Après Séance : Pentagon Papers

Pentagon Papers (The Post) est un film historique américain réalisé par Steven Spielberg.

Après un détour assez peu glorieux du côté du film familial pour Disney avec Le bon gros géant il y a un an et demi, Steven Spielberg effectue son grand retour en cette année 2018 durant laquelle il ne nous sortira pas un, mais deux films… en seulement deux mois d’intervalle !

Fidèle à son habitude, le cinéaste, depuis quasiment le tout début de sa longue et brillante carrière, aime alterner les films plus sérieux et réflexifs avec les divertissements plus grands publics de nature à déplacer les foules, l’illustration la plus marquante demeurant sans doute Jurassic Park sortit fin 1993 et La liste de Schindler, début 1994, pour prendre deux de ses films les plus reconnus et ayant su, malgré leurs grandes différences, attirer un très large public dans les salles obscures.

Ce sera donc rebelote cette année vu que, déjà en mars prochain, sortira Ready Player One, qui marque à la fois le grand retour de Spielberg à la S-F ainsi qu’au cinéma de divertissement.

LE Poids des mots…

C’est donc dans la catégorie de ses films réflexifs et sérieux qui, outre La liste de Schindler, compte aussi Lincoln, L’empire du soleil, La couleur pourpre ou plus récemment Le pont des espions, que figure ce Pentagon Papers, centré sur la liberté de la presse et le travail acharné et risqué des journalistes pour dévoiler des secrets peu flatteurs.

Située dans l’Amérique des années 70 qui s’enlise dans la guerre du Vietnam, le film raconte le combat de deux journalistes, Katharine « Kay » Graham (Merryl Streep) et Benjamin Bradlee (Tom Hanks), respectivement directrice de publication et rédacteur en chef au « Washington Post » (qui n’est encore à l’époque qu’un petit journal vivant dans l’ombre du « New York Times ») qui, après avoir découvert des dossiers compromettant impliquant plus que de raison l’administration américaine dans le bourbier vietnamien, sont bien décidés à faire éclater la vérité, quel qu’en soit le prix.

Comme à son habitude, Spielberg, qu’importe le sujet de son film (un homme vouée au régime nazi qui sous l’effet d’une prise de conscience se décide à agir pour le bien d’un peuple opprimé ; un parc d’attraction mettant en vedette des dinosaures recréés à partir d’ADN de moustiques fossilisés; la recherche d’un soldat égaré en pleine seconde guerre mondiale ; les déboires d’un jeune escroc en quête d’un père de substitution; les dernières semaines de la vie du président Lincoln), fait le maximum pour le rendre passionnant : acteurs prestigieux (Merry Streep et Tom Hanks en tête d’affiche, « what else ? »), mise en scène privilégiant les effets de suspense (vont-ils parvenir à faire éclater la vérité au grand jour ?), plans inventifs et d’une très grande fluidité formelle,…

Hélas, malgré une évidente bonne volonté, ces quelques éléments ne suffisent pas à faire un grand film et encore moins une œuvre majeure.

En bon conteur d’histoire, Spielberg s’arrange pour faire tenir son récit en haleine en privilégiant le montage alterné (passage d’un personnage qui mène sa propre enquête à un autre qui doit en subir les conséquences) et les effets musicaux (toujours composé par son ami de longue date, l’inoxydable et légendaire John Williams) ; le problème étant qu’à aucun moment, on ne ressent de véritables tensions ou émotions devant cette histoire pourtant intéressante sur le plan historique tant celle-ci se perd dans une incessante séries de bavardages plus ou moins inspirés qui finissent par franchement plomber le rythme du film, pourtant l’un de ses plus « courts » (1h55), et à le rendre d’une lenteur assommante.

A tel point que l’on a l’impression que Spielberg se repose uniquement sur ses comédiens pour faire avancer l’intrigue, plutôt que de mettre en scène de manière inventive les différents rebondissements de cette histoire, chose qu’il avait pourtant réussit à bien accomplir avec Le pont des espions ou même Lincoln qui, s’il souffrait également d’excès de bavardages, avait au moins de le mérite de se focaliser sur l’intrigue proprement dite, et non pas uniquement sur les paroles des protagonistes.

En plus de privilégier un peu trop souvent les dialogues à la mise en scène tel du théâtre filmé, le cinéaste se permet même de se montrer répétitif, voir même redondant, à force de nous resservir dans un même film les sempiternels allers-retours des personnages dans des lieux identiques (domiciles familiaux, salles de réunions et de conférences, avions) et les mêmes actions (appels téléphoniques, débats houleux au restaurant).

C’est triste à dire mais c’est à croire que l’ami Steven a choisit de faire fi de toute forme de créativité pour se focaliser avant tout sur le « message » de son film : « la vérité doit toujours être énoncée ».

Que ce soit dans la narration mais aussi sur le plan technique ; la photographie de son habituel chef opérateur, l’illustre Janusz Kaminski qui, bien que jolie et bien éclairée, ne fait que resservir les clichés des « seventies » à l’américaine vues et revus (hippies et beatniks qui manifestent devant la maison blanche, images télévisées en noir et blanc) sans aucune forme de renouvellement, l’inspiration fait ici cruellement défaut au point de transformer ce qui aurait très pu être un grand film sur le journalisme et son devoir, dans la lignée des « Hommes du président » d’Alan Pakula, en un petit film de luxe, intéressant et exécuté avec soin à défaut d’être passionnant et enrichissant.

Ceci dit, tout n’est pourtant pas à jeter et encore heureux. Bien que très formaté (quoi de mieux que de s’entourer de deux immenses comédiens habitués à collectionner les Oscars et n’ayant plus grand chose à prouver), l’association Merryl Streep – Tom Hanks fonctionne plutôt bien.

Dans la peau d’une femme journaliste étouffée par les hommes et qui doit faire face à diverses pressions (familiales, politiques, professionnelles), Merryl Streep prouve, si besoin en était encore, son immense talent d’actrice capable, en une fraction de seconde, de passer d’une émotion à une autre le plus naturellement du monde, privilégiant un jeu à la fois expressif et sobre, sans mouvements inutiles.

De son côté, dans le rôle du rédacteur en chef plus cynique, Tom Hanks est lui aussi très bon, à défaut d’être surprenant dans la mesure ou, depuis maintenant quelques films (Le pont des espions, Sully), le comédien semble s’employer à rejouer le même type d’homme bien intentionné faisant passer les besoins des autres avant le sien.

A souligner également la belle interprétation, tout en délicatesse et en retenue comique, du génial Bob Odenkirk, bien connu d’une partie du public pour son rôle de Saul Goodman, l’avocat véreux des séries Breaking Bad et Better call Saul.

Enfin, en dépit de son académisme et de son extrême lenteur, le film parvient néanmoins à éviter toute forme de lourdeur émotionnelle et de manichéisme gratuit et surfait style « les gentils journalistes d’un côte et les méchants de l’administration de l’autre », en se focalisation sur l’éclat de la vérité et de la liberté de la presse à tout prix.

Au final, et malgré une bonne volonté évidente, c’est à un Spielberg mineur et à mille lieux des sommets de La liste de Schnidler et de L’Empire du soleil auquel nous assistons, à croire que, en cinéaste d’une rapidité extrême (2 films réalisés en même pas un an), il en aurait laisser volontairement sa créativité au vestiaire au profit d’une œuvre certes très bien jouée et suffisamment bien attentionnée pour attirer un minimum l’attention, mais malheureusement trop académique et ampoulé pour convaincre pleinement.

Ne reste plus qu’à espérer que, dans un tout autre registre, son Ready Player One sera beaucoup plus ambitieux et inspiré.
Et, au vu de ses derniers films ( Le bon gros géant et désormais Pentagon Papers), inutile de dire qu’on est quand même un peu en droit de s’inquiéter au sujet de la forme d’un pourtant très grand cinéaste qui, en un peu plus de 45 ans de carrière, aura réussit l’exploit de réunir et d’enchanter tous les types de publics, petits comme grands, spectateurs lambda comme cinéphiles intransigeants.

François B.

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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Tout à fait d’accord, un film aux qualités indéniables, à l’histoire intéressante, mais un brin atténué par son côté très académique et peu surprenant. Un film qui est donc bon, mais il manque ce quelque chose pour franchir un cap !

    Aimé par 1 personne

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