American Beauty, c’est l’histoire d’un mec…

American Beauty est une comédie dramatique réalisé par Sam Mendes et écrite par Alan Ball, sorti en 1999.

Premier film de Sam Mendes, qui était en ce temps-là un jeune réalisateur dont le talent et l’aura ne demandaient qu’à éclore, American Beauty s’est rapidement imposé comme l’un des films majeurs du tournant « post 90-pré 2000 ». Encensé par les critiques partout dans le monde, récompensés par de nombreux prix (dont 5 Oscars incluant rien moins que meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur pour Kevin Spacey) et, cerise sur le gâteau, un gros succès commercial, rapportant au total près de 356M$ pour un budget de seulement 15 M$.

Bref, American Beauty est un film qui aura fait énormément parlé de lui en bien… à juste titre.

En effet, pour un coup d’essai (Sam Mendes étant au départ un metteur en scène de théâtre), on peut clairement parler de coup de maître, tant le film, de par sa réalisation très bien maîtrisé et sa forte audace visuelle et narrative, captive et, près de 17 ans après sa découverte en salle, continue à susciter une profonde admiration.

En choisissant, en guise de première œuvre, de s’attaquer de manière satirique et corrosive à la face cachée du rêve américain, à la frustration cachée de ceux et celles qui le vivent, Mendes frappe un très grand coup. A travers les dernières journées de la vie de Lester Burnham, un homme ordinaire à qui (en apparence) tout semble réussir (belle maison, boulot respectable, beau jardin, belle femme, fille bien élevé, voisins charmants), le spectateur découvre assez rapidement que ces quelques motifs enviables ne sont que bien tristes apparences : Lester déteste son emploi, il se sent exploité par son patron et méprisé par sa femme et sa fille qui le considèrent comme le dernier des losers. A travers cette « vie » faite d’apparences et de mensonges, notre ami Lester ne trouve son bonheur qu’à travers sa séance de masturbation quotidienne qu’il effectue tous les jours matins sous sa douche. Et puis soudain, un jour, par le contact d’Angela, une amie quelque peu aguicheuse et allumeuse de sa fille, Lester va reprendre le moral, en choisissant d’être enfin libéré de sa piètre vie qui n’a de belle que l’apparence.

C’est justement à travers ce personnage ô combien sympathique et douloureusement pathétique que Sam Mendes offre en pâture au spectateur un portrait très peu glorieux, pour ne pas dire sinistre, de la société américaine et de ce qu’elle a à offrir : des boulots avec à la clé gros salaire et réussite matérielle (belle maison, beau quartier, belle voiture) débouchant inéluctablement sur la perte des rapports humains et amoureux, la perte de l’ambition personnelle et enfin la perte de son âme, à l’instar du personnage de Carolyn, la femme hystérique et insatisfaite de Lester, ayant perdu toute notion d’amour et de psychologie au profit d’une éternelle recherche de la satisfaction à tout prix.

En dépit de son sujet et de ses sous-sujets plutôt délicats tels que l’homosexualité refoulée, la frustration sexuelle, le désir maladif à tout prix, la marijuana ou encore le nazisme, American Beauty parvient à éviter toute forme de misérabilisme ou de L’autre grande idée de Mendes réside aussi dans le fait que tous les personnages incarnent chacun à leur manière une facette de l’Amérique qui ne tourne pas rond : l’épouse insatisfaite et hystérique personnifie la recherche étouffante et frustrante de la réussite à tout prix; la fille de Lester, Angela l’allumeuse et Ricky le fils des voisins symbolisent à eux trois le malaise d’une certaine jeunesse américaine avide de reconnaissance et frustré de n’être encore considéré que comme des poupées par leurs parents et les adultes qui les entourent; le colonel Franck Fitts (père de Ricky) représente à lui seul le côté obscur de l’Amérique réactionnaire (homophobie, militarisme de propagande, extrémisme) ; enfin Buddy Kane (l’amant fougueux de la femme de Lester) de par son surnom « The King » incarne toute la superficialité de la réussite commerciale.Complaisance appuyé et c’est de là que vient en grande partie toute la réussite de ce premier film de Sam Mendes. En choisissant de raconter son histoire de manière ironique et satirique en choisissant le point de vue de son personnage principal(Lester Burnaham étant lui-même rien moins que l’anti-héros par excellence : cynique, nonchalant, insolent, provocateur), Mendes transforme son film en une sorte de « dramédie » avec sa dose de moments drôles et de moments tristes. Dès lors, bien qu’on ne puisse pas totalement adhérer aux idées de Lester (il fantasme tout de même sur une jeune adolescente ayant à peine la moitié de son âge), on ne peut s’empêcher de s’attacher à lui, au point que l’on a envie qu’il retrouve sa vraie vie, celle de sa jeunesse, son époque insouciante durant laquelle il passait son temps à écouter du rock, draguer les filles et fumer de la marijuana. Hélas, la liberté a un prix que Lester finira par payer très cher.

Outre toutes ces bonnes choses, American Beauty tire aussi sa réussite dans la très grande qualité d’interprétation. Kevin Spacey, dans la peau de Lester Burnham, est tout simplement formidable. Tour à tour touchant, pathétique, ironique et attachant, il parvient à trouver le ton juste pour chacune des caractéristiques de Lester. Le reste de l’interprétation n’est pas en reste : que ce soit Annette Benning en épouse surjouant son faux bonheur et son « épanouissement personnel », Chris Cooper en colonel sadique, arriéré et homophobe ou encore Mena Suvari en Lolita superficielle et arriviste, ils sont tous formidables, à tel point que l’on se dit que c’est peut-être le casting dans son entièreté qui aurait mérité un Oscar à lui tout seul.

Bien que théoriquement et objectivement, un premier film ne peut JAMAIS être qualifié de chef d’oeuvre ou de film majeur, American Beauty constitue pourtant un film de très haut niveau, ayant réussi l’exploit d’imposer son réalisateur Sam Mendes dans la cour des grands. Mendes qui par ailleurs aura réussi à confirmer par la suite, et ce dans des genres divers (le film noir, le film de guerre, le film d’action) tout le bien qu’on pensait de lui.

Véritable œuvre majeure du cinéma américain contemporain, American Beauty continue, même bien des années après, à susciter à la fois la curiosité et l’admiration auprès des cinéphiles de tous les courants et de toutes les générations. En un mot comme en cent, du très beau cinéma et touche juste et fort là où il faut.

François B.

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. MrBurns dit :

    Excellent critique,dans 3 ans plus tard il signera son chef d’œuvre à était les sentiers de la perdition qui est clairement mon film préféré et le meilleur film de l’année 2002.

    Aimé par 2 personnes

    1. Il y aura une critique bientôt sur ce film que j’adore !!

      Aimé par 1 personne

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