Ava (2017)

Ava est une comédie dramatique écrite et réalisée par Léa Mysius.

Ce qu’il faut savoir sur ce film :

– Après avoir exercée et été remarquée dans le monde du court-métrage, Léa Mysius souhaite mettre en scène son premier long métrage en reprenant son scénario de fin d’étude à la FEMIS (Fondation européenne des métiers de l’image et du son) de 2014, ce qui lui avait valu le Prix Arlequin du Prix Sopadin Junior.

Ava a concouru lors de la 56e Semaine de la critique à Canne et s’est fait remarqué dans de nombreux festivals (Montréal, Stockholm, Munich…).


Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

Ava inspire à quelque chose de frais dans le cinéma hexagonal. Son affiche, son sujet et la bande annonce nous montrent un film sur l’adolescence pas comme les autres.

Un petit mot sur l’histoire ?

Ava, 13 ans, est en vacances au bord de l’océan quand elle apprend qu’elle va perdre la vue plus vite que prévu. Sa mère décide de faire comme si de rien n’était pour passer le plus bel été de leur vie. Ava, solitaire et butée, affronte le problème à sa manière en vivant son été avec intensité. Elle vole un grand chien noir qui appartient à un jeune homme en fuite…

Les premières minutes ?

La réalisatrice prend soin de poser le décor, qui se révèle envoûtant grâce à une adéquation entre la photographie et le format 35mm. L’accent est mis sur les couleurs (océan, sable, ciel…) et sur les regards qui s’entrecroisent. Ava erre au milieu de « paradis » illuminé, ce qui renvoie efficacement avec sa maladie. Léa Mysius oppose constamment la lumière et l’obscurité, à l’image également du chien qui déambule au milieu des vacanciers. Le parallèle avec Ava est évident, c’est pourquoi elle va s’y accrocher.

Le casting ?

Noée Abita est tout simplement une révélation. Cette jeune actrice propose une interprétation aussi charmante que déstabilisante. Elle joue avec force et simplicité, rien qu’avec son regard. Léa Mysius est consciente de son potentiel et l’exploite à merveille.

A ses côtés dans le rôle de la mère à côté de la plaque, Laure Calamy se montre à son aise. Elle nuance comme il faut le côté indélicat et fragile de son personnage.

Juan Cano est solide dans la peau du bad boy qui fait fondre le cœur d’Ava. D’ailleurs, le duo qu’il forme avec Noée Abita m’a rappelé un peu le couple Sasha Lane/Shia LaBeouf dans American Honey.

Et au final ça donne quoi ?

Pour son premier long métrage, Léa Mysius orchestre une sublime brise poétique et dramatique sur le cinéma français. A mes yeux, Ava se rapproche du cinéma indépendant américain. Le parallèle avec American Honey n’était pas anodin, deux âmes perdues à la soif de rêves et de liberté. On retrouve également ça dans Ava. La cinéaste travaille habilement l’environnement paradisiaque et la sensualité, pour y insuffler de la fièvre et de la révolte. Ceci prend forme avec Ava, qui lutte contre sa maladie à travers l’éveil de ses sens et de ses pulsions.

La mise en scène dépeint intelligemment les émotions brutes d’Ava, à la fois sombres et lumineuses. La réalisatrice s’appuie sur la beauté des décors, en mettant avant les ombres et la lumière sur les corps. Léa Mysius affiche clairement un rapport aux corps et à la matière, qui viennent se confondre pour nous dévoiler une quête identitaire. D’ailleurs, la scénographie flirte avec le fantastique, laissant aller l’imagination, les délires d’Ava. La photographie épouse parfaitement la vision de la réalisatrice, et le montage fournit un rythme envoûtant.

Du point de vue scénaristique, on démarre sur un traitement classique de l’adolescence, mais très vite il y a ce soupçon d’originalité avec la maladie d’Ava. La jeune fille est pleine construction identitaire, et elle se voit contrainte de s’adapter et ainsi aller vers une nouvelle voie. Il faut également souligner l’importance de son quotidien familial, avec une mère célibataire quelque peu dépassée et une petite sœur de quelques mois. Ava est réfractaire à cette situation, et elle va le montrer au fur et à mesure des évènements. L’adolescente va perdre la vue, soit une partie de sa vie, et il est temps pour elle de vivre avant de s’éteindre complètement. Les dialogues, les actes et les regards sont finement composés, ce qui amène un véritable éclat au long métrage.

La bande originale de Florencia Di Concilio accompagne efficacement les images. La voix de Sharon Jones commente parfaitement la situation d’Ava, qui n’a que 13 ans et qui a franchi un cap sans que son entourage s’en est aperçu.

En résumé, Ava est une œuvre crépusculaire et magnétique sur l’adolescence. Léa Mysius signe un très bon premier long métrage et on a hâte de découvrir le prochain. Tout comme la réalisatrice, Noée Abita est à suivre de près.

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