Après Séance : Everybody Knows

Everybody Knows est un film dramatique espagnol écrit et réalisé par Asghar Farhadi.

Laura et ses deux enfants arrivent de Buenos Aires. Ils se rendent dans le village familial, dans la région de Castilla La Mancha. En apparence, toutes les conditions sont réunies pour passer un bon week end en célébrant le mariage de sa sœur. Seulement au cours de la soirée, un des invités est kidnappé. S’en suivent alors une enquête haletante et des règlements de comptes.

Pourquoi j’ai voulu voir ce film ?

D’Asghar Farhadi, j’avais beaucoup aimé les films Une Séparation et Le Client il y a quelques années. C’est pourquoi en voyant dans la liste des films de Cannes le nom de ce réalisateur iranien, j’étais curieuse de voir ce qu’il pouvait nous raconter cette fois dans Todos los saben ( ou Everybody Knows). Il nous offre cette année un « thriller psychologique » dense et intense.

Les premières minutes ?

Le film démarre dans un clocher, les cloches sonnent et l’horloge de l’église tourne : déjà, le réalisateur instaure l’idée d’un compte à rebours et d’un enfermement avant que ne survienne le drame. De plus, quelqu’un, muni de gants, découpe des articles de faits divers dans un journal. Une fois le générique fini, on assiste à une scène d’exposition classique. Les personnages sont introduits chacun leur tour et la situation initiale du mariage est mise en place par le biais des dialogues. Le spectateur se rendra compte après coup que toutes les cartes lui étaient données dès cette scène d’exposition. Cependant, après les quinze premières minutes, rien ne laisse transparaître un événement tragique. Au contraire, le réalisateur nous emmène dans l’euphorie du mariage.

Le casting ?

Le réalisateur s’offre une belle distribution avec ces quatre acteurs qui portent le film :

Penelope Cruz, alias Laura, s’en sort admirablement pour ce rôle difficile mais son jeu n’égale pas ses prestations passées, aux côtés de Pedro Almodovar.

Ricardo Darin, alias Alejandro, mari et père impuissant, au bord du gouffre, fait le travail et ça suffit à nous convaincre.

Javier Bardem, alias Paco, bluffant à l’écran dans la peau de ce personnage héroïque, se montre bien meilleur que dans Escobar.

Barbara Lennie, alias Bea, moins célèbre que les trois acteurs précédents est pourtant tout aussi lumineuse que les autres.

Et au final ça donne quoi ?

Ce qui revient comme dans ses autres films,c’est sûrement cette palette de personnages travaillés et nuancés. Force est de constater que l’on se trouve dans la fiction à côté des personnages et que l’on éprouve la plus grande empathie pour eux, sans pour autant tomber dans le sentimentalisme bien connu des drames français. Cependant, on peut quand même reprocher au réalisateur les nombreuses scènes autour de la table familiale qui ne font que remuer les rancunes de la famille sans rien apporter à l’intrigue. Le secret de famille étant au cœur de l’histoire, inutile de s’attarder outre-mesure sur les remontrances de chacun.

Les plans sont plutôt épurés, l’œil du spectateur peut balayer l’écran en toute liberté ce qui ajoute du réalisme au film. En effet, plutôt que de jouer des gros plans pour orienter la réflexion du spectateur, Asghar Farhadi laisse le champ libre pour mener son enquête en parallèle. En cela, on peut établir un lien avec le film Mon Garçon de Christian Carion. En effet, les parents mènent eux-mêmes l’enquête, faisant preuve d’un investissement maximum. De plus, par le biais du processus d’identification aux personnages, le spectateur se retrouve plongé dans les tourments des parents dont on ne saurait imaginer le désarroi. Autre ressemblance possible avec le film 8 Femmes de François Ozon pour les rebondissements et les révélations au sein d’une famille ( sans les chansons bien sûr ).

Il faut apprécier les retournements de situation, parfois tirés par les cheveux. La disparition d’Irene, tel un tsunami, vient faire remonter toutes les choses désagréables enfouies par cette famille dans laquelle presque tout le monde devient suspect. La dernière heure du film peut sembler longue pour les amateurs de films américains habitués au montage dynamique. En revanche, les « aficionados » de séries criminelles seront ravis par ce film qui prend le temps de poser la narration et d’instaurer un climat de méfiance porté par un complot familial. La fin du film, et notamment le dernier plan en extérieur, devrait faire changer d’avis ceux qui seraient en manque de surprise ou de suspens. Asghar Farhadi joue sur le vococentrisme et nous laisse en suspens : que sont en train de révéler les personnages ?

Anne Sirvente.

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