Après Séance : The Florida Project

The Florida Project une comédie dramatique co-écrite et réalisée par Sean Baker.

D’ores et déjà considéré comme la coqueluche du cinéma indépendant américain de ce début d’année, The Florida Project fait partie de ses films qui divisent fortement et que l’on peut facilement classer en deux catégories toutes simples : ceux qu’on aime et ceux qu’on déteste.

Pourquoi ça ? Tout simplement parce que ce second long-métrage du jeune réalisateur Sean Baker (auteur du déjà très remarqué Tangerine en 2015) déroute par bien des aspects.

La première particularité de ce film est qu’il n’y a pas, à proprement parler, de « vrai » scénario au sens propre du terme. En effet, le plus souvent montré à travers les yeux des jeunes enfants, l’histoire se résume à une succession de saynètes le plus souvent souvent inspirées, certaines sont très bonnes et d’autres très inégales, voir même franchement répétitives.

Au fond, que raconte The Florida Project ?

Tout simplement le quotidien morne et peu enviable de jeunes parents littéralement écarté de la société américaine (ils vivent dans un motel couleur « rose bonbon ») située à quelques mètres à peine du parc « DisneyWorld » en Floride et qui, à coup d’actions assez louches (magouilles, prostitution, mendicité) essaient toujours de payer leur loyer le plus rapidement possible, le tout sous les yeux de Bobby (Willem Dafoe), le gérant du motel, un homme à la fois sensible et gentiment autoritaire.

Vu comme ça, le « pitch » de départ peut sembler dépressif et misérable au possible; or, pourtant, et c’est en partie là que réside la bonne idée du réalisateur, il n’en est rien.

Comme cité un peu plus haut, The Florida Project est un film qui se caractérise par le fait qu’il est majoritairement habité par des enfants; ceux-ci, pendant un peu plus d’une heure de film (le milieu et la fin sont surtout centrés sur leurs parents ou plutôt sur Halley, la mère de Moonee, la fille « leader » de ce petit groupe d’enfants), sont omniprésents.

La première heure est ainsi essentiellement centré sur la vie des enfants du motel en période de vacances scolaires : ils jouent à « cache à cache », s’aventurent légèrement au-dehors de ce dernier (dans son jardin) mais commettent aussi, en toute innocence et sous les yeux absents de leurs parents trop occupés à tenter le tout pour le tout pour payer le loyer, différentes formes de petits délits : crachats sur les voitures, insultes envers certains résidents, incendie accidentelle…

Bref, les enfants entièrement livrés à eux-même ne font rien d’autre qu’appliquer les « valeurs » qu’on leur a inculqué.

En optant pour le point de vue d’enfants, Sean Baker insuffle à son film un semblant d’innocence qui l’éloigne de toute sorte de misérabilisme. En choisissant de conter de manière humoristique leurs 400 coups, le réalisateur parvient à mettre de côté, pendant un temps au moins, les problèmes glauques et dérangeants que connaissent les adultes ainsi que ceux rencontrés par Bobby le gérant : pédophiles se baladant tranquillement dans le jardin du motel, clients brésiliens en pleine « lune de miel » se retrouvant par le plus grand des hasards perdus tout près de ce dernier, résidents de plus en plus mécontents…

« L’innocence et l’amusement plus forte que la vie », tel semble être le message « social » que souhaite faire passer Baker à travers son film. Preuve en est que, outre les enfants dont la présence dans le film est centrale, il a choisit d’opter pour un climat assez joli : vacances d’été et soleil à gogo, narration se déroulant la plupart du temps en plein jour, couleur rose bonbon du motel, générique d’ouverture sur fond de « Celebration », le célèbre tube festif du groupe « Kool & the Gang ».

A la noirceur attendue de ce type de sujet (les laissés-pour-compte de la société américaine, leurs amis, leurs amours, leurs emmerdes), le réalisateur lui substitue une certaine innocence, symbolisée par les enfants, dont les bêtises et jeux en tous genres servent de « scénario », le film se concentrant sur leurs actions en première partie avant de céder sa place, dans la seconde, à une forme plus consensuelle et même franchement dérangeante.

C’est en partie là que le film baisse en qualité. La seconde moitié, essentiellement focalisée sur les problèmes de Halley, la jeune mère de Moonee, n’évite pas les excès les plus grotesques : crise d’hystérie avec à la clé répliques d’une rare vulgarité, moments glauques relevant du déjà-vu (Halley qui recourt à la prostitution pour payer son loyer, devant faire face à des clients mécontents une fois qu’ils découvrent qu’elle vit avec un enfant), sans parler d’un final qui n’évite pas le pathos, avec crises de larmes à la clé et musique pompeuse.

Après une première partie en état de grâce, il est donc dommage de constater que Sean Baker ait choisit de céder à une certaine facilité pour boucler son film.

Malgré tout, en dépit d’un résultat en demi-teinte, on retiendra, à travers ce film, quelques très beaux moments de cinéma, à commencer par une direction d’acteurs quasi irréprochable. Dans le rôle de Bobby, le gérant du motel, Willem Dafoe est excellent. Pourtant habitué aux rôles ambigus, fragiles et grimaçants, le comédien fait preuve ici d’une sobriété exemplaire et se révèle même très touchant, dans la peau d’un homme bon qui tente désespérément de maintenir les choses à flot.

Dans le rôle de Halley, la jeune inconnue Bria Vinaite (que le réalisateur a découvert sur « Instagram ») est elle aussi très convaincante. D’un personnage a priori détestable, vulgaire et crétin, la comédienne parvient, de par son jeu d’actrice alternant à la fois rage intérieure et émotion retenue, au final à en faire un être malgré tout humain et qui, malgré tous ses excès, ne veut rien d’autre que garantir un semblant de bonheur à sa fille Moonee.

Il est d’ailleurs importer de souligner la très bonne prestation de la toute jeune Brooklynn Kimberly Pince qui joue Moonee. Occupant quasi tout le temps l’écran pendant la première partie, la petite crève l’écran en faisant preuve d’une énergie survoltée et d’une force de jeu absolument incroyable. Qu’elle soit heureuse, triste ou en colère, elle est bluffante de naturelle, évitant toute forme de sur-jeu, comme ce qui est malheureusement souvent le cas chez les enfants-comédiens.

Outre la direction d’acteurs, la photographie contribue aussi à la beauté du film. Privilégiant les plans larges permettant de dévoiler non seulement l’intérieur motel, celui de l’intérieur des chambres (et donc du quotidien des personnages) et ceux mettant en évidence les maquettes et panneaux de promotions géants des centres commerciaux et autres attractions encerclant le motel histoire de souligner leur gigantisme en opposition avec la petitesse des conditions de vie des résidents du motel, la photographie confère d’avantage de réalisme au film.

En dépit de quelques maladresses narratives et d’une ambiance qui vire un peu trop rapidement de l’amusant au larmoyant, The Florida Project n’en reste pas moins un film de bonne facture, certes pas la claque annoncée par les critiques presse américaines, mais un bon film qui, à plus d’un titre, mérite que l’on s’y intéresse.

François B.

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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. merci pour cette critique, je dois voir ce film !

    Aimé par 1 personne

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