Notre jour viendra (2010)

Notre jour viendra est une comédie dramatique française co-écrite et réalisée par Romain Gavras.

Patrick et Rémy n’ont ni langue, ni pays, ni armée : ils sont roux. Ensemble ils vont combattre le monde et sa morale, dans une quête hallucinée vers l’Irlande et la liberté.

Il s’agit du premier long métrage de Romain Gavras, qui prépare actuellement la sortie de son deuxième intitulé (pour l’instant) Le Monde ou rien. Notre jour viendra est un road movie décapant dans la veine des Valseuses de Bertrand Blier, à la fois fascinant, drôle et dérangeant. Romain Gavras porte son regard sur deux hommes qui n’arrivent pas à s’inclure dans la société, et qui cherchent à crier haut et fort leur détresse.

Dés les premières minutes, le cinéaste instaure une atmosphère froide et grisonnante, en jumelant le piano de Rachmaninoff  avec les images désertiques d’une plage, d’un port et d’une rue. Cette ouverture symbolise la solitude qui englobe le jeune Rémy et Patrick, un conseiller d’orientation psychanalyste. Cet isolement va faire que les deux hommes vont se rencontrer, et qu’ils vont chacun se rattacher à l’autre pour avancer, et surtout tenter d’exister. Romain Gavras sert son propos avec une bonne dose d’humour noir, quelques faits violents et un soupçon d’amour.

A travers les regards des deux marginaux, le réalisateur nous dépeint l’humain dans sa bêtise, sa folie, et les conséquences (minimes ou extrêmes) que cela peut engendrer. Une autopsie des inadaptés dans une belle virée infernale, en compagnie de deux acteurs irréprochables. Vincent Cassel est impérial dans la peau du quadragénaire qui envoie tout valser pour découvrir autre chose, une nouvelle destiné. A ses côtés, Olivier Barthelemy épouse brillamment la performance de son partenaire, en lui répondant de manière intense et sensible. De par son personnage, il amène une autre forme d’écorché vif (autre génération), plus fragile et plus réservé. Le duo rappelle évidemment celui de Depardieu/Dewaere dans les Valseuses, d’un côté leader et de l’autre le suiveur.

Dans sa mise en scène, Romain Gavras insiste bien sur les couleurs et les matières. Il en ressort une ambiance glaciale, qui est à la fois si proche et si loin de nous. Le réalisateur insuffle dans son authenticité un grain d’onirisme, cela colle efficacement avec la traversée des âmes perdues. La cadre brille grâce un traitement de la lumière inspiré et une photographie somptueuse. Les plans iconiques réfléchissent sur d’autres, à l’image des premières minutes et des dernières. Une réverbération qui montre bien la finesse dans l’écriture et sa projection à travers la caméra.

Le scénario agît comme une spirale infernale, où le maître est peu à peu dépassé par la folie qu’il a enclenché chez son élève. Le road movie se prête parfaitement au propos, et le ton décalé et grinçant est subtilement adapté. Romain Gravas traite des thématiques fortes (racisme, antisémitisme, violence, endoctrinement) avec exagération et absurdité, car elles font la une des actualités quotidiennes. A travers cet ensemble, le cinéaste porte un regard pessimiste sur la société d’aujourd’hui. La révolte sommeille en chacun dans une société qui exige une existence pour chaque individu. Remy et Patrick veulent exister et être reconnus, sauf qu’ils n’ont pas le bon mode d’emploi. La composition des dialogues est très bonne, notamment pour Vincent Cassel.

La bande originale de SebastiAn et Rachmaninoff accompagne efficacement l’atmosphère et les anti-héros. On a d’un côté de l’électro qui porte les personnages vers l’impression d’exister, et de l’autre, un ton plus tragique avec quelques notes de piano solo.

En résumé, Notre jour viendra est le cousin des Valseuses, pas aussi déstabilisant, mais tout aussi fascinant. Après ce premier film, on attend avec impatience le prochain de la part Romain Gravas.

Publicités

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Macdophage dit :

    Ho oui, qu’il est bon ce film… Dérrangeant est sûrement son qualificatif idéal

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s