The Assassin (2016)

The Assassin est un film d’arts martiaux chinois réalisé par Hsiao-Hsien Hou.

Étrangement répertorié dans la catégorie « Arts martiaux », The Assassin offre en tout premier lieu de puissantes qualités esthétiques, parmi lesquelles les moments de combat ne s’inscrivent que comme répondant à ce souci fondamental et constant.

S’ouvrant sur un magnifique noir et blanc aussi fortement contrasté que si les plans étaient surlignés à l’encre de Chine, premier temps qui nous informe de la mission meurtrière de l’héroïne, le film laisse soudain exploser la couleur lors du générique initial, sur fond d’un paysage naturel qui surclasse toutes les estampes du musée Guimet et où la couleur rouge saigne de manière inquiétante.

Une fois effectuée cette entrée dans la couleur, le vertige esthétique ne va plus cesser et les décors vont se succéder, intérieurs et extérieurs, tous plus fascinants les uns que les autres. La dose de beauté reçue par vos pupilles dilatées dans l’obscurité est d’ailleurs telle qu’il est fortement recommandé de ne pas visionner ce nouvel opus de Hou Hsiao Hsien en état trop caractérisé de manque de sommeil car vous risquez, sinon, de passer constamment de l’état onirique à l’état de veille, propulsé dans le sommeil par les soies mordorées des costumes, les parois des tentes faites de pans de tissus aux teintes profondes et ondulant à la moindre brise ; arraché à ce rêve, où Baudelaire et la Chine se rencontrent, par le bruissement aigu et soyeux d’une lame fendant l’air et par le choc cristallin du métal, replongeant dans l’eau de Morphée devant deux combattants dont les pieds ne touchent plus le sol et qui tournoient au ralenti dans l’éther…

Car le rythme du film est fait de ces contrastes : de longs plans vertigineux, à la beauté hypnotique, soudain fendus pas une irruption brusque de violence dansée ; les sons s’animent soudain, mais toujours irréels, à force de délicatesse. L’assassine elle-même se meut comme une couleuvre entre les tentures des pièces, accompagnant des lambeaux de brume dans leurs glissements, en une douceur qui dément le redoutable tournoiement de son poignard à lame recourbée.

Figure elle-même oxymorique, apte à exercer une vengeance foudroyante, mais capable également de se commuer en ombre vigilante et protectrice, sur le modèle de Guanyin, la divinité miséricordieuse du théâtre Nuo, qui renonça à prendre vengeance de son propre père.

Anne Schneider.

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