Laissez bronzer les cadavres (2017)

Laissez bronzer les cadavres est un thriller franco-belge écrit et réalisé par Hélène Cattet et Bruno Forzani.

Ce qu’il faut savoir sur ce film :

– Il s’agit de l’adaptation du néo-polar éponyme de Jean-Patrick Manchette et Jean-Pierre Bastid.

– Après avoir tourné plusieurs courts-métrages, auto-produits pour la plupart, Hélène Cattet et Bruno Forzani réalisent Amer en 2009 et L’étrange couleur des larmes de ton corps en 2012. Laissez bronzer les cadavres est leur troisième long métrage, toujours accompagnés par le tandem de producteurs Eve Commenge/François Cognard.


Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

Hélène Cattet et Bruno Forzani font parti de ces cinéastes français à suivre de près. Leur cinéma vise à rendre hommage aux films et aux cinéastes qu’ils affectionnent, tout en proposant des œuvres sombres avec quelques rayons oniriques. Laissez bronzer les cadavres ne devrait pas déroger à la règle.

Un petit mot sur l’histoire ?

La Méditerranée, l’été : une mer d’azur, un soleil de plomb… et 250 kilos d’or volés par Rhino et sa bande ! Ils ont trouvé la planque idéale : un village abandonné, coupé de tout, investi par une artiste en manque d’inspiration. Hélas, quelques invités surprises et deux flics vont contrecarrer leur plan : ce lieu paradisiaque, autrefois théâtre d’orgies et de happenings sauvages, va se transformer en un véritable champ de bataille… impitoyable et hallucinatoire !

Les premières minutes ?

Hélène Cattet et Bruno Forzani nous montrent déjà leur fidélité à l’aspect sensoriel de leur cinéma. Le son, la colorimétrie et la matière sont mis en avant pour serrer son spectateur dans une tenaille expérimentale. L’importance du montage saute également aux yeux, notamment sur la première séquence qui se révèle subtilement décalée.

Les influences du cinéma italien des années 60/70 se font ressentir sur chaque plan. On retrouve les codes du western spaghetti, sur l’ensemble de la mise en scène et dans la musique.

Le premier quart d’heure vise à nous en mettre plein les yeux et les oreilles. Malheureusement, on est dans la surenchère, ce qui fait un peu peur pour la suite. Et si Hélène Cattet et Bruno Forzani avaient déjà défouraillé trop vite ? En tout cas, l’intrigue prend un virage intéressant au bout des quinze premières minutes, et ça sent l’embrouille à plein nez.

Le casting ?

Dans la peau du chef de la bande, Stéphane Ferrara alterne le bon, le moins bon, et le satisfaisant. L’ancien boxeur a la gueule de l’emploi, mais au niveau de son d’acteur, c’est parfois limite.

Elina Löwensohn est l’une des réussites de la cette distribution. A la fois glaciale et sensuelle, l’actrice américano-roumaine est impeccable dans le rôle de Luce. Elle déstabilise aussi bien le spectateur que les protagonistes, elle sème le doute, la peur et la passion jusqu’au bout.

L’autre valeur sûre du casting, c’est Bernie Bonvoisin. Son interprétation mise avant-tout sur le frontal, et avec son charisme ça fonctionne à merveille.

Sur le plan secondaire, on retient Dominique Troyes en flic et Marine Sainsily en femme douce et fatale.

Et au final ça donne quoi ?

Laissez bronzer les cadavres est globalement une réussite. Le western soufflé au psychédélique, ce qui amène à une certaine évolution des codes. Hélène Cattet et Bruno Forzani proposent une nouvelle expérience, mais qui n’est pas aussi bien orchestrée que pour leur précédent long métrage.

La mise en scène nous offre des plans sublimes, pétris d’originalité d’esthétique morbide ou érotique. On sent les influences, sans tomber dans copier/coller. Hélène Cattet et Bruno Forzani  créent de véritables images, limite des tableaux parfois. Les couleurs et le son donnent un relief implacable à l’environnement et ses occupants. Le montage fait corps avec la structure narrative, ce qui apporte un dynamisme savoureux au long métrage. Un parti pris justifié, mais qui part malheureusement dans le surplus. En revanche, insaisissable fonctionne. On a une réalité qui croise l’onirisme, ce qui rend le film fascinant et un vrai goût d’expérience cinématographique.

Sur l’écriture, on peut reprocher un manque de psychologie et d’enjeux pour certains personnages, mais ça passe. L’esthétisme apporté par le cadre et la photographie donne l’étoffe nécessaire pour que l’on s’accroche à ses hommes et ses femmes. Bien sûr, on en oublie quelques uns puisqu’il n’apporte pas grand chose à l’intrigue au final. Justement, l’intrigue est plutôt mince car tout passe par le visuel, ce qui entraine quelques longueurs. Pour finir sur la plume, les dialogues méritaient d’être bien plus fins et originaux.

La bande originale reprend des titres d’Ennio Morricone et d’autres compositeurs italiens, ce qui amène tout de suite le côté exotique et entrainant.

En résumé, Laissez bronzer les cadavres est un western sous acide qui réinterprète les codes du cinéma de Leone, Peckinpah et Argento. Un mélange unique et fascinant, même si il n’est pas exempt d’erreurs au niveau du dosage.

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