Après Séance : Le Crime de l’Orient-Express

Hercule Poirot est de retour dans une énième adaptation d’une de ses aventures. Le Crime de l’Orient Express reste assurément l’un des plus célèbres romans policiers d’Agatha Christie et oserai-je même avancer, l’un des plus grands romans policiers de la littérature anglaise. Après s’être attaqué à Shakespeare, le réalisateur britannique se risque à nouveau à adapter à nouveau une œuvre connue et se risque, lui-même, à endosser une figure massive, connue et de premier plan : le détective Hercule Poirot.

J’apprécie l’acteur et le réalisateur Kenneth Branagh. Il possède une certaine prestance et un jeu d’acteur convaincant, jugé peut-être trop théâtral par certains, mais qui a séduit le littéraire que je suis.

Malgré mon attachement pour ce comédien, je suis allé voir ce film avec une certaine réserve et un peu par hasard. En effet, je connaissais déjà l’issue de l’enquête, ayant été marqué par la fulgurance et la justesse du jeu de l’acteur David Suchet dans une des adaptations télévisuelles de l’œuvre. J’avais également eu quelques échos négatifs. J’ai tout de même fini par entreprendre le terrible voyage avec Kenneth à bord de l’Orient Express.

Un petit mot sur l’histoire ?

« Le plus grand détective du monde » (si l’on reprend ses propres termes) comptait bien prendre du repos après une affaire à Jérusalem. Malheureusement, alors qu’il désirait revenir à Londres à partir d’Istanbul, Samuel Ratchett, un riche américain, fut retrouvé assassiné dans sa cabine en même temps que le train se retrouvât bloqué par une avalanche. Condamné à attendre qu’on déblayât la voie, Hercule se vit contraint (conscience professionnelle) de mener l’enquête afin de découvrir le coupable.

Les atouts du film :

Un choix a été fait par Kenneth Branagh : insister plus sur le personnage d’Hercule Poirot et délaisser un peu la phase enquête. Un choix qui fera grincer des dents plus d’un admirateur d’Agatha Christie et plus d’un amateur de films policiers. Personnellement, je trouve ce parti pris original et même plutôt judicieux. En effet, le genre policier reste omniprésent dans la culture audiovisuelle : il suffit de regarder le programme télévisuel pour se rendre compte de la prolifération des séries policières depuis les années 2000. Aussi avons-nous eu le droit à nombre d’enquêtes mais surtout à nombre d’adaptations d’aventures d’Hercule Poirot. On connaît ses enquêtes mais on doit reconnaître que sa psychologie n’a jamais été véritablement approfondi (à ma connaissance). Nous pouvons bien évidemment dresser un portrait psychologique du détective grâce aux indices et anecdotes qu’on nous donne dans certains films et dans les séries mais nous n’avons jamais eu de réflexion, de focalisation sur le personnage de Poirot.

Ce film est en réalité un récit d’apprentissage pour notre cher détective. Il a pourtant vécu nombre d’aventures, mené nombre d’enquêtes. C’est un détective renommé, connu dans tout le globe. Pourtant il va ressortir de cette enquête changé. Il va apprendre que les criminels peuvent être gris : ni véritablement gentils, ni véritablement méchants.

Le début du film ne prend pas directement place à bord de l’Orient Express. Dans un premier temps, j’ai été étonné et même déçu d’une si trop longue séquence à Jérusalem puis à Istanbul. Cependant, à la fin du long-métrage j’ai compris que ces approfondissements restaient nécessaires pour appuyer le propos du film, sa morale (le refus du manichéisme notamment) et étoffer la psychologie d’Hercule. Le premier temps du film nous montre l’obsession du détective à ce que tout soit droit, bien rangé dans une harmonie, dans un équilibre parfait mais excessif. Il expliquera que dans la vie, il n’y a que deux catégories de personnes : ceux qui appartiennent au bien et ceux qui appartiennent au mal. Il sera confronté à son erreur et devra aller contre ses propres convictions. Ce récit d’apprentissage est le grand atout de ce film. Nous retrouvons également une réflexion sur la justice, sur la complexité du monde, sur les séquelles et les conséquences d’un drame sur un collectif…

Kenneth Branagh et son jeu d’acteur demeurent le second point fort de ce long-métrage. Certains voient en lui un personnage caricatural : au contraire, je pense plutôt qu’il est nuancé dans ce film et qu’il est volontairement montré comme un obsessionnel et un maniaque pour appuyer les propos de la dernière séquence. Je dois avouer que je redoutais le jeu de Kenneth Branagh. Il est dur de passer après les interprétations de David Suchet et de Peter Ustinov. Néanmoins le comédien britannique s’en sort très bien et prouve une nouvelle fois qu’il demeure un grand acteur. Je n’ai pas regardé le film en version originale mais en écoutant les bandes-annonces, je le soupçonne d’avoir fait des efforts pour adopter l’accent belge.

Certaines séquences montrent une véritable recherche en termes de mise en scène et de plans. Je pense notamment aux plans surplombant aux allures d’un jeu Cluedo qui renforcent le huit-clos et l’aspect enquête. Je pourrais également parler de certains choix judicieux de plans : un d’entre eux suggère le tableau biblique de la Cène (lors de l’une des dernières scènes). L’étalonnage est de plus réussies et reste dans des tons froids et bleutés. Il rappelle l’immobilité du train et la froideur des suspects.

Patrick Doyle nous livre une composition agréable, mais parfois oubliable, excepté la piste « Justice » qui apporte une plus vive émotion lors de la dernière séquence.

Des faiblesses ?

Le casting souvent qualifié de cinq étoiles peut en décevoir plus d’un. En effet, certains comédiens connus n’interviennent qu’à quelques brèves reprises et n’ont finalement que peu d’importance. Il est vrai qu’on insiste peu sur les différents suspects. Je trouve leur étoffement sommaire. Si ce n’est Johnny Depp à cause de son rôle de victime, on finira tous par oublier leur personnage et leur performance. Aucun d’entre eux ne sort du lot. Seul Kenneth Branagh brille et c’est ce qui reste un peu décevant. Johnny Depp et Michelle Pfeiffer jouent convenablement mais restent en arrière-plan.

Comme nous l’avons expliqué précédemment, l’enquête passe un peu après Hercule Poirot. Il est vrai qu’on peut trouver décevant le traitement de l’enquête : tout s’enchaîne beaucoup trop vite, on ne prend pas le temps de s’épancher sur les différents suspects et on a du mal à croire qu’une réflexion sur le meurtre a vraiment eu lieu à la dernière séquence. C’est là toute la faiblesse du film : le réalisateur en désirant approfondir le protagoniste et amener certaines problématiques en a oublié l’élément central : l’enquête.

Tentative de bilan…

Je reste toujours mitigé. J’ai beaucoup apprécié la performance de Kenneth Branagh, je suis curieux de voir la suite. J’ai aimé l’originalité de certains plans et le parti pris de se focaliser plus sur le personnage d’Hercule Poirot. On insiste peut-être un peu trop sur le pathos mais j’avoue avoir été ému, grâce notamment à certains enjeux et à la composition de Patrick Doyle. En revanche, j’aurais mieux aimé le film si l’enquête n’avait pas paru si superficiel dans son traitement.

Paul C.

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3 commentaires Ajouter un commentaire

  1. J’hésite encore à aller le voir… En plus je n’ai pas lu le roman, ça pourrait me surprendre, mais vu que je ne vois que des avis mitigée j’hésite…
    Pour ma séance de demain soir : celui-ci ou Les heures sombres ???

    Aimé par 1 personne

      1. Les heures sombres ou La promesse de l’aube ??? 😀

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