Pasolini (2014)

Pasolini est un drame biographique franco-italien, écrit et réalisé par Abel Ferrara.

Cela faisait plusieurs années qu’il en parlait et il l’a fait ! Abel Ferrara, cinéaste de renom, auteur des cultissimes « King of New York« , « Bad lieutenant » et autres « The funerails« , signe enfin le portrait (plutôt que biopic, je vais expliquer pourquoi) de son modèle, à savoir le non moins provoquant et surtout talentueux réalisateur Pier Paolo Pasolini, assassiné il y a près de 40 ans, en 1975.

Après une série de films mineurs (dont un navrant « Welcome to New York » avec un Depardieu en clone dégueulasse de DSK), on était en droit de se poser des questions sur la qualité du nouveau film du maître. Eh bien, force est de constater que, bien qu’il ne soit pas parfait (loin de là d’ailleurs), Pasolini est, dans l’ensemble, plutôt un bon film.

Sa réussite provient avant tout de la façon dont Ferrara rend hommage à son modèle. Le récit retrace, en quelque sorte les dernières heures de Pasolini avant sa mort. A travers ce procédé, nous assistons donc aux états d’âmes de l’homme en lui-même, à sa relation avec sa mère et sa soeur ainsi qu’à ses questionnements existentiels. Pasolini était un artiste engagé, un homme en guerre avec les institutions, comme il le déclare en toute quiétude à un journaliste lors d’une interview. Selon lui, le besoin de posséder ne peut mener qu’à une seule et unique chose : la destruction. L’homme qui possède le savoir qu’on lui a inculqué dans les institutions doit avant tout le partager, chose qu’il tente de faire en réalisant des films. « Je ferai des films jusqu’à ma mort », dira-t-il sereinement à ce même journaliste.

Néanmoins, le désir de posséder qu’il tente pourtant de combattre, le rattrapera lui-même jusque dans la mort (n’y voyez là aucun spoiler, rassurez-vous). Ferrara a donc beaucoup insisté sur cette idée de possession au point même d’en faire l’un des thèmes centraux de ce film-portrait.

En plus de s’attarder sur le cheminement existentiel de Pasolini, il se permet aussi de montrer aux spectateurs quelques extraits d’un roman et d’un film sur lesquels le cinéaste italien était occupé à travailler. Pour bien faire comprendre cette idée aux spectateurs, Ferrara recourt au procédé de surimpression, qui consiste à dévoiler au public ce que le personnage est en train de penser dans sa tête. Ce qui donne lieu à de très belles images bien léchées, saupoudré d’une certaine forme d’érotisme propre à l’univers de Pasolini.

L’autre bonne chose du film vient de la manière dont Ferrara a su rester fidèle à ses thèmes de prédilection en s’attaquant pourtant à un cinéaste très différent de lui. En effet, Pasolini est une figure triste, qui d’une certaine manière, est devenue obnubilée par ce besoin de possession et surtout, qui évolue dans un environnement qu’il ne comprend plus. Il ne reconnaît plus sa ville de Rome. De même, ses proches (en particulier son jeune amant) semblent distants vis-à-vis de lui comme s’ils le voyaient comme étant le vestige d’une époque, d’une société révolue.

A ce niveau-là, Pasolini filmé par Ferrara n’est pas sans rappeler le gangster fatigué de « King of New York« , le flic pourri et camé de « Bad lieutenant » ou même la famille mafieuse de « The Funerails« .

Enfin, il me paraît important de souligner la très bonne interprétation de Willem Dafoe dans le rôle-titre, à la fois juste, forte et touchante en homme dépassé par la vie.

Le principal reproche vient surtout de la durée du film, beaucoup trop courte (1h24), et aussi du fait qu’un tel géant du cinéma aurait mérité un film un peu plus profond et (osons le dire) un peu plus ambitieux.

En résumé, Pasolini s’avère en toute objectivité passionnant et très plaisant. On est peut être entrain de retrouver le grand Abel Ferrara…

François B.

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