet individu à se replier sur soi; c’est le cas du jeune policier David Mills dans Seven au départ idéaliste qui finira mortellement traumatisé, ceux de l’homme d’affaire Nicholas Van Orton et du jeune courtier de « Fight Club » dans « The Game » qui en viendront à choisir le suicide en terme d’échappatoire à un monde malade, ou encore celui de Nick Dunn dans « Gone Girl » contraint d’accepter le fait que vivre en compagnie d’une psychopathe constitue la seule et unique solution pour tenir le coup dans ce monde de fous. La thématique du « monde cruel » chère à Fincher est donc bien présente dans « Alien 3 » et ce de manière très explicite.

Le thème de la « femme supérieure à l’homme » est également présent dans ce film, symbolisé par la relation quelque peu troublante entre Ripley et Clemens, le médecin du pénitencier; ce dernier qui semble être l’un des rares individus sain d’esprit de la planète qui ne met pas trop de temps à répondre aux avances de Ripley. Encore une fois, que ce soit dans « The Game », « Fight Club », « Millenium » ou encore « Gone Girl », Fincher affiche clairement la femme comme supérieur à l’homme, plus sûre d’elle, moins naïve et allant au bout de ses idées quel qu’en soit le prix.

Le thème du « chemin de croix » selon lequel un personnage doit endurer mille et un tourments pour finalement espérer toucher à la libération de soi et à la rédemption est présent lui aussi dans « Alien 3 ». Ripley, présenté dans ce troisième opus comme une véritable héroïne de film noir (le héros au sombre passé, incompris de tous, et qui semble désormais uniquement attiré par la mort), se présente comme une véritable figure christique, capable d’endurer tous les pêchés (le viol, le meurtre, l’envie de sexe) pour finalement atteindre une rédemption finale, littéralement symbolisé par le dernier plan du film.

De manière assez paradoxale, ce premier film contient déjà en partie les thématiques de l’œuvre à venir. Et bien que Fincher n’ait jamais cessé de cracher dessus, on ne peut s’empêcher de constater que ce troisième « Alien » demeure bel et bien le 1er film de Fincher en tant que réalisateur de cinéma.

Et si le côté inachevé a effectivement de quoi laisser sur sa fin (personnages secondaires qu’on oublie assez vite, scènes intimistes vite expédiés,), force est de reconnaître que le film regorge de bons moments. Le plan de rapprochement entre Ripley et son « enfant alien » est très joli et fait depuis partie des moments « cultes » des fans de la saga, de même que la fameuse « séquence du chien » porte incontestablement la touche de Fincher, et son goût pour le glauque et le morbide.

Et puis… qu’est-ce que l’esthétique du film est belle, à la fois lumineuse et sombre, qui donne au film un ton lugubre qui lui va comme un gant.

En somme, ce troisième opus de la saga, bien qu’ayant été victime de tous les ennuis possibles que l’on puisse imaginer sur un film, n’en reste pas moins un divertissement de bonne facture, à défaut d’atteindre le degré d’estime de ses deux prédécesseurs. Là où Scott et Cameron étaient parvenus à greffer de manière forte leur ADN à leurs films, Fincher n’y parvient qu’à moitié, bloqué qu’il est par un montage beaucoup trop remanié et aussi par un rythme très inégal.

Néanmoins, « Alien 3 » n’en demeure pas moins un morceau intéressant dans l’œuvre de David Fincher dans la mesure où il aura contribué à une découverte de taille : celle de l’un des plus grands réalisateurs du cinéma américain contemporain.

François B.

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