Gremlins 2 : La nouvelle génération (1990)

Gremlins 2, la nouvelle génération est une comédie horrifique réalisée par Joe Dante.

Monstres, cartoons et compagnie.

En 1984, sortait sur les écrans de cinéma un film appelé à devenir l’un des plus cultes de sa génération : Gremlins, savoureux et délirant cocktail d’humour, de fantastique et d’horreur mis en scène par Joe Dante, cinéaste cinéphile s’il en est , déjà un peu connu à l’époque par une poignée de cinéphiles charmés par ses premières œuvres Piranha et Hurlements, jolies petites série B peuplés de clins d’œils cinéphiles aux classiques du cinéma d’horreur et fantastiques des années 30 et 50 tels que Frankenstein de James Whale ou encore « L’étrange créature du lac noir » de Jack Arnold.

 Énorme succès populaire lors de sa sortie, la Warner ne tarde pas à réclamer une suite à Gremlins, idée que Dante, préoccupé par d’autres projets (Explorers, L’aventure intérieure, The Burbs), réfute assez rapidement. Au vu des cuisants échecs commerciaux des trois films cités, Dante finit par accepter la proposition de la Warner à UNE condition : faire exactement le film qu’il a envie de faire.

Ainsi, à la noirceur du premier opus que venait (en partie) contrebalancer un humour noir des plus corrosifs vis-à-vis de la société américaine, le cinéaste lui substitue un style volontairement et (très) joyeusement foutraque : film dans le film, extraits de cartoons animés, personnages humains délibérément grotesques qui semblent ne pas se rendre compte de ce qui leur arrivent, des Gremlins beaucoup plus présents que dans le 1er opus et surtout encore plus déjantés; l’idée de génie de Joe Dante étant que dans cette suite, chaque Gremlin devait incarner un stéréotype bien précis : l’intellectuel, le pervers, la femme fatale, le débile et même… le transsexuel !

Soit toute une série de parti-pris clairement « anticonstitutionnel » dans ce type de production hollywoodienne a priori très mainstream. Spielberg lui-même, producteur des deux films, fut apparemment très dubitatif au vu du montage final du film.

Et pourtant… que c’est BON, mais que c’est BON de voir un film de divertissement hollywoodien qui se fout ouvertement de la gueule du monde, on peut même dire de « tout le monde ». En effet, parler de ce film de manière sérieuse n’aurait aucun sens vu que Gremlins 2 se présente ouvertement (et de l’aveu même de Joe Dante) comme un pure film cartoon, dans lequel personnages humains et Gremlins sont libres d’absolument faire tout ce qu’ils veulent sans aucune limites.

Et c’est justement ce qui fait de cette suite (qui peut aussi se voir comme un film à part entière, débarrassé de l’aura encombrante de son illustre prédécesseur) un vrai bonheur de cinéma.

En choisissant de réaliser un film purement comique, là où le premier Gremlins se revendiquait clairement comme un film d’horreur drôle et gentiment sarcastique, Dante laisse éclater librement sa cinéphilie via de très inventifs trouvailles de mise en scène :

– la rencontre entre un vieux comédien déguisé en Dracula et le Gremlin chauve-souris.

– Gizmo qui s’inspire du film Rambo 2 et des propos « philosophiques » de Stallone pour affronter ses ennemis.

– L’apparition du catcheur Hulk Hogan qui réclame le silence dans une salle de cinéma en train de diffuser… le premier Gremlins.

– La composition jubilatoire et excentrique du légendaire (et regretté) Christopher Lee en savant fou (le docteur Cathéter, sorte de petit-fils d’un certain docteur Frankenstein, clin d’oeil dans le clin d’oeil si l’on peut dire).

– L’intrusion des Gremlins dans un Western avec John Wayne (version DVD du film).

– Le film qui s’ouvre sur un début de cartoon mettant en vedette rien moins que Bugs Bunny et Daffy Duck.

– Le clin d’oeil à Batman de Tim Burton, lorsque le Gremlins chauve-souris s’enfuit de la tour Clamp.

Soit autant de trouvailles techniques et artistiques que le réalisateur prend un malin plaisir à faire découvrir au spectateur, comme s’il voulait lui dire quelle est selon lui l’idée d’une suite.

Ceci dit, si Gremlins 2 est un film vraiment très différent du précédent opus, il n’en oublie pas moins son statut de « suite de film générationnel ». Ainsi, des séquences ou idées du premier film se voient ici reproduites, de façon délirante et cartoonesques dans Gremlins 2 : la fameuse scène de l’agression de la mère du héros Billy (à nouveau interprété dans la suite par Zach Galligan) par les Gremlins cachés dans un sapin de Noël se voit ici reproduite via une séquence de femme cuisinière pour une émission télé culinaire (sorte de version américaine de la célèbre Maïté) se faisant agresser par les petits monstres dans une cuisine de studio ou encore la séquence du premier opus qui dévoilait les Gremlins occupés à se prélasser devant le « Blanche-Neige » de Disney prend la forme, dans Gremlins 2, d’un court monologue de Bugs Bunny s’adressant au spectateur face caméra en plein milieu de film !

Cela étant, il serait malencontreux de voir uniquement en Gremlins 2 un pur délire cinématographique truffé de référence aux classiques du cinéma et à la culture populaire en veux-tu en voilà.

NON, Gremlins 2 est bien plus que cela. Tout son potentiel satirique s’illustre aussi à travers le portrait peu glorieux d’une société américaine qui semble s’enfoncer de plus en plus dans la bêtise, car baignant dans des conventions de pacotilles (les riches devant toujours rester impérativement riches et les pauvres toujours plus pauvres, les vieux commerces contraints de déclarer forfaits face à la sur-puissance des multiplexes, la nature obligé de s’incliner face au progrès grandissant des nouvelles technologies design et post-modernes).

Comme dans la plupart de ses films (Hurlements, Gremlins , Panique sur Florida Beach, Small Soldiers), Dante utilise une série d’objets liés à l’enfance (jouets, poupées, ou simplement les enfants tout court) pour mieux dénoncer la superficialité de la société américaine (son patriotisme, son goût pour les armes à feu, pour l’argent, pour le progrès). Dans le cas de Gremlins 2, cette dénonciation se voit symboliser par l’un des personnages du film, à savoir le multimilliardaire Daniel Klamp dont les initiales et le nom en lui-même évoquent volontairement… Donald Trump, soit ni plus ni moins que l’actuel locataire de la Maison Blanche . A l’instar de Trump, Klamp privilégie les riches aux pauvres, veut remplacer les petits commerces par les grosses industries, prétend se soucier des plus démunis afin d’exercer encore un peu plus de pression sur eux.

Le simple fait de revoir ce film aujourd’hui, et de se rendre compte de cette caustique « métaphore avant l’heure » en dit long sur ce qu’est devenu l’Amérique entre 1990 (date de la sortie du film) et aujourd’hui : une société de plus en plus nombriliste privilégiant de plus en plus l’argent à la créativité (constat qui vaut également pour l’industrie hollywoodienne d’aujourd’hui) et surtout (exactement comme dans le film) une Amérique qui n’en a plus que faire des petites gens, de ceux qui doivent réellement galérer pour pouvoir ramener à boire et à manger le soir à la maison.

Bref, la raison pour laquelle cette critique de Gremlins 2 me tenait à cœur tient de deux choses. La première vient de l’envie de réhabiliter un film quelque peu mésestimé, on peut même dire incompris car se détachant énormément du premier ; la seconde relevant du constat que, en dépit du ton volontairement sarcastique, foutraque et loufoque du long-métrage, il était clairement en avance sur son temps au niveau des travers de la société américaine d’aujourd’hui.

Une autre aberration serait de se demander si Gremlins 2 est meilleur, ou au contraire moins bon, que le premier. Pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que ces deux œuvres sont beaucoup trop différentes l’une de l’autre. Certes, l’idée des Gremlins qui se développent accidentellement à base d’eau et de lumière à partir du gentil petit mogwaï Gizmo sert d’arc narratif central aux deux films mais pour déboucher sur deux éléments différents. Le premier Gremlins est en quelque sorte un « film d’horreur comique », là où le second serait plutôt un « film comique gentiment trash ».

Quoiqu’il en soit, Gremlins 2 est un film jubilatoire à plus d’un titre, à voir et à revoir, où même à redécouvrir, pour ceux qui seraient sur la touche (ce qui se peut comprendre) lors de leur première vision du film.

François B.

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2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Ywan Cooper dit :

    J’ai trouvé ce film cinématographiquement médiocre, pourtant je l’aime beaucoup ; je l’ai vu deux fois et je le reverrais avec plaisir. Il est clairement d’une grande richesse, et comme on sent que la régie s’est éclatée à le faire, on s’éclate aussi à le voir. Son statut culte est tout à fait compréhensible.

    Aimé par 1 personne

  2. roijoyeux dit :

    j’ai vu le premier, à voir celui ci, à découvrir !!

    Aimé par 1 personne

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