Saint Amour (2016)

Saint Amour est une comédie franco-belge réalisée par Benoît Delépine et Gustave Kervern.

Après leur plongée vers Near Death Experience, marquant le fond d’une descente déjà bien amorcée par Mammuth, le joyeux duo Kervern-Delépine semble avoir décidé, avec ce dernier opus, de remonter la pente. Et comme rien ne se fête sans un verre à la main, c’est donc bien volontiers que l’on se laisse embarquer dans une savoureuse équipée sur la route des vins.

Depardieu, ici Jean, en papa de Poelvoorde, ici Bruno, il fallait y penser, puis oser ! C’est donc Jean qui, cherchant à se rapprocher de son fils afin de le convaincre de reprendre son élevage bovin, va convier celui-ci à passer du virtuel au réel : finies, les routes des vins sans sortir du périmètre du Salon de l’Agriculture, père et fils vont se lancer sur les routes de France à l’arrière… non pas des berlines qu’affectionnait Bashung, mais d’un taxi, vaillamment conduit par l’ascensionnel Vincent Lacoste.

C’est ici que le film atteint sa profondeur : sous les dehors d’un road-movie désopilant, perce une réflexion touchante sur la transmission, la filiation, la recherche de l’autre, sa perte… Osent même s’inscrire quelques scènes bouleversantes, brèves, comme celle où le manque de la mère disparue s’avoue entre le père et le fils, ainsi que les subterfuges inventés pour le surmonter ; ou encore celle où Céline Sallette, toujours magnifique, dévoile la menace de vide qui la ronge à travers le risque d’absence d’enfant.

On se dit qu’il faut un certain courage, chez les acteurs, pour s’offrir en pâture à la caméra de Kervern et Delépine. En effet, ceux-ci n’hésitent pas à livrer les corps dans leur laideur, leur impuissance, leur ridicule. Mais la scène finale, objectif braqué sur un gros ventre féminin plein de promesses, et les trois pères penchés sur lui, est un moment de pure élation ; dans un chevauchement des voix, chacun des trois géniteurs potentiels psalmodie, en caressant la paroi arrondie : « C’est Papa, c’est Papa, c’est Papa ». Message auto-annulant, dans lequel l’émission désordonnée de la syllabe « pa » invite incontournablement à entendre l’adverbe de négation « pas ». Et message qui dit tout du grand sens de la nuance, et de l’infinie subtilité des réalisateurs.

Anne Schneider.

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