Le Solitaire, Michael Mann et ses 30 secondes montre en main.

Le Solitaire (Thief) est un film noir américain écrit et réalisé par Michael Mann, sorti en 1981.

« Ce n’est pas un examen sociologique, vu de l’extérieur par un observateur. Ca ne m’intéresse pas d’être un observateur. Ce qui m’intéresse c’est l’équation dans laquelle le personnage est un partenaire avec le film, et dans laquelle le public est avec le personnage. »

Michael Mann.

A la fin des années 1970, Michael Mann démarre sa carrière en participant aux scénarios de quelques épisodes de séries télévisées comme Vega$ ou Starsky et Hutch. En 1979, on lui donne l’opportunité de réaliser son premier long métrage, un téléfilm dramatique dans l’univers carcéral. Grâce au succès télévisuel et critique, Michael Mann reçoit de nombreuses propositions, et c’est là, qu’il a choisi de réaliser Le Solitaire.

En s’appuyant sur le roman The Home Invaders: Confessions of a Cat Burglar de Frank Hohimer (un voleur de bijoux), Michael Mann a insufflé son vécu dans la ville de Chicago dont il est natif. Son idée était d’additionné la vie d’un voleur sur et en dehors du terrain, qui se voit percuté par le monde qui l’entoure. Au final, Michael Mann prendra près de deux ans pour composer entièrement ce premier projet pour le cinéma. James Caan s’associe très vite au travail du cinéaste, en tant qu’acteur et producteur.

Trois acteurs démarrent leurs carrières avec ce film, Dennis Farina (Snatch, Piège en eaux troubles), James Belushi (Double Détente) et Robert Prosky (Madame Doubtfire, Christine).

Le film a été présenté en compétition au Festival de Cannes de 1981.

Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

Le Solaire est un film que je voulais découvrir depuis pas mal d’années. Cette envie est né d’un plan, celle de James Cann et sa partenaire Tuesday Weld assis à une table d’un american diner en pleine nuit. Ce plan reflète le cinéma de Michael Mann, tout est là, et cela nous renvoie même à Heat.

Je me suis procuré l’édition blu ray collector du film chez Wild Side, et je vous conseille tout simplement de voir Le Solitaire à travers cette magnifique édition. Tout est réuni pour passer un (très) bon moment devant son écran. Que la séance commence !

Un petit mot sur l’histoire ?

Après onze ans passés en prison, Frank, un talentueux voleur de bijoux, décide de se lancer dans un dernier coup avant de se ranger pour de bon avec son ami Jessie.

Les premières minutes ?

La pluie est le premier son que l’on entend, et elle est ensuite accompagnée des claviers de Tangerine Dream. Cette séquence d’ouverture se passe de nuit, et reflète l’essence même du cinéma de Michael Mann. Un cadrage millimétré servi par un montage  optimal. Il en ressort une atmosphère immersive, qui joue intelligemment sur l’authenticité tout en nous proposant une vraie création cinématographique. Bref, c’est somptueux !

Le cinéaste impose son style, qui agit déjà comme un renouveau dans le film noir. En même pas dix minutes, Michael Mann m’éblouit littéralement de sa virtuosité et de sa rigueur. A ses côtés, James Caan épouse parfaitement cet axe artistique. La suite s’annonce grandiose.

Le casting ?

Dans la peau de Frank, un as du cambriolage de coffre fort, on a un très grand James Caan. Son charisme, son aisance et son implication rendent son interprétation absolument magnifique. On n’a rarement vu l’acteur à ce niveau, sa composition fait corps avec le personnage. Chaque détail compte, et c’est là que l’on voit la rigueur de l’acteur et de Michael Mann.

Tuesday Weld incarne la sublime Jessie, qui est l’épaule parfaite pour Frank. Bien qu’elle ne parle très peu, la scène du l’américan diner suffit amplement pour que l’on cerne son personnage. Comme pour Il était une fois en Amérique, l’actrice dégage énormément à travers son regard, et Michael Mann l’a parfaitement compris.

Robert Prosky est mystifiant en parrain du Midwest, on ne s’attend pas à un tel rôle quand on le voit dans Madame Doubtfire. Il interprète ce rôle de gangster venimeux à la perfection, il agite un crescendo glacial  à chacune de ses apparitions. James Belushi se montre solide dans la rôle de l’acolyte de Frank.

Et au final ça donne quoi ?

Quel film ! Michael Mann signe un véritable chef d’oeuvre ! Honnêtement, je ne m’attendais pas à être autant impressionné par ce film. Je vous rassure, Heat reste tout de même le meilleur de Michael Mann à mes yeux. Et ce n’est pas un hasard que je vais ranger Le Solitaire juste à côté. Non pas parce qu’ils sont tous les deux signés de Michael Mann, mais surtout parce qu’ils ont énormément de points communs. Limite, on pourrait y voir en Heat une suite ou un reboot. D’ailleurs, il aurait été génial (attention fantasme de cinéphile) que Neill McCauley fasse référence de Frank dans Heat, à travers la fameuse réplique « Si tu veux faire d’vieux os dans c’métier soit libre comme l’air, tout ce qui a pu prendre une place dans ta vie tu dois pouvoir t’en débarrasser en 30 secondes montre en main, dès que t’as repéré un seul flic dans le coin. » Cela aurait absolument parfait.

Bref, revenons plus sérieusement au Solitaire, qui aborde le cambriolage sous des angles totalement neufs pour l’époque, et cela ne prend aucune ride. Michael Mann nous emmène dans l’intime du cambrioleur, une humanisation du personnage, loin des stéréotypes. La ville de Chicago passe également au crible de manière percutante, et le personnage de Frank souhaite vivre en marge de celle-ci. Son passage en prison lui a fait adopter une philosophie de vie, qui va guider ses choix et son destin dans la jungle qu’est Chicago.

La mise en scène de Michael Mann est d’une beauté et d’une implacabilité renversante. Il impose avec force son regard et sa technique, et redonne ainsi une nouvelle dimension au film noir. Plus intime et réaliste, le cinéaste travaille au plus près les émotions de ses personnages. Une immersion instantanée dans le quotidien d’un homme qui tente de se reconstruire une vie, tout en volant des diamants. La ville de Chicago est également très importante pour Michael Mann, l’urbanisation est omniprésente dans son cadre. Il se montre méticuleux sur chaque plan (ombres/lumières, travelling, fixe…) et également sur le montage qui apporte une cadence optimale. Une virtuosité qui nous dévoile déjà un grand cinéaste, qui sait ce qu’il veut et qui fera tout pour que sa vision soit respectée.

Ce polar brille par sa forme, qui ne serait rien sans la justesse de l’écriture. La composition de Frank respire l’intelligence, et il est évidemment qu’il s’agit d’une des grandes réussites du long métrage. Michael Mann donne les clés à ce personnage pour conduire son histoire, et le spectateur. Un anti-héros très proche de Neill McCauley (Robert De Niro dans Heat), un homme qui est brillant dans le vol, mais beaucoup moins dans les relations humaines. Il est guidé par un idéal, qui s’oppose clairement à sa situation et son environnement. Une ambiguïté que Michael Mann articule tout au long du film, jusqu’à la dernière seconde. Je ne vais pas vous en dire plus, car j’ai peur de vous gâcher le plaisir de (re)découvrir ce film. En tout cas, vous serez ému par ce personnage qui a une volonté d’acier et une sensibilité profonde.

Venons-en à présent à la musique, qui participe activement à la réussite du long métrage. Pourtant, Tangerine Dream a été nominé à l’époque au Razzie Award de la pire bande originale. Comme quoi, cette cérémonie ne sera jamais réellement objective dans ses choix. La musique électronique agit comme un tourbillon d’émotions, reflétant le stress, l’adrénaline, la peur ou encore le plaisir. On note également la présence du rock pour la dernière scène, l’atmosphère est somptueuse (proche de Pink Floyd) tout comme le message qui en ressort. Bref, Tangerine Dream a fait de l’excellent travail. Son score est adéquation totale avec le style de Michael Mann.

En résumé, Le Solitaire est un très grand polar ! Dés son premier film pour le cinéma, Michael Mann montre déjà qu’il a tout d’un grand. James Caan est impérial !

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Je viens de le voir et en effet c’est une sacrée claque, Mann en impose d’entrée dès ses premiers pas au cinéma, un vrai film noir qui réadapte les classiques des années 30/40, c’est superbement maîtrisé, avec cette ambiance nocturne et glaciale entretenue par ce filtre bleu typique de Mann, bref… En accord total avec cette critique ! 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai déjà envie de revoir Heat…. :p

      Aimé par 1 personne

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