Devil Town (2018)

Devil Town est une mini-série policière de 4 épisodes écrite et réalisée par Critique Masquée.

Ce qu’il faut savoir sur cette mini-série :

– Un épisode a été diffusé chaque jeudi à partir du mois de février 2018.

– Critique Masquée a produit, écrit et réalisé Devil Town. Le projet s’est étalé sur plus de trois années au total avec des bénévoles et à peu près 5 000 euros de budget.


Pourquoi j’ai voulu voir cette série ?

Je regarde le travail de Critique Masquée depuis près de 7-8 mois sur YouTube, ses critiques sont pertinentes pour un format efficace. J’étais donc très intrigué lorsqu’il a annoncé qu’il avait conçu une série intitulée Devil Town, et qu’elle allait débarquer sur YouTube en début d’année. On peut dire que Critique Masquée a subtilement attisé ma curiosité avec quelques teasing aussi bien visuel que verbal. Voyons à présent ce qu’il nous a couvé pendant trois années.

Un petit mot sur l’histoire ?

Bienvenue à D-Town.

Une ville fantasmée, ni en France, ni en Amérique, ni hier, ni aujourd’hui. D-Town est une ville corrompue, située entre la mer et la montagne, les initiés l’appellent Devil Town, la ville du démon où chacun est l’ennemi de son prochain.

Le premier épisode ?

Titré Une journée à D-Town, ce premier épisode vient efficacement poser les bases et accrocher le spectateur. Critique Masquée étale sa culture cinématographique, sans prétention, tout en imposant une identité.

Tout d’abord, l’atmosphère polar noir est très intéressante, puisqu’elle combine plusieurs époques à la fois. On pense au cinéma des années 50, on pense aux années 70/80 (Les Ripoux, Le choix des armes…) ou encore à Sin City. La mise en scène est fluide, à l’image de l’intrigue. On débarque en terrain inconnu, et pourtant Critique Masquée réussit à poser une ambiance grisonnante et un guide charismatique en la personne de Flynn Cooper. Ce personnage me fait penser à un mélange de Bullock (Batman) et Jean Gabin. D’ailleurs, les dialogues se veulent dans la veine d’Audiard et de Bonvoisin. On peut reprocher quelques facilités, mais ça reste assez solide dans l’ensemble.

Au final, ce premier épisode met bien en bouche. Il y a du soin dans la scénographie et le rythme. En ce qui concerne l’écriture, Critique Masquée laisse des portes ouvertes, pour donner plus de relief à l’intrigue et à ses personnages. En outre, Une journée à D-Town est un épisode efficace, synonyme de bon démarrage.

Le casting ?

Comme nous le montrait si bien le premier épisode, Devil Town est tient un très bon acteur principal. Pascal Lagrandeur se montre à son aise sous l’imper de Flynn Cooper. Son naturel donne au personnage du coffre, ce qui en fait un flic à l’ancienne assez savoureux. Les dialogues lui donnent un gouaille qui s’accorde comme il faut avec sa gestuelle et son regard.

Raphael Mouradian (Joe Calderon) et Jessica Perrin (Sam Pinewood) sont plutôt lisses au départ, puis ils prennent tous les deux de l’assurance au fil des épisodes. Davy Chatillon (Thierry) tient une certaine ressemblance avec David Fincher, et c’est la seule chose que je retiens.

Jimmy Roure (Jimmy Glover) ne m’a pas vraiment convaincu sur l’ensemble de la série. Ne revanche, je retiens deux seconds rôles qui méritaient peut-être d’être plus importants, François Bureloup (Bobby Kindle) et l’interprète du Baron. Ces deux acteurs ont de la gueule et colle comme il faut à l’esprit de la série.

Et au final ça donne quoi ?

Après ce quatrième et dernier épisode, on se dit que cette série a été faite avec passion de bout en bout. Critique Masquée y a insufflé le cinéma qu’il aime et qui l’a forgé. Devil Town est un concentré de multiples références cinématographiques, ce qui amène à une fiction expérimentale au combien intéressante. Un patchwork où chacun trouvera quelque chose à son goût. 

Bien qu’elle ne soit pas sans faille, la mise en scène regorge d’idées et ne cesse d’évoluer. Cette audace s’avère payante puisqu’elle donne de l’épaisseur au rythme, à l’intrigue et aux personnages. Le troisième épisode en est la parfaite représentation, c’est pourquoi il s’agit de l’épisode le plus abouti de la série. Les prises de vues sont variées, tout comme les environnements et les procédés. Les scènes d’intérieurs sont les mieux conçues à mon sens, aussi bien dans le placement de la caméra, que dans l’utilisation des ombres et de la lumière (après les tournages en extérieurs ne sont jamais faciles).

Avec le recul (même si j’y pensais déjà lors du premier épisode), je me dis que le noir et blanc (avec quelques couleurs symboliques) aurait peut-être donné encore plus d’impact et d’idées à Critique Masquée. Après, on aurait pas eu le droit à cette atmosphère sombre et urbaine, à cette direction artistique… qui nous donnent cette force intemporelle. Donc, il est évident que la couleur a été réfléchie, et qu’elle est justifiée. Critique Masquée propose un univers singulier, qui a ses propres codes, ce qui m’a fait penser en premier lieu à Sin City et à I comme Icare.

Sur le plan scénaristique, l’intrigue a de plusieurs tiroirs. Certains sont ouverts, d’autres entre-ouverts, ce qui amène des interrogations, et une mise en marche de l’imagination. Là où l’on peut être moyennement convaincu, c’est au niveau des dialogues et la composition des personnages. On a une griffe inégale, donnant quelques fois des fulgurances mais tombant aussi dans la facilité. En revanche, la structure narrative est parfaitement adaptée au format série.

La bande originale est signée Alain Governatori, et j’ai tout simplement adoré ce score. Sa musique se rapproche de Hans Zimmer avec des envolées lyriques et des percussions palpitantes.

En résumé, Devil Town a été fait avec passion et sérieux. Comme tout premier projet, il y a évidemment de l’insouciance, qui sert et qui dessert, peu de moyens… mais on ne pourra pas retirer à Critique Masquée et son équipe d’avoir fait preuve d’audace et d’ambition. Je tire mon chapeau à toutes celles et tous ceux qui ont travaillé sur cette fiction, car le résultat final est est loin d’être totalement amateur. A mon sens, il s’agit d’un très bon point de départ, pour nous embarquer par la suite dans un projet encore plus fou.

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