Après Séance : Phantom Thread

Phantom Thread est un film dramatique britannico-américain écrit et réalisé par Paul Thomas Anderson.

Cela fait maintenant un peu plus de 20 ans que le cinéaste américain Paul Thomas Anderson s’est forgé une solide réputation auprès des cinéphiles en tout genre. D’avantage connu de la critique que du grand public, le cinéma d’Anderson est certes exigeant, perfectionniste (pas pour rien que l’un de ses modèles soit Stanley Kubrick) mais avant tout terriblement humain.

Plus qu’une critique de l’Amérique que l’on trouve souvent en arrière-fond dans ses films, c’est avant tout des portraits d’individus écorchés vifs et psychologiquement au bord de la folie du fait que leur mal-être intérieur finit par leur faire perdre progressivement goût à la vie.

A l’instar des autres films du réalisateurs (« Boogie Nights« , « Magnolia« , « There will be blood« , « The Master« ), Phantom Thread n’échappe pas à la règle au point de laisser parfois de marbre.

Certes, comme très souvent chez Anderson, la réalisation est très minutieuse (l’action se déroule dans l’Angleterre des années 50, dans le milieu de la mode) et inspirée (la photographie est somptueuse et très lumineuse), la direction d’acteur est remarquable mais le principal souci réside dans le fait que le cinéaste ne parvient pas à se renouveler, au point de donner l’impression de se reposer sur ses lauriers.

Anderson a déjà prouvé qu’il était un très grand cinéaste (en atteste ses deux chefs d’oeuvre, « Magnolia » et « There will be blood« ) de par le fait qu’on sentait en lui une véritable ambition d’artiste, avec comme souvent dans son cinéma le souhait de dresser le portrait d’individus un peu dérangés dans une époque bien définie (l’Amérique du Vieil Ouest, celle des années 70 ou encore celle des années 90).

Avec Phantom Thread, Anderson se contente de livrer une œuvre à la forme très belle (outre la photographie déjà cité, les plans sont aussi d’une grande beauté plastique) mais au fond qui sonne relativement creux. Plus qu’une véritable histoire, c’est surtout la chronique d’une relation amour-haine entre deux personnes issues de génération différente (un couturier obsessionnel vieillissant et qui, mis à part son boulot, semble être incapable de faire autre chose de sa vie et une jeune femme farouche et indépendante d’esprit) que donne à voir le réalisateur. Dès lors, bien que très bien interprété, cette relation ambigüe entre deux êtres différents tourne le plus souvent en rond au point de ne jamais trop savoir où aller. Vont-ils finir par vraiment s’aimer ? L’un va-t-il changer par amour pour l’autre ? L’un va-t-il faire changer l’autre ?

Ces différentes questions, le cinéaste se garde bien d’y répondre, préférant s’attarder en long et en large sur des plans à l’esthétique soigneuse et inspirée(gros plans sur les objets en ébullitions -beurre frit dans une poêle, café que l’on sert dans une tasse-comme pour mieux symboliser l’ambiguïté de leur relation, plans larges de personnages filmés dans des lieux étroits et vide -salle de travail, cuisine, couloir- pour mieux dévoiler leur vie de plus en plus tiraillée par l’amour et le mépris), qui démontre si besoin en était encore que Paul Thomas Anderson est un plasticien hors pair.

Et pourtant, malgré ces indéniables qualités techniques, la lenteur se fait douloureusement sentir, au point de susciter parfois un certain ennui, entrecoupé de quelques bâillements. Le problème est que ce genre d’histoire a déjà été racontée, et ce de manière nettement plus développée, par Anderson lui-même dans deux de ses films, à savoir « The Master« , qui racontait la relation amitié-haine entre le gourou d’une secte et son élève le plus dissipé et « There will be blood« , qui contait l’affrontement psychologique entre un prospecteur pétrolier ambitieux et obsessionnel et une jeune prêtre arriviste.

Là ou Phantom Thread aurait pu prétendre au titre d’excellent film, c’est si Anderson avait décidé de raconter une véritable histoire plutôt que de se contenter, de simplement dévoiler des scènes amour-haine sans véritable lien narratifs entre elles pendant près de 2 heures de film que l’on sent bien passer.

Ceci dit, malgré le fait qu’il soit très inégal, il n’en reste pas moins intéressant, et ce grâce à ses formidables acteurs. Une fois encore, l’immense Daniel Day-Lewis, dont ce Phantom Thread pourrait bien être le dernier film, livre une prestation énorme dans la peau de Reynolds Woodcock, sorte d’homme-enfant du fait qu’il semble encore dépendre de sa sœur et du souvenir de leur défunte mère, et très fragile psychologiquement parlant. Que ce soit par ses expressions faciales (sourires en demi-lune, sourcils froncés, moue boudeuse, regard fixe et intense), sa démarche (il se déplace souvent à grandes enjambées) et sa voix à la fois douce et inquiétante, Day-Lewis démontre à nouveau tout son génie de comédien, à tel point qu’on en vient à vouloir qu’il revienne sur sa décision de prendre sa retraite pour raisons personnelles.

Face à lui, la jeune et prometteuse Vicky Krieps, dans le rôle d’Alma Elson, est tout aussi remarquable. A la fois indépendante d’esprit de par son franc-parler et son refus dépasser pour une victime soumise et et touchante dans son envie de faire évoluer son compagnon, la comédienne varie les émotions avec précision et rigueur, en restant toujours naturelle.

En bref, loin d’être un immense Paul Thomas Anderson, Phantom Thread n’en reste pas moins un films plutôt intéressant de par sa beauté plastique et formelle et ses excellents comédiens, mais trop pompeux par moments de par sa lenteur écrasante et son absence de véritables enjeux narratifs, le réalisateur ayant visiblement décidé de privilégier la forme plutôt que le fond, alors que par le passé, il a su prouver qu’il savait manier ces deux notions avec panache et maestria.

François B.

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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. J’ai eu un avis plus enthousiaste, c’est pour l’instant mon film de l’année, probablement car ce genre de film est trop peu commun de nous jours. Il ne me reste plus qu’à découvrir le reste de la filmo de PTA (surtout Boogie Nights et The Master). 🙂

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